Guatemala. Lutter pour des terres par le biais de la radio

Par Andrea García Giribet

À la suite de notre cours sur les droits des populations autochtones, nous nous penchons sur le cas controversé de la mine de Marlin au Guatemala et sur les efforts fournis par AI Canada pour veiller à ce que toutes les personnes touchées aient conscience de ne pas être seules.

Les populations autochtones du département de San Marcos, au Guatemala, vivent essentiellement de leurs terres, leur principal moyen de subsistance étant l’agriculture. Mais comme bien souvent, leurs terres sont régulièrement menacées par des compagnies minières étrangères qui essayent de faire du profit à leurs dépens.

Dans ce cas particulier, il s’agit de Goldcorp (anciennement Glamis Gold), une compagnie aurifère canadienne qui s’est déjà étendue en Amérique centrale et du Sud pour trouver de nouveaux terrains contenant de l’or à exploiter. Comme indiqué par Amnesty International dans un rapport de 2014, la mine de Marlin « est contestée par la population locale depuis son ouverture ». Les affrontements entre les manifestants et la police ont entraîné des blessures, des menaces, et même la mort de certains manifestants comme Raul Castro Bocel, tué par balle en 2005.

Afin de dénoncer les violations de droits humains, et plus particulièrement des droits des populations autochtones, Amnesty International a publié en 2014, après plusieurs années de recherche, le rapport Activités minières au Guatemala : les droits menacés. Ce document expose des affaires comme celle dans le département de San Marcos, révèle des violations de droits humains et soutient les populations autochtones quant à leur droit d’être consultées avant toute intervention sur les terres qui représentent à la fois leur foyer et leur moyen de subsistance.

En vue d’atteindre le plus grand nombre de personnes possible, Amnesty International Canada a décidé de créer une série radiophonique, adaptée du rapport et diffusée en espagnol, en mam et en sipakapense (deux langues autochtones utilisées plutôt à l’oral qu’à l’écrit). Cette série a été créée par et pour les protagonistes de l’histoire (les populations autochtones concernées par cette affaire). C’est un récit personnel auquel toutes les personnes impliquées peuvent s’identifier. C’est aussi une merveilleuse initiative d’éducation aux droits humains qui a ouvert les portes de l’éducation à bon nombre de personnes habituellement oubliées.

Tara Scurr, responsable de campagne Entreprises et droits humains d’AI Canada, a déclaré : « Nous savions que les rapports écrits en espagnol ou en anglais ne sont d’aucune utilité pour la plupart des personnes que nous avons interrogées, surtout les femmes, en raison d’un taux élevé d’illettrisme et parce que l’espagnol est souvent leur deuxième ou leur troisième langue. » C’est un élément dont les entreprises ont profité, en amenant ces personnes à signer des documents, acceptant ainsi « un certain nombre de choses » qu’elles ne pouvaient pas comprendre. Par exemple, une femme parlant le mam a signé des documents en vertu desquels elle donnait son accord pour l’installation de lignes à haute tension sur son terrain. Lorsqu’elle a essayé de faire retirer ces lignes, Goldcorp l’a attaquée en justice. Elle a été acquittée, mais elle n’aurait jamais subi cette épreuve si elle avait compris ce qu’elle signait.

Les radios locales sont très accessibles et écoutées parmi ces communautés, ce qui a donné à AI Canada l’occasion de partager les informations d’Amnesty International avec tout le monde. La section visait à aider les gens à comprendre les cadres juridiques qui entourent les activités minières et les droits humains (en particulier les droits des autochtones), mais aussi à empêcher que le rapport d’Amnesty soit mal compris, tout en rétablissant la vérité face à des idées reçues et des rumeurs. Le but ultime était d’expliquer aux communautés quelles stratégies elles pouvaient appliquer pour protéger leurs droits humains.

Tara insiste sur l’importance d’impliquer celles et ceux qui ont contribué au rapport : « Nous voulions donner quelque chose en retour aux personnes qui ont pris des risques pour nous rencontrer, mais nous ne voulions pas donner un cours sur elles à travers la radio. » L’idée était d’intégrer de façon naturelle dans le rapport « des locaux qui racontent leurs propres histoires de résistance, de droits humains, la présence de la mine dans leur vie, et leurs espoirs pour l’avenir ». Après tout, qui est mieux placé pour parler de cette affaire que les personnes qui connaissent elles-mêmes la situation ?

Le rapport et la série radiophonique ont eu beaucoup de succès, en touchant de nombreuses personnes et en leur faisant savoir que leurs efforts n’étaient pas oubliés. Mais surtout, ces supports ont permis de donner à ces gens des informations sur la situation et de leur montrer qu’ils n’étaient pas seuls à se battre.

À l’avenir, Tara espère rendre la série encore plus accessible pour atteindre celles et ceux qui ne l’ont pas écoutée lors de sa diffusion l’année dernière, et souhaite « créer un guide de discussion et des contenus afin que les animateurs et animatrices puissent utiliser la série pour leurs ateliers d’éducation auprès des populations ». Elle aimerait aussi que la série soit disponible en ligne, et la faire traduire en français et en anglais pour toucher un plus large public.

La mine est récemment arrivée au terme de son cycle d’exploitation prévu, mais la lutte continue : « Les questions de fermeture, de dépollution et de postfermeture font l’objet d’un réel conflit entre la population d’un côté, et l’entreprise et le gouvernement de l’autre », ajoute Tara. Les maisons détruites, les sources d’eau potable taries et les problèmes de santé ne sont que quelques-unes des conséquences auxquelles sont confrontées ces personnes. Malgré tout, de nombreuses autres communautés se battent encore pour leurs terres tandis que d’autres entreprises essayent d’exploiter leur foyer. Néanmoins, grâce à cette série radiophonique et au développement d’autres contenus par la même équipe, elles savent qu’elles ne sont pas les seules à être en quête de justice.