Grèce. Un concert pour l’éducation aux droits humains

Par Andrea Garcia Giribet

En décembre 2018, Amnesty International Grèce a organisé un concert pour relancer son programme d’éducation aux droits humains (EDH). L’évènement a déclenché un flot de soutien, preuve de la nécessité d’un tel programme.

Ces dix dernières années, le sud de l’Europe a été particulièrement touché par deux crises mondiales : la crise financière de 2008 et la crise des réfugié·e·s qui perdure depuis 2012. La Grèce a été l’un des pays les plus affectés.

La Grèce fait partie des pays qui accueillent le plus de migrant·e·s en quête d’une vie meilleure en Europe. À ces personnes s’ajoutent aujourd’hui les demandeurs et demandeuses d’asile qui ont fui la guerre civile en Syrie et l’avancée de l’État islamique dans la région. D’après Rescue, la Grèce compte actuellement plus de 50 000 réfugié·e·s, dont une grande partie est hébergée dans des camps. La politique européenne en matière de migration interdit désormais à ces réfugié·e·s de poursuivre leur route en Europe.

« Les violations des droits humains liées au statut économique et social, au genre, à la race, à l’ethnicité ou à l’orientation sexuelle ont toujours existé, mais elles se sont exacerbées ces dernières années en raison de la réalité socioéconomique actuelle », a expliqué Niki Mavromati, responsable marketing et communication de la section grecque. « C’est un problème qui apparaît de plus en plus souvent dans la presse ». L’équipe avait conscience de l’importance de l’éducation aux droits humains : « Amnesty International Grèce avait besoin d’une stratégie plus active », a expliqué Niki Mavromati. « Un programme d’éducation aux droits humains est d’autant plus important maintenant que l’intégration de différents groupes sociaux est un sujet sensible et cela reste la clé du changement ».

Des bénévoles distribuant des brochures sur les actions d’Amnesty International pendant le concert Des bénévoles distribuant des brochures sur les actions d’Amnesty International pendant le concert
Des bénévoles distribuant des brochures sur les actions d’Amnesty International pendant le concert © Ino Klossi

L’éducation aux droits humains est essentielle pour inculquer à la population les notions de droits humains, d’égalité et de respect. Il est extrêmement important qu’une société qui accueille en son sein de nouvelles personnes aux coutumes et aux habitudes différentes se montre ouverte, accueillante et respectueuse et comprenne que tous les êtres humains sont égaux et ont les mêmes droits, quelle que soit leur origine ou leur identité. L’équipe EDH d’Amnesty a mis au point de nombreuses ressources et matériels d’information sur l’accueil des réfugié·e·s, leur situation et leurs droits. Amnesty International Grèce n’ignorait pas que l’éducation aux droits humains était un outil d’intégration essentiel, mais comme l’ensemble du pays, son budget et son travail avaient pâti de la crise financière.

« La crise économique avait contraint notre service EDH à fermer temporairement, et nos actions et activités de sensibilisation en matière d’EDH étaient en baisse », a expliqué Niki Mavromati. Pour Amnesty International Grèce, il était crucial de collecter assez de fonds pour lancer un programme d’EDH qui permettrait de diffuser certaines valeurs fondamentales et de donner à la société les capacités nécessaires pour protéger les droits humains. De là est venue l’idée du concert.

L’évènement a finalement été organisé en 2018. « Le principal objectif, a expliqué Niki Mavromati, était de collecter des fonds pour le programme d’éducation aux droits humains ». En outre, l’équipe souhaitait « rappeler au public qu’Amnesty International Grèce est toujours active et que son rôle est nécessaire, surtout maintenant que des questions comme l’intégration suscitent de l’intérêt ». Enfin, a précisé Niki Mavromati, l’équipe cherchait à « attirer de nouveaux publics, notamment les jeunes ».

L’organisation du concert n’a pas été facile, mais le résultat en a valu la peine. « Même s’il s’agissait d’un véritable défi pour une petite équipe comme la nôtre, le concert a été un énorme succès », s’est félicitée Niki Mavromati.

Le public du concert Le public du concert
Le public assistant au concert © Ino Klossi

Après des mois de préparation, le concert a enfin eu lieu le 10 décembre 2018, à l’occasion de la Journée des droits de l’homme, une manière de célébrer les 70 ans de la signature de la Déclaration universelle des droits de l’homme. L’événement a commencé par un discours d’introduction d’Elena Akrita, une célébrité en Grèce, puis des artistes nationaux se sont succédé sur la scène.

De nombreux artistes grecs de renom ont participé : Giorgos Dalaras, Rita Antonopoulou, Dionysis Savvopoulos, Giota Nega et bien d’autres. Ce sont des artistes très appréciés en Grèce et qui ont exprimé à plusieurs occasions leur intérêt pour les droits humains et leur souhait de collaborer avec Amnesty International Grèce. De jeunes artistes prometteurs comme Christos Mastoras et Marina Satti ont également participé au concert, ce qui a permis d’attirer un public plus jeune. De nombreuses personnalités politiques et économiques, comme le président du parlement grec, ont en outre assisté à l’évènement.

Le concert a été un immense succès, qui s’est joué à guichets fermés, avec 1 750 spectateurs et spectatrices. Différents médias ont sponsorisé, promu et couvert l’évènement. L’accueil du public a dépassé toutes les attentes. « Le message mobilisateur du concert semble avoir inspiré des personnes de tous les âges », s’est réjouie Niki Mavromati. « Le public a quitté les lieux avec un intérêt renouvelé pour nos actions et avec la volonté de contribuer activement aux objectifs d’Amnesty International et de notre programme d’EDH renaissant ».

Le public quittant la salle après le concert Le public quittant la salle après le concert
Le public quittant la salle après le concert © Ino Klossi

« Nous avons pleinement atteint tous les objectifs que nous nous étions fixés avant le concert », s’est félicitée Niki Mavromati. « Nous avons réussi à attirer un public jeune, à redéfinir notre image, à promouvoir nos actions et, surtout, à collecter les fonds dont nous avions besoin pour le programme d’EDH ». « Nous avons reçu de nombreux retours positifs de personnes intéressées pour rejoindre notre programme d’EDH et collaborer avec nous », a-t-elle ajouté.

Amnesty International Grèce dispose désormais d’un programme d’EDH en mesure d’enseigner les droits humains à toute personne désireuse d’en savoir plus sur les droits, l’égalité et le respect. Et l’équipe est prête à poursuivre le travail en faveur des droits humains : « notre succès nous a donné envie de créer d’autres projets de grande ampleur et nous a poussés à croire en notre capacité à atteindre nos objectifs ».