Le long combat pour faire interdire la torture dans le monde

L’histoire d’hommes et de femmes dont les souffrances et le courage inimaginables ont mené à une interdiction mondiale de la torture

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Mères de la place de Mai, Argentine. ©Daniel Garcia/AFP/Getty Images

Des millions d'individus ont connu les pires souffrances aux mains de ceux qui étaient censés les protéger, à savoir les représentants de leur gouvernement.

Pourtant leurs souffrances et leur courage ont poussé toutes sortes de personnes du monde entier à se réunir et à s’opposer à la torture. 

Nous célébrons celles et ceux qui se sont consacrés à ce rêve semblant hors de portée - éradiquer la torture - et en font peu à peu une réalité. 

Nous célébrons celles et ceux qui ont établi des centres de réadaptation pour les victimes. Celles et ceux qui ont fait en sorte qu’il soit possible de se rendre dans les prisons pour empêcher que la torture ait lieu. Celles et ceux qui ont élaboré des lignes directrices sur la manière de recenser les traces de torture. Celles et ceux qui œuvrent à élargir la définition de la torture pour qu’elle recouvre des crimes tels que le viol. Et celles et ceux qui se sont élevés pour faire face à leurs tortionnaires et dire la vérité sur ce qui leur est arrivé.  

Beaucoup a été accompli dans le cadre du long combat visant à mettre un terme à la torture. 

Téofila Ochoa, qui a survécu à un massacre ordonné par le gouvernement au Pérou
«QUAND JE L’AI VU ENTRER EN TRAÎNANT DES PIEDS, ENCADRÉ DE POLICIERS, J’AI RESSENTI UN INCROYABLE SOULAGEMENT.»
La tristement célèbre chambre de torture et d’interrogatoire du régime Pinochet, à la « Villa Grimaldi ». Chili, 1998. © Patrick Zachmann/Magnum Photos

CEUX QUI ONT SURVÉCU TÉMOIGNENT

Au cours de la seconde moitié du siècle dernier, d’innombrables dictatures militaires ont utilisé la torture pour contrôler et réprimer. Au Chili, Mario Irarrázabal travaillait dans son studio d’artiste le 11 septembre 1973 lorsqu’il a vu Augusto Pinochet s’arroger le pouvoir lors d’un coup d’État. Quelques jours plus tard, vers 15 heures, des membres de la police secrète ont frappé à la porte de Mario. Ils étaient venus pour lui

On attendait une éternité avec d’autres dans une pièce, les yeux bandés. Soudain, ils appelaient quelqu’un [...] et cette personne revenait détruite émotionnellement.
Mario Irarrázabal

Mario a eu les yeux bandés, a été affamé et forcé à rester allongé sur le dos. Le troisième jour, il a commencé à avoir des hallucinations. Il a essayé de déceler le moindre détail par dessous son bandeau - un coin du sol, une décoration murale, tout ce qui l’aiderait à déterminer où il se trouvait. Mais le pire restait à venir.

 

© Mikkel Ostergaard/Panos
Anonyme, réfugié rwandais
JE ME TENAIS À MA PORTE D’ENTRÉE, INCAPABLE D’EMPÊCHER LE MEURTRE DE MES ENFANTS TANDIS QU’ILS DORMAIENT DANS LEURS LITS.
Mme Moustalkli, apportant des preuves lors des procès de 1975, où elle a expliqué comment son mari avait disparu et été torturé. © New Greece

DEPUIS NUREMBERG, LES TORTIONNAIRES D'ÉTAT SONT CONFRONTÉS À LEURS VICTIMES

En 1975, 20 meneurs du coup d’État de 1967 en Grèce ont été déclarés coupables de torture - à la faveur des premiers procès internationaux depuis Nuremberg à permettre la condamnation de représentants des services de sécurité.

George Alexandros Mangakis a témoigné. « J’ai vu le visage du tortionnaire de près. Il était pire à voir que mon propre visage livide et ensanglanté [...] Torturer des gens n’est pas chose aisée. Cela requiert une participation intérieure. »

Je suis un de ceux qui ont eu de la chance. J’ai été humilié. Je n’ai pas humilié les autres.
George Alexandros Mangakis

« Les hommes qui vous humilient doivent d’abord humilier la notion d’humanité à l’intérieur d’eux-mêmes. Je n’étais qu’un homme qui gémissait parce qu’il éprouvait de grandes souffrances. Je préfère cela. À ce moment-là, j’étais privé de la joie de voir les enfants aller à l’école ou jouer au parc. Alors qu’eux devaient regarder leurs propres enfants dans les yeux. »

©Donna DeCesare 1989
S. B. Singh, victime de torture, à Manipur, en Inde
PARFOIS JE ME DISAIS QUE JE DEVRAIS DEVENIR L’UN DES AGRESSEURS, POUR CONTRÔLER LA VIE DES AUTRES. PUIS J’AI PENSÉ À MA FAMILLE
Manuel Conclaves, tenant une photographie de ses parents, qui ont été soumis à une disparition forcée en Argentine, 2008. © Alessandra Sanguinetti/Magnum Photos
Une femme traumatisée, qui dit avoir été violée à plusieurs reprises par Interahamwe. République démocratique du Congo, 2014. © Michael Christopher Brown / Magnum Photos

LAISSER LES CICATRICES DERRIÈRE SOI ET REGARDER DE L'AVANT

La torture est peu à peu éradiquée dans des pays du monde entier. Étant donné que plus de 80 États dans le monde ouvrent leurs centres de détention aux représentants des Nations unies et à des organes indépendants, les gens sont plus en sécurité.

La torture se déroule toujours dans le secret. Mais ceux qui pourraient avoir la tentation de la torture savent désormais qu’à tout moment, quelqu’un peut se présenter de manière inopinée - même la nuit.
Boubou Diouf Tall, ancien juge, Sénégal

Parallèlement, ceux qui ont survécu à l’horreur de la torture retrouvent un monde qui est mieux équipé pour leur offrir un soutien. Comme l’a déclaré ce réfugié rwandais anonyme : « Je remercie dieu de m’avoir permis de participer à des séances de soutien psychologique. Je me sens épaulé par mes camarades au sein du groupe, dont certains ont connu la même expérience. Je sais que je ne suis pas le seul à avoir souffert. Ma vie a changé et est redevenue normale, petit à petit, à mesure que les séances avançaient. »

L’ensemble des contenus de cette page s’appuient sur l’exposition « Torture – the International Outlaw », mise sur pied conjointement par Amnesty International, l’Association pour la prévention de la torture, et le Conseil international de réadaptation pour les victimes de la torture.

 

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