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Les moines redescendent dans la rue au Myanmar

Faisant preuve d’un remarquable courage, les moines bouddhistes ont à nouveau organisé des manifestations pacifiques au Myanmar. D’après certains médias, le 31 octobre, une centaine de moines ont défilé à Pakokku, une ville du centre du pays.

Ils ont réclamé une baisse des prix des produits de première nécessité, la mise en place d’un processus de réconciliation nationale et la libération de tous les prisonniers politiques. C’était la première fois qu’ils redescendaient dans la rue depuis la répression brutale des manifestations pacifiques de septembre.

Les événements survenus à Pakokku avaient été le point de départ des manifestations de grande ampleur du mois de septembre. C’est là que des moines avaient organisé le premier mouvement de protestation, qui s’était propagé dans d’autres villes du pays à la suite d’informations indiquant que des bonzes avaient été blessés. Des dizaines de milliers de Birmans avaient participé à ces manifestations.

Des informations en provenance du Myanmar continuent de faire état d’arrestations de personnes ayant des liens avec des organisateurs du mouvement, notamment des membres de leur famille. D’autres personnes, moins directement liées aux manifestants, ont également été appréhendées, notamment des propriétaires d’appartements occupés par des protestataires recherchés par les autorités. Parallèlement, les manifestants qui se trouvaient déjà en détention ont été de plus en plus nombreux à être condamnés au terme de procès apparemment tenus dans le secret et contraires aux normes d’équité les plus élémentaires.

Cependant, les autorités birmanes ont fait un geste en libérant ces dernières semaines un grand nombre de détenus, parmi lesquels le célèbre comédien Par Par Lay. Un autre acteur, Zargana, qui avait été libéré le 17 octobre, aurait été à nouveau appréhendé dans la soirée du 29 octobre et libéré le lendemain après avoir été interrogé.

Plus de 100 manifestants ont été relâchés le 25 et le 30 octobre. Parmi eux figuraient au moins 55 membres de la National League for Democracy (NLD, Ligue nationale pour la démocratie), le principal parti d’opposition. La plupart d’entre eux avaient été détenus à la prison d’Insein, à Yangon, et d’autres à Mandalay. Amnesty International reste gravement préoccupée par les conditions de détention au Myanmar.

D’anciens détenus de la prison d’Insein ont indiqué que les personnes y sont passées à tabac, enchaînées et placées à l’isolement, que la nourriture et les soins médicaux y sont insuffisants, et que de ce fait un grand nombre d’entre elles souffrent de problèmes de santé.

Des moines et des militants au Myanmar ont parlé à Amnesty International de la brutale répression que subissent les personnes qui manifestent contre le gouvernement dans le pays.

«Certains blessés avaient tellement de sang sur le corps qu'il était impossible de dire d’où il venait. Certains moines avaient perdu la partie supérieure de leur robe. J’ai vu des civils essayer d’aider un moine blessé. La plupart de leurs blessures se situaient à la tête. C’est la tête que visaient les policiers antiémeutes», a indiqué un moine de trente et un ans témoin de confrontations entre manifestants et policiers à la pagode Shwe Dagon le 26 septembre.

Amnesty International a eu une série d’entretiens avec des militants de premier plan (dont Mie Mie, Htay Kywe et Nay Tin Myint), qui ont dénoncé la stratégie gouvernementale axée sur les opérations nocturnes, les arrestations arbitraires et les détentions dans des conditions épouvantables.

Amnesty International a condamné le recours à la violence contre les manifestants pacifiques et est très préoccupée par la sécurité de toutes les personnes détenues dans le pays. L’organisation a demandé aux autorités de veiller à ce que les détenus ne soient pas torturés ni maltraités et à ce qu’ils soient immédiatement remis en liberté.