Chasser les larmes des cours de récréation grâce au théâtre

Par Camille Roch

Moqueries, insultes, rumeurs ... Les élèves de la ville de Bangalore disent stop. À travers un jeu de rôle, les jeunes d’une école d’Inde interprètent des personnages de théâtre pour dénoncer le harcèlement scolaire.

Lorsque Kala et Priya, deux jeunes élèves de 13 ans de l’École Publique de Delhi à Bangalore Nord, ont décidé de mettre en place un groupe de travail sur un réseau social, elles ne se doutaient pas de l’ampleur des conséquences que cela pouvait avoir. Rapidement, le groupe est devenu la cible de Rajan, la brute de l’école, et leur plateforme en ligne s’est transformée en cour de récréation virtuelle, où insultes et injures à répétition se multipliaient ...

Ces situations sont fréquentes à l’école, et les réseaux sociaux ont ajouté au danger que représente le harcèlement scolaire. Heureusement, Kala et Priya ainsi que leur histoire, bien que très réaliste, font partie d’un scénario imaginaire. Il s’agit de l’intrigue d’un jeu de rôle théâtral créé par un groupe d’élèves de 13 ans. Les adolescents ont écrit le script et imaginé une performance théâtrale autour du thème du harcèlement en ligne pour encourager les spectateurs à réfléchir aux situations de la vie réelle.

Des jeunes assistant à la séance sur le thème du harcèlement jouent et résolvent des énigmes pour comprendre la notion de harcèlement, Lightroom Bookstore, Bangalore, Inde, 30 mai 2015 © Amnesty International Inde

Arpita Mohapatra, professeure d’anglais à l’école de Bangalore, a encadré l’activité. « Nous utilisons le théâtre pour sensibiliser les enfants au problème du harcèlement. Qu’il s’agisse de harcèlement en ligne ou de harcèlement physique ou verbal, nous essayons de faire en sorte que les étudiants soient conscients qu’il s’agit là d’atteintes aux droits humains qui peuvent avoir de lourdes conséquences », explique-t-elle.

L’école est l’une des 80 écoles amies des droits humains en Inde. Cette approche globale, basée sur le principe d’égalité, de dignité, de respect, de non-discrimination et de participation, et visant à faire des droits humains une réalité dans les écoles, crée des espaces d’intégration où les droits humains sont intégrés à tous les aspects du quotidien de l’école. Selon les écoles d’Inde, le harcèlement est un grave problème et la gestion de tels actes dans la cour de récréation est devenue l’une des bases de l’approche globale.

L’école d’Arpita a totalement intégré la gestion du harcèlement dans les programmes et les manuels scolaires. « Comme toutes les écoles, nous avons été confrontés à ce type de violences, et en mettant en place la campagne Bully No More d’Amnesty Inde (« Stop harcèlement ») dans nos salles de classe, nous espérions résoudre ce problème », explique Arpita.

Depuis, nous sommes devenus un espace sans harcèlement, où les enfants apprennent que le harcèlement est considéré comme une atteinte aux droits humains qui ne sera pas tolérée.
Arpita Mohapatra, professeure d’anglais à l’École Publique de Delhi à Bangalore

Arpita enseigne dans cette école depuis six ans et a suivi une formation du programme d’éducation aux droits humains d’Amnesty International Inde. Elle dit qu’elle est maintenant plus consciente des conséquences et des origines du harcèlement : « Je me souviens d’un cas en particulier dans lequel j’ai engagé le dialogue avec un jeune garçon qui harcelait ses camarades. Au fur et à mesure de la conversation, j’ai découvert que ses parents étaient partis et que ses grands-parents ne lui apportaient aucun soutien. Cela m’a permis de réaliser l’importance de comprendre les raisons à la base du problème pour pouvoir le résoudre », déclare-t-elle.

« Le harcèlement laisse des marques comme une empreinte dans du ciment frais », slogan d’une affiche de l’École Publique de Delhi à Bangalore, Inde, mai 2015, © Amnesty International Inde.

