Oxana Berezovskaïa, Samara

Directrice du mouvement LGBTI Avers, Samara

Samara est ma ville d’origine et je l’aime beaucoup. La ville et ses environs ont beaucoup à offrir : les hautes berges avec une magnifique vue sur la Volga, les vieilles rues, le parc naturel de Samarskaïa Louka et les Monts Jigouli sont pleins de vieilles légendes. Je travaille en contact avec des gens et j’aime être à l’extérieur. J’aime être seule et me promener dans les collines où je peux réfléchir ou me déconnecter du travail. Mais ce sont les gens surtout, et pas les lieux, qui m’inspirent le plus, notamment les nombreux défenseur-e-s des droits humains en Russie et mes collègues travaillant pour des organisations internationales, que ce soit des personnes hétérosexuelles ou LGBTI.

Malgré les nombreuses lois et campagnes de propagande à la télévision diabolisant les personnes LGBTI, ma famille et mes amis me respectent. Je n’ai pas peur de me promener dans les rues de Samara, je n’ai pas peur de parler à d’autres personnes. Mais j’ai peur des politiques homophobes de l’État russe et de la pression que les institutions gouvernementales exercent sur les personnes comme moi. Aujourd’hui, l’État peut m’emprisonner simplement parce que je défends les droits humains et que j’aide d’autres personnes. Notre travail est très important pour le pays. Je rêve du jour où les mots « défenseur-e des droits humains » ne sonneront plus comme une insulte et où les actions de l’État n’auront plus pour but de punir.

L’objectif principal de notre travail de défense des droits humains est de permettre à chacun et chacune d’être avec les personnes de leur choix.

Le mouvement LGBTI Avers a été créé à Samara par Mikhaïl Toumassov en 2011, peu après l’adoption de la tristement célèbre Loi Milonov à Saint-Pétersbourg, interdisant la « propagande en faveur de l’homosexualité ». À l’époque, j’étais avocate et j’avais décidé de ne pas m’impliquer. Je pensais que si quelque chose ne me touchait pas personnellement, il valait mieux que je ne me fasse pas remarquer. Mais quand j’ai entendu mon propre père faire des remarques négatives sur les personnes LGBTI, je n’ai plus pu me taire. J’ai rejoint Mikhaïl et ensemble, nous avons organisé des événements tels que la « Semaine contre l’homophobie » et la « Journée du silence ». À l’époque, nous avons essayé d’empêcher une loi régionale interdisant la « propagande en faveur de l’homosexualité » d’être adoptée à Samara. Il va sans dire que nous n’avons pas réussi et que la loi a été adoptée. Mais nous avons poursuivi notre travail. En 2013, la loi homophobe interdisant la « propagande en faveur de l’homosexualité » a été adoptée au niveau fédéral. Mikhaïl s’est installé à Saint-Pétersbourg et je l’ai remplacé à la tête du mouvement à Samara.

Notre plus grande réussite a été la création d’un centre permettant d’accueillir dans un lieu sûr les personnes LGBTI, leur famille et leurs amis. Il est très important qu’il existe un lieu comme celui-ci. Avant, beaucoup de sujets ne pouvaient pas être abordés par les personnes LGBTI chez elles et elles ne pouvaient en parler que dans la rue ou en discothèque. Aujourd’hui, ces personnes peuvent venir ici et personne n’essaiera de les faire taire. Tous les sujets peuvent être abordés librement et tout le monde peut être soi-même.

Notre centre propose également une assistance juridique et un soutien psychologique aux personnes LGBTI et le cabinet d’avocats Pouls Vremeni (Zeitgeist) nous représente au tribunal. Nous avons également un théâtre social qui organise des représentations sur des sujets d’actualité. L’année dernière, nous avons loué nos locaux à une école de tango et plus de 60 personnes ont assisté à la représentation. La pièce portait sur des personnes qui, malgré l’homophobie dont elles souffrent tous les jours, ont décidé de continuer d’entretenir une relation avec les personnes qu’elles aiment. Nous avons dédié cette représentation aux hommes gays tués en Tchétchénie pendant la campagne de nettoyage menée début 2017.

Je ne veux pas et je n’ai jamais voulu quitter Samara ou la Russie. Je suis une patriote et je fais tout mon possible pour rendre la vie plus facile dans mon pays. Un jour, une jeune femme que je n’avais jamais vue est venue me voir dans la rue. Elle m’a remerciée pour mon travail et m’a dit qu’elle viendrait bientôt au centre. Il était très important pour moi de réaliser que même des personnes que je n’avais jamais rencontrées étaient au courant du travail que je menais et y accordaient une importance.

L’objectif principal de notre travail de défense des droits humains est de permettre à chacun et chacune d’être avec les personnes qu’ils/elles aiment. J’ai beaucoup de chance. Ma famille traite très bien ma compagne Vera et vice-versa. Il y a peu de temps, mon père m’a dit : « Peu importe avec qui tu es, que ce soit un homme ou une femme. Le plus important c’est que tu sois heureuse. » Il a compris le fondement de mon travail et a changé d’attitude envers les personnes LGBTI. J’espère qu’un jour, cela arrivera à d’autres familles du pays aussi.