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Un ancien détenu donne des précisions sur le programme secret de la CIA

L’histoire qui suit illustre à elle seule le caractère cruel et illégal du programme de détentions secrètes mis en œuvre par le gouvernement des États-Unis. Cette histoire est celle d’un homme qui, bien que n’ayant jamais été inculpé d’une quelconque infraction, a passé près de trois ans en détention secrète sous le contrôle de l’Agence centrale du renseignement (CIA), devenant ainsi victime d’une disparition forcée. Cet homme, Khaled Abdu Ahmed Saleh al Maqtari, est un ressortissant yéménite de trente et un ans. Incarcéré dans le cadre du programme de détentions secrètes de la CIA, il fait partie des personnes qui ont été libérées dernièrement. Au cours d’entretiens avec Amnesty International, il a livré un récit complet de ce qu’il a subi à la suite de son arrestation par les forces américaines en Irak, au mois de janvier 2004. Initialement détenu à Abou Ghraïb, Khaled al Maqtari a dans un premier temps été transféré dans une prison secrète de la CIA en Afghanistan, puis, en avril 2004, dans une autre prison secrète située dans un pays non identifié, peut-être en Europe de l’Est. Après avoir été maintenu vingt-huit mois à l’isolement total dans ce lieu, il a été renvoyé au Yémen, où il a finalement recouvré la liberté en mai 2007. Ses déclarations comportent de nombreuses allégations de torture et d’autres formes de mauvais traitements en détention. Khaled al Maqtari a notamment parlé de placements prolongés à l'isolement, de coups fréquents, de privations de sommeil, de nudité imposée, d’exposition à des températures extrêmes (chaudes comme froides), ainsi que de privations sensorielles et, à l’inverse, d’expériences sensorielles extrêmes (lumière aveuglante, musique assourdissante, effets sonores en boucle). Les effets de la torture Khaled al Maqtari est désormais libre, mais il souffre de séquelles dues aux actes de torture et aux autres mauvais traitements psychologiques et physiques qui lui ont été infligés. Ce qui l’a le plus marqué, dit-il, ce sont les années d'isolement sans fin, l’incertitude complète qui pesait alors sur son avenir, la surveillance vidéo permanente dont il faisait l’objet et sa mise à l’écart du monde extérieur, en particulier l’absence de contacts avec sa famille. « À aucun moment pendant ses trente-deux mois de détention Khaled al Maqtari n’a été informé du lieu où il se trouvait ni de la raison pour laquelle il était détenu. Il ne pouvait pas entrer en contact avec des avocats, ses proches […] ou toute autre personne autre que celles qui l’interrogeaient et le personnel participant à sa détention et ses transferts. Ceci constitue une violation flagrante des obligations internationales des États-Unis. Le gouvernement américain a une lourde responsabilité à assumer », a déclaré Anne FitzGerald, conseillère au sein d’Amnesty International, qui a recueilli les propos de Khaled al Maqtari. Ce dernier n’a reçu aucune réparation de la part des autorités américaines, qui n’ont à ce jour pas même reconnu l’avoir placé en détention. Les actes de torture et les disparitions forcées constituent des crimes au regard du droit international, qu'aucune circonstance ne saurait justifier. Amnesty International a demandé aux autorités américaines de mettre un terme à ces pratiques et de déférer à la justice les auteurs présumés de violations des droits humains.