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Le nombre d’homicides de syndicalistes augmente en Colombie

« Nous ne voulons pas de marches pour les morts ni de manifestations du 1er mai. » Extrait d’une menace de mort envoyée par des paramilitaires à des syndicalistes du département de Santander le 22 avril 2008 Dans une grande partie du monde, le 1er mai (Journée internationale des travailleurs) est l’occasion, pour les travailleurs, de célébrer leurs droits et de manifester leur solidarité. Pour la Fête du travail, des rassemblements sont organisés aussi bien à Londres, à Moscou, à Djakarta et à Caracas qu’au Cap. Des syndicalistes du monde entier sont en butte à la violence et à l’oppression. Bien que la Déclaration universelle des droits de l'homme garantisse à toute personne, depuis presque soixante ans, le droit « de fonder avec d'autres des syndicats et de s'affilier à des syndicats pour la défense de ses intérêts » (article 23), ce droit est très souvent violé. D’année en année, la Colombie est devenue le symbole des atteintes les plus graves et les plus fréquentes dans ce domaine. En Colombie, participer au défilé du 1er mai ou à d’autres activités syndicales légitimes ne va pas de soi. Depuis le début de l’année 2008, 22 syndicalistes ont été tués dans ce pays – un chiffre en nette augmentation par rapport à la même période concernant 2007. Malgré la mise en place d’un bureau permanent de l’Organisation internationale du travail (OIT) et d’une unité spécialisée dans les enquêtes sur les atteintes aux droits humains contre les syndicalistes, la sécurité des personnes qui défendent les droits des travailleurs reste précaire en Colombie. Le 17 avril 2008, le corps de Jesús Heberto Caballero Ariza, un responsable du Syndicat des fonctionnaires du service national de la formation professionnelle (SINDESENA), a été découvert dans la municipalité de Sabanalarga (département de l'Atlantique). Il présentait apparemment des traces de torture. Avant son décès, Jesús Heberto Caballero Ariza aurait reçu des menaces de mort de la part du groupe paramilitaire « Aguilas Negras » (Aigles noirs). Jesús Heberto Caballero est mort quelques jours avant qu’une menace de mort signée des « Aigles noirs » et datée du 21 avril 2008 ne soit envoyée par courriel à des organisations syndicales et à des organisations de défense des droits humains dans le département de l'Atlantique. D’après les informations disponibles, il était en train de révéler des pratiques de corruption au sein du Service national de la formation professionnelle (SENA). Dans une autre affaire, un membre du Syndicat national des travailleurs de l’industrie charbonnière (SINTRACARBON), Adolfo Gonzalez Montes, a été torturé et tué à son domicile le 22 mars 2008 dans la ville de Riohacha (département de La Guajira). Au même moment, d’autres dirigeants du SINTRACARBON ont reçu des menaces de mort par téléphone. Certains d’entre eux ont par ailleurs indiqué que leur domicile était surveillé par des individus non identifiés. Lorsqu’Adolfo González a été tué, son syndicat s’apprêtait à entamer des négociations sur les conditions de travail avec les entreprises qui dirigent l’opération minière de Cerrojón dans le département de La Guajira. Les groupes paramilitaires, qui agissent souvent en collusion avec les forces de sécurité ou avec leur accord, portent la responsabilité de la plupart des homicides commis sur des syndicalistes, mais les forces de sécurité et les groupes de la guérilla sont eux aussi directement responsables de la mort de syndicalistes et de menaces proférées à leur égard. L’objectif de ces menaces et de ces meurtres est clair : saper et discréditer le travail des syndicalistes. Depuis qu’Amnesty International a fait paraître son rapport Colombie. Homicides, détention arbitraire et menaces de mort. La réalité du syndicalisme en Colombie, en juillet 2007, le gouvernement de ce pays affirme que la situation des syndicalistes s’est nettement améliorée sur le plan des droits humains. Dans son rapport paru en 2007, Amnesty International reconnaissait certes que le nombre de syndicalistes tués avait diminué par rapport au début des années 2000. Amnesty International a cependant choisi de marquer la Fête du travail cette année en appelant le gouvernement colombien à se mobiliser bien davantage pour protéger les syndicalistes, et ce d’autant plus que le nombre d’homicides a de nouveau augmenté en 2008. Les syndicats, au même titre que les associations de défense des droits humains ou d’autres organisations au sein de la société, sont souvent considérés par les responsables gouvernementaux, les forces de sécurité et les paramilitaires comme collaborant avec la guérilla ou lui apportant un soutien. Il n’est pas rare que ces accusations soient suivies de menaces ou d’agressions contre des militants des droits humains. Amnesty International a montré qu’au cours de ces vingt dernières années le nombre d’homicides de syndicalistes pouvait chuter pendant plusieurs années avant de connaître de nouvelles hausses importantes. Les gouvernements successifs n’ayant pris aucune mesure décisive pour mettre fin à l’impunité qui est la règle dans plus de 90 p. cent des cas, Amnesty International insiste sur le fait que rien ne permet d’affirmer qu’une baisse du nombre d’homicides d’une année sur l’autre reflète nécessairement une amélioration durable de la situation des droits humains. La forte augmentation du nombre de syndicalistes tués durant les quatre premiers mois de 2008 illustre ce problème. Le gouvernement colombien prétend également que les atteintes aux droits humains dont sont victimes les syndicalistes ne sont pas liées à l’activité syndicale de ces derniers. Or, Amnesty International ne cesse de recevoir des informations indiquant que les menaces de mort et les homicides contre des syndicalistes coïncident avec des périodes marquées par des conflits du travail. Le 1er mai 2008, l’organisation a demandé au gouvernement colombien de prendre des mesures décisives pour mettre un terme à la difficile situation à laquelle sont confrontés les syndicalistes en Colombie. Amnesty International a aussi demandé à la communauté internationale d’insister auprès du gouvernement colombien pour qu’il adopte de telles mesures. Les autres gouvernements peuvent veiller à ce que le bureau du représentant permanent de l’OIT en Colombie bénéficie des ressources nécessaires. Ce dernier pourrait ainsi mener à bien son mandat consistant notamment à suivre de près la situation des syndicalistes et à en rendre compte. Les autres gouvernements peuvent également se mobiliser pour veiller à ce que l’unité spécialisée qui a été créée pour enquêter sur les atteintes aux droits humains commises contre les syndicalistes dispose des ressources adéquates.