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Lettre ouverte aux Nations unies

À la suite de l’annonce du départ de Louise Arbour, la semaine dernière, Amnesty International et Human Rights Watch ont demandé à Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, de mettre en place un processus fondé sur la consultation et la transparence afin que soit nommée au poste de haut-commissaire aux droits de l’homme une personnalité forte, indépendante et qui ne mâche pas ses mots.

 

 

Monsieur le Secrétaire général,

La haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies, Louise Arbour, a placé la barre très haut en matière de promotion et protection des droits humains dans le monde. Votre recherche d’un nouveau haut-commissaire en est à ses débuts. Nous saisissons cette occasion pour faire part de l’ampleur des attentes de nos deux organisations concernant le successeur de Louise Arbour à ce poste très important. Il est indispensable de nommer un haut-commissaire très qualifié et possédant de grandes aptitudes à un moment où les principes fondamentaux des droits humains sont remis en cause et où l’indépendance du Bureau du haut-commissaire est battue en brèche. Nous saluons votre énergique déclaration de Genève, qui apportait votre soutien au Bureau du haut-commissaire et défendait son indépendance. Dans cette perspective, nous vous exhortons à défendre vigoureusement la possibilité pour le Bureau de fonctionner sans ingérence d’aucune sorte. Critères / Qualités requises Nos organisations pensent que le nouveau ou la nouvelle haut-commissaire doit être une personnalité de stature internationale et de la plus haute intégrité, ayant œuvré concrètement et publiquement à la défense des droits humains. Le candidat/la candidate doit être un ardent défenseur des droits humains qui sache faire preuve d’indépendance dans l’accomplissement de ses tâches et ait son franc parler. Le/la haut-commissaire doit être un dirigeant/une dirigeante doté/e d’une forte personnalité et ayant une vision claire de la protection des droits humains ; il/elle devra aussi faire preuve de dynamisme, de courage et de dévouement à ce poste de grande importance. Il/elle doit être une source d’inspiration pour ceux et celles qui œuvrent à la promotion et à la protection des droits humains et pour la communauté internationale dans son ensemble. Le/la haut-commissaire que vous choisirez doit en outre avoir fait la preuve de sa compétence de gestionnaire et de sa capacité à conduire sa barque dans un environnement complexe où se côtoient gouvernements, société civile et autres parties intéressées. Nous vous exhortons à examiner les candidatures de tous les pays et de sélectionner un candidat/une candidate présentant des qualités hors normes qui pourra, demain, affronter les tâches qui seront les siennes dès le moment où il/elle entrera en fonction. Processus de sélection Le processus de sélection jouera un rôle très important dans le choix du meilleur candidat au poste de haut-commissaire. Vous avez souligné l'importance qu’attache l’ONU au respect de l’obligation de rendre des comptes, au professionnalisme et à la transparence ; nous vous invitons à appliquer ces principes à la sélection du nouveau ou de la nouvelle haut-commissaire. Voici quelles sont nos recommandations :

il convient d’élaborer une description circonstanciée des qualifications recherchées pour le poste de haut-commissaire ; cette description intègrera les qualités évoquées plus haut et sera rendue publique. Elle permettra de repérer les candidats potentiels et facilitera l’évaluation de leurs compétences ; le processus doit être transparent et comporter une vaste consultation de toutes les parties prenantes, gouvernementales ou non, y compris la société civile – en particulier les ONG de défense des droits humains ; un calendrier doit être établi fixant les dates limites pour le dépôt des candidatures, la présélection et la sélection finale ; il servira de cadre au processus de sélection et garantira la transparence et le respect de l’obligation de rendre des comptes.

Les processus utilisés pour la nomination du haut-commissaire actuel chargé des réfugiés et de l’administrateur du PNUD peuvent à cet égard servir d’exemples. Dans ces deux cas, la présélection est rendue publique ; il est en effet important que le secrétaire général, chargé de la décision, dispose du maximum d’information. Un processus s’inspirant de ceux-là accroîtrait votre crédibilité et vous aiderait à illustrer votre fin de mandat en sélectionnant le candidat le plus apte à remplir les fonctions cruciales de haut-commissaire aux droits de l’homme. Les droits humains sont, avec la sécurité et le développement, l’un des trois piliers des Nations unies. Il est essentiel que celui ou celle qui occupera ce poste soit un dirigeant capable d’emporter l’adhésion de tous à la cause des droits humains, que ce soit à l’intérieur des Nation unies ou dans le monde. En cette année du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, nous vous engageons à mettre sur pied un processus qui reflète l’importance et la signification de cette nomination pour ceux et celles dont les droits fondamentaux sont bafoués et pour les défenseurs des droits humains du monde entier. Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire général, l'expression de notre haute considération.

Irene Khan                                          Kenneth Roth Secrétaire générale                            Directeur exécutif Amnesty International                     Human Rights Watch