Recréer des situations de la vie réelle à travers des performances théâtrales est l’une des méthodes employées par l’école d’Arpita pour que les élèves s’ouvrent et parlent du harcèlement. Arpita explique que faire participer les élèves à des activités telles que des débats ou la création d’un slogan contre le harcèlement permet de les encourager à parler plus librement. « Nous avons remarqué que les enfants responsables de ces actions ou qui en sont témoins ont de plus en plus tendance à venir vers nous et nous dire que ces actes étaient injustes. »

La campagne a eu beaucoup de succès auprès des élèves. « Je vois maintenant des élèves qui admettent leurs erreurs et me disent : "Je suis content que vous m’ayez dit qu’il s’agit d’atteintes aux droits humains" », dit-elle.

Des élèves et des parents parlent du harcèlement au Lightroom Bookstore, lors d’un évènement organisé par Amnesty International Inde, Bangalore, Inde, 30 mai 2015 © Amnesty International Inde

Comprendre le fond du problème en prenant connaissance des raisons du comportement des élèves qui commettent des actes de harcèlement fait maintenant partie de l’approche de l’école. « Nous traitons maintenant le problème tant du côté des victimes que du côté des responsables. Nous organisons également des séances d’accompagnement avec les parents des enfants impliqués dans des actes de harcèlement pour qu’ils nous aident à régler le problème à sa source », explique Arpita.

La campagne Bully No More a pour but de créer des structures et des espaces sans harcèlement, où les enfants traitent les autres avec respect et dignité, dans un esprit de non-discrimination et d’intégration © Amnesty International Inde

Des études ont montré que les violences entre camarades peuvent avoir de très lourdes conséquences, tant pour les victimes que pour les responsables de ces actes. En effet, ce type de violence peut affecter les performances des élèves, ainsi que leur capacité à créer des liens, et peut avoir des conséquences considérables sur leur développement physique, mental, moral et social. Placé dans un contexte de droits humains, le harcèlement prive les élèves de leur droit au respect et à la dignité, et bafoue les valeurs des droits humains telles que l’inclusion, la participation et la non-discrimination, déclare Inka Dama, responsable des médias pour l’éducation aux droits humains à Amnesty International Inde.

Des jeunes parlent de ce que le harcèlement leur fait ressentir pendant une séance d’éducation aux droits humains organisée avec les parents, Lightroom Bookstore, Bangalore, Inde, 30 mai 2015 © Amnesty International Inde

En mettant en œuvre cette approche globale, Amnesty International Inde a pour but d’encourager les enseignants, les élèves et les parents à créer des politiques et des structures contre le harcèlement. « Si les écoles traitent le harcèlement uniquement de manière traditionnelle, à travers la sanction et la surveillance des responsables, le problème ne peut être réglé, surtout étant donné qu’il existe plusieurs endroits dans lesquels ces méthodes ne peuvent être appliquées », explique Inka Dama.

Si, au contraire, les enfants sont sensibilisés aux relations humaines, à l’environnement scolaire et aux espaces sans harcèlement, ils commenceront à comprendre que le harcèlement va à l’encontre des droits des autres. L’école est le lieu où les enfants passent leurs journées, apprennent et vivent de nombreuses expériences. Ces éléments font partie de leur personnalité, et à terme, façonnent la personne qu’ils deviendront.
Inka Dama, responsable des médias pour l’éducation aux droits humains à Amnesty International Inde
L’affiche de la campagne Bully No More, © Amnesty International Inde.

Amnesty International Inde a pour but d’impliquer les parents dans la campagne de sensibilisation Bully No More. Ils viennent de lancer Shout Out, un espace participatif en ligne ayant pour but de briser le silence sur le harcèlement en téléchargeant une photo et un message qui seront ensuite partagés sur les réseaux sociaux. Cette initiative permet également de mettre en contact les personnes qui s’intéressent à la lutte contre le harcèlement.

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