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Des crimes de guerre restent impunis au Guatémala

Le 31 janvier 1980, dans la ville de Guatémala, la police guatémaltèque a pris d'assaut l'ambassade d'Espagne, où des manifestants s’étaient réfugiés. Trente-sept personnes qui se trouvaient dans le bâtiment sont mortes au cours de cette opération. Vingt-huit années se sont depuis écoulées et personne encore n'a eu à répondre de ces violences. Cela fait plus d’une décennie que le conflit armé a pris fin au Guatémala, mais un grand nombre des responsables des crimes les plus odieux commis durant ce conflit continuent d'échapper aux poursuites judiciaires. La décision d’une juridiction guatémaltèque ordonnant la libération de deux anciens hauts responsables de l'armée et de la police placés en détention dans le cadre d’une procédure de pré-extradition représente le dernier obstacle en date mis sur la route de ceux qui veulent obtenir justice au nom des victimes de ce conflit qui a déchiré le pays pendant trente-six ans et qui a pris fin en 1996. En décembre, l’ancien général de l’armée Angel Aníbal Guevara Rodríguez et l’ancien chef de la police Pedro García Arredondo, qui avaient été placés en détention dans le cadre d’une procédure d’extradition, ont obtenu en appel leur libération. L’Espagne a en effet réclamé l’extradition de ces deux hommes et de cinq autres (notamment l’ancien président Efraín Ríos Montt) ; elle souhaite qu’ils fassent l’objet d’une enquête pour des crimes au regard du droit international relatif aux droits humains commis au Guatémala entre 1978 et 1986. Le 31 janvier 2007 marque le 28e anniversaire de l’un de ces crimes : le massacre de 37 personnes durant l’assaut donné contre l’ambassade d’Espagne, pour lequel personne n’a jamais été sanctionné. La décision que la juridiction guatémaltèque a rendue en faveur des deux anciens hauts responsables remet indûment en cause le principe pourtant bien établi de la compétence universelle pour les crimes contre l'humanité. Elle laisse également entendre qu’il s’agissait de crimes politiques et les juges ont considéré que la responsabilité pénale pouvait dès lors être écartée. Amnesty International appelle le nouveau gouvernement du Guatémala, dirigé par le président Alvaro Colóm, à s'attaquer au problème de l'impunité persistante dont jouissent les responsables de crimes au regard du droit international commis pendant le conflit armé. Le gouvernement d’Alvaro Colóm doit veiller à ce que des enquêtes soient ouvertes sur ces crimes et à ce que les responsables présumés soient poursuivis en justice. Aucune des procédures engagées contre l'ancien régime militaire n'a progressé, alors que des témoins et des victimes qui ont eu le courage d'y participer ont fait l’objet d’intimidations, de menaces et d’agressions. La décision ordonnant la libération de deux anciens hauts responsables de ce régime compromet gravement la possibilité d’une future extradition et renforce le règne de l’impunité au Guatémala. Justice ne sera pas rendue tant que les responsables des 200 000 disparitions et exécutions extrajudiciaires commises durant le conflit armé n’auront pas répondu de leurs actes.