Parcours d’éducation aux droits humains : Maria Qossayer

Par Roula Nasr London,

« Beaucoup de mes ami·e·s sont devenu·e·s militants/militantes en voyant ce dont on est capable lorsqu’on contribue à une cause »

Inspirés par les militants et militantes à travers la planète, qui apprennent à connaître leurs droits et répandent une culture mondiale des droits humains, la série Voyages dans l’EDH est une fenêtre sur l’histoire de défenseur·e·s des droits humains (DDH) impliqué·e·s dans des initiatives d’éducation aux droits humains d’Amnesty. Ces articles mettent en avant le pouvoir transformateur de l’EDH et les actions menées par ces militants et militantes.

Maria Qossayer milite pour l’EDH au Liban.

Comment l’EDH et les ateliers ou la formation auxquels vous avez pris part vous ont poussée à passer à l’action ?

J’ai assisté à un atelier avec Amnesty, qui m’a mise sur le bon chemin en matière de militantisme. J’y ai appris à être efficace en proposant un plan d’action structuré et en m’engageant à atteindre mon objectif final.

Les gens qui font partie de mon équipe et moi-même travaillons actuellement à changer le discours du corps étudiant envers les travailleurs migrants au Liban. Nous luttons contre le système de kafala qui a cours, et nous espérons qu’il sera aboli. Cet atelier m’a montré que c’est beaucoup plus facile de passer à l’action si l’on met au point un bon plan. Ça nous a donné l’impulsion nécessaire pour travailler sur notre propre projet.

En tant que militante, quel moment a été le plus difficile et comment êtes-vous parvenue à le surmonter ?

Militer dans un pays qui bafoue les droits humains au quotidien est un choix difficile que chacun et chacune d’entre nous a fait. Nous sommes témoins de l’oppression subie par les femmes, la communauté LGBTQIA+, les travailleurs migrants, ou encore les réfugiés. Ça devient difficile pour nous de nous battre pour ces causes et de sensibiliser la population car on nous enlève notre liberté d’expression. Les meilleurs moments pour moi sont ceux où des personnes qui ne font partie du monde militant me reconnaissent lors d’une manifestation et disent qu’il y a de l’espoir parce qu’il existe des gens qui se préoccupent des droits humains.

En tant que militante, quel a été le moment le plus gratifiant ?

Malgré tous les revers que nous avons subis et que nous subissons encore tous les jours, nous ne pouvons pas nier l’effet boule de neige de nos efforts. Je participe à la Marche des femmes chaque année, c’est un événement qui a beaucoup de signification pour moi et qui m’apporte beaucoup de joie. Le plus gratifiant pour moi est de voir au fil du temps des femmes trans brandir leur drapeau sans peur lors de cette manifestation.

Je garde aussi un très bon souvenir de la fois où j’ai joué l’un des rôles principaux dans une pièce de théâtre sur le harcèlement sexuel. La pièce a été jouée dans une communauté fermée où, en interagissant avec le public, nous avons pu faire passer le message que ce n’est jamais de la faute d’une femme si elle se fait agresser. Il faut se rappeler que pour entraîner un changement à une plus grande échelle, il faut commencer par avoir un impact autour de soi. Je suis fière d’avoir pu participer à cela, même si pour l’instant, ça se limite à ma communauté.

En tant que militante, quel moment a été le plus frustrant et comment êtes-vous parvenue à le surmonter ?

J’ai participé à trois campagnes électorales avec la société civile pour deux élections municipales et une élection parlementaire, que nous avons toutes perdues. J’ai vraiment été très déçue après chaque défaite puisque nous avons les mêmes politiciens au pouvoir depuis des années, notre situation économique s’effondre et le système judiciaire est corrompu. Malgré cela, les mêmes personnes se font réélire encore et encore.

Le plus difficile a été de se relever après chaque campagne à laquelle j’avais consacré beaucoup d’efforts et de temps. Je crois encore qu’un jour, les bonnes personnes dirigeront enfin le pays. Mais je suis consciente que c’est un long processus et nous avons tous besoin de travailler ensemble vers ce but. Voir des militants et militantes se battre pour les mêmes causes année après année et se rendre compte de leurs accomplissements m’inspire énormément. Parfois, ces accomplissements sont tout simples, comme faire passer le mot, mais je continue de penser que c’est une partie importante de notre travail, qui permet de sensibiliser les gens à ces questions.

Qu’est-ce que vos activités militantes ont apporté à votre communauté ?

Mon travail a eu beaucoup de répercussions sur mon entourage. Beaucoup de mes ami·e·s sont devenu·e·s militants/militantes en voyant ce dont on est capable lorsqu’on contribue à une cause. J’aime encourager les gens à être plus proactifs en leur montrant les différentes formes de militantisme, comme le travail de sensibilisation, le bénévolat, le don, les manifestations... J’estime qu’il est de mon devoir d’éduquer les gens autour de moi à divers sujets, en soulignant les injustices. Nous changeons la société une personne à la fois.

Si chaque personne sur la planète connaissait ses droits et se mettait à les revendiquer, le monde deviendrait un meilleur endroit et nous n’aurions plus à subir l’oppression.

Qu’aimeriez-vous changer grâce à vos efforts militants ?

Beaucoup de gens ne savent pas que la plupart des lois libanaises n’ont pas été modifiées depuis l’époque du mandat français. Beaucoup ne savent pas que la formulation vague de nos lois ouvre la voie aux abus. Ils ne se rendent toujours pas compte que le système de kafala qui a cours chez nous est profondément et honteusement raciste, et que c’est une forme d’esclavage. Ils ne connaissent pas les conditions de vie endurées par les étrangers au Liban. Le plus important, c’est que bon nombre de gens souhaitent changer la triste réalité dans laquelle nous vivons, mais sans savoir comment. Je veux changer cela.