Népal – Lorsque la terre a tremblé

Un an après le séisme dévastateur qui a frappé le Népal, le gouvernement ne fait rien pour venir en aide aux victimes, raconte Om Bahadur Silwal.

Je suis paysan. Je vis à Lele, dans le district de Lalitpur, dans la région du Centre, au Népal. 

Je me trouvais juste devant chez moi lorsque le sol s’est mis à trembler. J’étais sur le point de me laver les mains après avoir mangé, au bord du champ, lorsque tout le monde s’est mis à crier : « Il arrive ! » J’ai couru jusqu’à une clairière et j’ai regardé ma maison – crack – s’effondrer.

À ce moment-là, j’ai pensé « Ma maison a disparu » et c’était comme si moi aussi, j’avais disparu. J’avais le sentiment que mes parents étaient morts. Mais il était inutile de pleurer.

Cette nuit-là, j’ai dormi dans les champs. J’ai fabriqué un abri de fortune en toile. Nous étions très nombreux dehors. Nous avons cuisiné et mangé là. C’est comme ça depuis un an maintenant. Et ma maison – la maison en terre que j’avais laborieusement construite – comment faire pour en construire une autre alors que je n’ai plus de source de revenus ? Si le gouvernement a promis qu’il donnerait de l’argent, nous perdons espoir de le voir arriver un jour.

Nulle part où se cacher

Le tremblement de terre a changé ma vie. Je cultivais ma propre terre et je travaillais pour d’autres. Pour qui travailler aujourd’hui ? Tout le monde est dans la même situation. Les gens disent « Venez travailler » et donnent ce qu’ils peuvent pour le déjeuner, mais il n’y a rien à manger pour le dîner, personne n’a d’argent pour payer. Où pourraient-ils trouver l’argent ?

Une maison endommagée par le tremblement dans le district de Dolakha, dans la région du Centre, au Népal. Le 25 avril 2015, un séisme de magnitude 7,8 sur l’échelle de Richter a frappé le Népal. Il a été suivi par un second séisme, de magnitude 7,3 le 12 mai 2015. Au total, 604 930 bâtiments ont été totalement détruits et 288 856 partiellement endommagés à travers le Népal. © Amnesty International

C’est le problème au village. Tout est en ruines. Nous nourrissions l’espoir que le gouvernement contribuerait à la reconstruction. Cet espoir est brisé. Le gouvernement ne cesse de dire qu’il donnera, qu’il donnera, mais qui sait quand ? Et maintenant la mousson est arrivée et notre abri provisoire va être emporté par le vent. Vous voyez ? Les abris de toile se déchirent déjà. Et comme lors du tremblement de terre du 25 avril, nous n’aurons plus rien. 

Après avoir travaillé toute la journée, nous avons besoin d’un endroit où nous reposer. Même les oiseaux après avoir volé tout le jour se reposent, s’abritent dans la cavité d’un arbre. Nous leur ressemblons : après une journée de travail, après avoir gagné un peu d’argent, nous avons besoin d’un lieu où nous reposer. Or, nous n’avons pas d’abri. Tout notre stress tourne autour du logement.

Pas d’argent

Mon épouse est partie vivre avec ma fille dans le sud du Népal, et je dors dans la maison en ruines. Mes fils ne vivent pas avec moi, et le soir mon fils et ma belle-fille m’apportent un repas.

Je parle de construire une maison, je ne sais pas où mettre la terre et les pierres de l’ancienne bâtisse. L’argent que le gouvernement est censé donner n’est toujours pas là. Je n’ai même pas de quoi m’acheter du thé.

Que demander au gouvernement ? Les écoles sont toujours endommagées, les lieux de culte toujours en ruines. Si l’on en croit le vieux dicton, il ne faut pas dire aux pauvres que vous allez leur donner. Pourtant, c’est ce qu’a fait le gouvernement.

Il y a eu une secousse sismique récemment. Mon frère aîné et mon fils aîné m’ont dit : « Un tremblement de terre, sors, sors. » J’ai pensé : « Non, même si je vis, que verrai-je maintenant ? Qu’est-ce que j’aurai à manger ? Il ne reste que ce chaos pitoyable. » Je me suis dit : « Si je dois mourir, je mourrai », et je suis resté dans la maison.

Un an après le tremblement de terre d’avril 2015 au Népal, la plupart des victimes continuent de vivre dans des logements provisoires, de fortune. Leur droit à un logement décent est bafoué, conséquence de la lenteur de la reconstruction après le désastre. Les solutions de relogement proposées par le gouvernement sont inabordables, le coût de construction de bâtiments antisismiques étant largement supérieur aux sommes allouées aux victimes pour reconstruire leur logement. L’accessibilité est l’un des éléments clés du droit à un logement décent.

Partagez l’histoire d’Om Bahadur pour faire connaître la dure réalité des victimes au Népal un an après le tremblement de terre.

Un camp pour les personnes déplacées à Nuwakot, dans la région du Centre, au Népal. Les séismes et les répliques ont fait 8 856 morts et 22 309 blessés. © Amnesty International