Les droits humains à la une grâce à de jeunes reporters danois

Par Camille Roch

Dans le cadre d'un concours national, des élèves danois du secondaire se sont transformés en journalistes et ont publié 120 journaux axés sur les droits en matière de sexualité et de procréation.

Interrogés sur leur participation à un concours national de journalisme, certains élèves ont confié qu’il était « important pour [eux] de raconter les histoires entendues lors des interviews » qu’ils ont menées, et que « certains témoignages [leur] ont fait l'effet d'un choc ».

Dans le cadre de ce concours, dont l'objet était d'enquêter à la fois sur la manière dont la discrimination liée au genre se forme et sur l'impact de la violence physique et sexuelle sur les femmes au Danemark, quelque 7 000 élèves du secondaire se sont transformés en reporters pendant une semaine. Travaillant en groupes ou en solo sur un thème de leur choix axé sur les droits sexuels et reproductifs, les apprentis journalistes devaient recueillir des informations et des témoignages à publier dans leur journal. Pour cette expérience directe, les jeunes pouvaient utiliser tout l'équipement dont ils avaient besoin : micros, enregistreurs, appareils photo...

Les résultats de ces enquêtes montrent ce que signifient les droits sexuels et reproductifs pour les jeunes, et reflètent leurs préoccupations en la matière ainsi que la façon dont ils perçoivent ce sujet. Par exemple, certains élèves ont choisi de se rendre dans des foyers d'accueil pour femmes, où ils ont posé des questions à des employés afin de comprendre comment la discrimination affecte les femmes qui y sont hébergées. D'autres ont interrogé la police locale sur la violence sexuelle. D'autres encore ont discuté avec des passants dans la rue pour tenter de dégager une opinion générale autour de ce sujet.

Les élèves d'une classe de l’établissement Børneuniversitetet på Vesterbro ont mené des interviews dans les rues de Copenhague sur des thèmes tels que le harcèlement sexuel et ont demandé à des passants ce qu'ils pensent de la discrimination liée au genre. Ils ont ensuite effectué une analyse comparative de la perception des différences entre les hommes et les femmes en fonction de la tranche d'âge, des personnes âgées aux enfants. « Les interviews que nous avons réalisées dans la rue m'ont choqué, comme le fait de découvrir que tant de personnes connaissaient des victimes de viol ou avaient elles-mêmes été violées », a déclaré un élève à une chaîne de télévision locale qui l'interrogeait sur le concours.

Des élèves de l’établissement scolaire Børneuniversitetet på Vesterbro se préparent avant d'interroger des passants dans les rues de Copenhague sur ce qu'ils pensent des problèmes liés au genre. Copenhague, Danemark, mars 2016. © Søren Malmose

En tout, les participants ont élaboré 25 pages web et publié 120 journaux qui ont été distribués dans les établissements scolaires ou comme supplément dans les deux quotidiens partenaires : Politiken et Ekstra Bladet. Les organisateurs estiment qu'un demi-million de lecteurs ont lu ou vu les articles, ce qui représente une grande avancée pour la visibilité des droits sexuels et reproductifs et a attiré l’attention des médias locaux.

Pour Lisa Blinkenberg, directrice de l'éducation aux droits humains au sein d’Amnesty International Danemark, qui a aidé à préparer les jeunes à ce projet, le défi était de s'assurer que les 7 000 élèves participant au concours recevraient la formation adéquate pour pouvoir mener leurs enquêtes, et de mettre en place un enseignement adapté en ce sens. Afin que les enseignants soient en mesure d'orienter les jeunes tout au long de leurs recherches, Amnesty International Danemark leur a fourni des ressources éducatives, des vidéos et d'autres supports abordant la question des droits en matière de sexualité et de procréation, notamment le dossier Respectez mes droits, respectez ma dignité – Les droits sexuels et reproductifs sont des droits humains. Par ailleurs, en amont du processus d'écriture, les élèves ont travaillé sur différentes études de cas pour déterminer comment parler d’un sujet du point de vue des droits humains. À chaque étape du processus, ils pouvaient également appeler une hotline dédiée pour clarifier le moindre doute ou demander conseil.

« Notre but était d'entamer une discussion sur les droits humains avec les élèves afin qu'ils puissent ensuite agir dans le cadre de la campagne Mon corps, mes droits. Nous redoutions un peu que des enfants aient du mal à se sentir concernés par des notions telles que le mariage forcé ou par des situations qui se produisent loin de nos frontières, au Népal ou au Burkina Faso. Mais d'autres sujets étaient pertinents dans le contexte danois. Nous nous demandions également s'il ne serait pas compliqué pour les garçons de traiter certains sujets, car de nombreux aspects des droits en matière de sexualité et de procréation concernent les droits des femmes. Cependant, l'évaluation que nous avons menée après coup nous a montré que nos craintes étaient infondées », a indiqué Lisa Blinkenberg.

À la Maison de la Presse de Copenhague, l'une des classes lauréates reçoit le prix qui lui a été décerné pour son supplément paru dans un quotidien. Copenhague, Danemark, mai 2016. © John Nielsen

En mai, les vainqueurs du concours ont été annoncés à la Maison de la Presse de Copenhague en présence d'un député et des rédacteurs en chef des journaux partenaires. Un bel encouragement pour les éventuels aspirants journalistes ! « Pour élire le meilleur journal, nous avons recherché les articles qui offraient un point de vue original et intéressant, pour lesquels les élèves avaient mené leurs entretiens et leurs recherches eux-mêmes », a précisé Lisa Blinkenberg.

Les prix décernés aux reporters en herbe pour le meilleur journal et le meilleur design de page Web se répartissaient en deux catégories : les élèves de 6e et 7e années et les élèves de la 8e à la 10e année. Un établissement scolaire de Copenhague accueillant des élèves de la 8e à la 10e année a par ailleurs reçu un prix spécial pour son investissement dans les interviews de rue et la collecte de signatures pour la campagne. « Je suis fière que nous ayons reçu un prix pour les actions spéciales que nous avons menées », a déclaré l'une des lauréates lors d'un entretien avec des médias locaux.

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