Les prisonniers et prisonnières d’opinion dont vous n’entendrez pas parler au sommet de la Ligue arabe

Des chefs d’État vont se réunir à l’occasion du sommet annuel de la Ligue arabe, le 31 mars 2019, pour débattre de la sécurité, du développement et des relations internationales, alors que des atteintes flagrantes aux droits humains ont lieu dans la plupart de leurs pays.

Ce rassemblement diplomatique n’accorde pas de place à des déclarations de la société civile ni à des interventions publiques. Les problèmes relatifs aux droits humains ne figurent pas à l’ordre du jour, bien qu’il soit urgent de mettre fin à la répression orchestrée par les gouvernements, aux restrictions de la liberté d’expression et à la détention des prisonniers et prisonnières d’opinion, sans parler des crimes de guerre. Il est prévu que Mohamad Bin Salman (Arabie saoudite), Abdel Fattah al Sissi (Égypte) et Omar el Béchir (Soudan) soient présents. Plusieurs membres de la Ligue arabe, notamment l’Algérie et le Liban, ont appelé publiquement à inviter Bachar el Assad (Syrie).

Pendant ce temps, des défenseur·e·s des droits humains et d’autres personnes courageuses sont derrière les barreaux simplement pour avoir exprimé leur opinion. Voici cinq prisonniers et prisonnières d’opinion arabes dont vous n’entendrez pas parler au sommet.

Partagez leurs photos et récits en ligne avec le hashtag #ArabSummit2019 et demandez leur libération immédiate. Faisons en sorte que le monde entier entende parler d’eux ce week-end.

Nabeel Rajab | Bahreïn

Nabeel Rajab est un éminent défenseur des droits humains qui a été pris pour cible à maintes reprises en raison de ses activités en faveur des droits humains et de ses critiques à l’égard des autorités bahreïnites. Il a été incarcéré plusieurs fois depuis 2012 et fait l’objet d’une interdiction de sortie du territoire depuis novembre 2014. Déclaré coupable de « diffusion de fausses rumeurs en temps de guerre », « outrage à un pays étranger » et « outrage aux autorités publiques », en lien avec des tweets pacifiques portant sur le conflit au Yémen et sur des allégations d’actes de torture commis à la prison de Jaww, il purge actuellement une peine de cinq ans d’emprisonnement.

Cet homme est un prisonnier d’opinion, détenu seulement pour avoir exercé de façon pacifique son droit à la liberté d’expression.

Loujain al Hathloul | Arabie saoudite

Loujain al Hathloul est une défenseure des droits des femmes qui a été détenue à la suite d’une vague d’arrestations en mai 2018. Elle s’est mobilisée contre l’interdiction de longue date faite aux femmes de prendre le volant en Arabie Saoudite et pour l’abandon du système de tutelle masculine. Loujain a été maintenue au secret pendant les trois premiers mois de sa détention, privée de tout contact avec sa famille et son avocat, et elle a été victime de violences sexuelles et d’autres formes de mauvais traitements.

Loujain est l’une des 11 militantes qui ont été inculpées le 13 mars 2019 d’être entrées en contact avec des organisations internationales, dont Amnesty International, des journalistes et d’autres militant·e·s. Certaines ont également été inculpées d’avoir fait campagne pour les droits des femmes et pour l’abandon du système de tutelle masculine.  Le 28 mars 2019, trois de ces militantes, Iman al Najfan, Aziza al Yousef et Ruqayyah al Mhareb, ont été libérées « de manière temporaire ». Cliquez ici pour en savoir plus.

Loujain al Hathloul est une prisonnière d’opinion, détenue uniquement pour avoir exercé de manière pacifique ses droits aux libertés d’expression, de réunion et d’association.

Ahmed Mansoor | Émirats arabes unis

Ahmed Mansoor est un blogueur, poète et éminent défenseur des droits humains qui recueille des informations sur la situation des droits humains aux Émirats arabes unis depuis 2006. Il défend publiquement les droits humains universels sur son blog, par l’intermédiaire des réseaux sociaux et dans des interviews accordées à des médias internationaux. Condamné pour diverses infractions, notamment pour « atteinte au statut et au prestige des Émirats arabes unis et de leurs symboles », « publication de fausses informations dans le but de nuire à la réputation des Émirats arabes unis à l’étranger » et « présentation des Émirats arabes unis comme une terre sans loi », il purge actuellement une peine de 10 ans d’emprisonnement. Il est maintenu à l’isolement depuis son arrestation, en mars 2017.

Il s’agit d’un prisonnier d’opinion, détenu uniquement pour avoir exercé de façon pacifique son droit à la liberté d’expression.

Mohamed Mkhaïtir | Mauritanie

Mohamed Mkhaïtir, un blogueur de 36 ans, a été arrêté le 5 janvier 2014 après avoir publié, en décembre 2013, un billet dans lequel il critiquait les personnes qui se servent de la religion pour discriminer des minorités. Il a été inculpé d’apostasie et d’outrage au prophète Mahomet. En janvier 2015, un tribunal a déclaré Mohamed Mkhaïtir coupable d’apostasie et l’a condamné à mort. La cour d’appel a annulé sa peine de mort le 9 novembre 2017 et l’a condamné à deux ans d’emprisonnement. Étant donné qu’il avait déjà passé plus de trois ans derrière les barreaux, il devait être libéré. Cependant, les autorités le détiennent toujours dans un lieu inconnu. Mohamed Mkhaïtir est un prisonnier d’opinion, détenu uniquement pour avoir exercé de façon pacifique son droit à la liberté d’expression.

Hanan Badr el Din | Égypte

Défenseure des droits humains, Hanan Badr el Din est la cofondatrice de l’Association des familles de victimes de disparition forcée. Elle a commencé à militer après la disparition forcée de son mari, Khalid Ezz el Din, lors d’une manifestation qui s’est déroulée le 27 juillet 2013. Elle a été arrêtée le 6 mai 2017 à la prison de Qanatar, au nord du Caire, alors qu’elle rendait visite à une personne qui avait été soumise à une disparition forcée, afin d’essayer d’obtenir des informations sur le sort de son mari et l’endroit où il se trouvait. Elle est toujours en détention dans l’attente d’une enquête pour des accusations d’appartenance à un groupe interdit.

Il s’agit d’une prisonnière d’opinion, détenue uniquement en raison de ses activités en faveur des droits humains.

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Voici cinq prisonniers et prisonnières d’opinion arabes dont vous n’entendrez pas parler au sommet de la Ligue arabe qui se tiendra à Tunis le 31 mars. Nous demandons leur libération immédiate !