• Nouvelles

Les atteintes aux droits humains se multiplient à Sri Lanka sous le voile du secret

La question du respect des droits humains à travers le monde est souvent liée à l’impartialité et à la rigueur du travail effectué par les médias. Lorsque les atteintes aux droits humains ne sont pas dénoncées et que l’opinion publique n’est pas vigilante, les agissements illicites peuvent se multiplier dans le secret et le mensonge. On ne dira jamais assez à quel point les médias jouent un rôle important dans les situations de conflit : sans leurs reportages, leurs photos et leurs images des combats et de la violence, personne ne pourrait faire pression sur les protagonistes pour les inciter à respecter les droits humains. Ce besoin est particulièrement fort à Sri Lanka, où le nombre de victimes dans chaque camp est apparemment très élevé, beaucoup de civils étant pris en tenaille. Toutes les parties au conflit se sont rendues coupables de graves atteintes aux droits humains et de violations du droit international humanitaire. Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) s’est dit préoccupé par l’augmentation des pertes civiles depuis le début de l’année du fait de l’accroissement du nombre d’attaques menées sans discrimination dans le nord, l’est et le sud du pays. Malgré le coût humain de la guerre, les journalistes qui couvrent le conflit sri-lankais sont confrontés à des restrictions injustifiées et il existe par conséquent très peu de faits établis. À vrai dire, les deux camps ne cessent de se contredire. Le conflit qui frappe Sri Lanka oppose les forces gouvernementales, les Tigres libérateurs de l'Eelam tamoul (LTTE) et des groupes armés tamouls apparemment alignés sur le gouvernement. Comme l’indiquait Amnesty International en février dans son rapport Sri Lanka: Silencing Dissent, les médias qui couvrent la guerre dans ce pays sont réduits au silence dans la pratique – par les menaces, les restrictions et les violences. Le conflit dans le nord et l’est de Sri Lanka s’est encore aggravé depuis la fin de l’accord de cessez-le-feu, le 16 janvier 2008. La Mission de surveillance à Sri Lanka, qui était chargée de surveiller l’application de l’accord de cessez-le-feu de 2002, s’étant retirée, il y a maintenant un vide pour ce qui est de rendre compte de manière indépendante des violations des droits humains. Il est par conséquent d’autant plus urgent que les journalistes soient autorisés à faire leur travail sans être l’objet de restrictions abusives et à réunir des informations sur les atteintes aux droits humains sur le terrain. Or, les journalistes se voient souvent interdire l’accès aux zones de conflit à Sri Lanka. Les LTTE n’autorisent pas de reportages indépendants dans les zones placées sous leur contrôle, tandis que le gouvernement cache le coût de la guerre. Selon Free Media Movement (FMM), une organisation basée à Colombo qui surveille la situation en matière de liberté des médias, des fonctionnaires du gouvernement ont interdit à des photographes, la semaine dernière, de pénétrer dans des hôpitaux de Colombo où étaient soignés des soldats de l’armée sri-lankaise blessés au combat fin avril. Selon la Fédération internationale des journalistes (FIJ), 25 journalistes appartenant à la minorité tamoule ont fui la péninsule de Jaffna, où les forces gouvernementales combattent des rebelles des Tigres tamouls. Il y a deux ans, le 2 mai 2006, Suresh Kumar et Rajiv Kumar, deux membres du personnel de soutien du journal Uthayan, ont été tués par balle dans les locaux de ce quotidien basé à Jaffna, qui est la cible de vives critiques car il est considéré comme favorable aux nationalistes tamouls. Sept personnes travaillant pour les médias, dont quatre employés d’Uthayan, ont été tuées à Jaffna depuis début mai 2006. Dans le cas de Suresh Kumar et de Rajiv Kumar, des hommes armés circulant à moto ont attaqué les locaux du journal. Ils étaient apparemment à la recherche de certains journalistes, mais ceux-ci n’étant pas présents les agresseurs ont tué Suresh Kumar et Rajiv Kumar. Ils sont toujours en liberté. « Publier notre quotidien à Jaffna constitue une tâche de plus en plus dangereuse et digne des travaux d’Hercule. Des hommes armés menacent en permanence notre travail et notre vie », explique le rédacteur en chef d’Uthayan. Pour l’instant, à la connaissance d’Amnesty International, aucune enquête n’a permis d’arrêter et de juger les meurtriers présumés de journalistes et d’autres professionnels des médias. Dans une autre affaire, le journaliste Jayaprakash Sittampalam Tissainayagam, qui a été arrêté le 7 mars, se trouve toujours dans le centre de détention du Service d'enquête sur le terrorisme, à Colombo. Les autorités disent qu’elles le soupçonnent d’être lié aux LTTE, mais il n’a été inculpé d’aucune infraction. Amnesty International a qualifié sa détention d’arbitraire. Jayaprakash Sittampalam Tissainayagam risque de perdre la vue s'il ne reçoit pas le traitement spécialisé dont il a besoin pour soigner ses graves troubles oculaires. En tout, au moins 10 professionnels des médias ont été victimes d’un homicide illégal à Sri Lanka depuis le début de l’année 2006. D’autres ont été arrêtés arbitrairement, torturés et auraient disparu pendant leur détention par les forces de sécurité. Pour la Journée de la liberté de la presse 2008, Amnesty International a appelé le gouvernement sri-lankais à protéger les professionnels des médias et leurs droits à la vie, à la liberté et à la sécurité, conformément aux obligations de Sri Lanka au regard du droit international. L’organisation a également exhorté le gouvernement à respecter les professionnels des médias et à déclarer publiquement que les homicides, les menaces et les autres attaques ne seront pas tolérées. Les autorités sri-lankaises doivent mener dans les meilleurs délais des enquêtes indépendantes, impartiales et sérieuses sur la totalité des agressions, disparitions et homicides qui ont visé des professionnels des médias, quelle que soit l’identité des auteurs et des victimes. Amnesty International demande aussi aux LTTE d’ordonner à tous leurs membres de mettre fin aux homicides, aux menaces et aux autres attaques contre des professionnels des médias. Toutes les parties au conflit doivent cesser de s’en prendre à des journalistes.