Ma sœur Rania, disparue en Syrie

J’ai su qu’il y avait un problème quand je n’ai plus réussi à joindre Rania. Cela faisait plusieurs jours que je l’appelais sur son téléphone fixe et sur son portable, mais elle ne répondait pas.

J’ai découvert plus tard que des hommes armés du renseignement militaire s’étaient rendus chez ma sœur le 9 mars et avaient arrêté son mari, Abdulrahman, sans avancer aucune raison.

Puis ils ont arrêté [ma sœur] et ses six enfants, non sans prendre au passage toutes les caméras de vidéo-surveillance du bâtiment afin de ne pas laisser de trace.

Naila Alabbasi

Ils sont revenus le lendemain et ont mis la maison à sac. Ils ont emporté les bijoux, les téléphones portables et les tablettes des enfants, et ont confisqué les passeports et les papiers de la famille.

Puis ils ont arrêté Rania et ses six enfants, non sans prendre au passage toutes les caméras de vidéo-surveillance du bâtiment afin de ne pas laisser de trace. 

Elle ne pensait pas être inquiétée

Lorsque le conflit a éclaté en 2011, Rania a refusé de partir. Le reste de la famille travaillait en Arabie saoudite et nous lui avons dit de venir, mais elle m’a répondu : « La société a besoin de moi, et je veux élever mes enfants en Syrie. Ils feront leurs études ici. »

Jamais Rania n’avait imaginé qu’elle pourrait être arrêtée : la famille n’allait pas aux manifestations et n’était impliquée dans aucune activité politique.

Rania, ma grande sœur, intelligente et attentive, était un exemple pour moi. Elle était dentiste et réussissait dans son métier. Elle était gentille et appréciée de ses voisins et de ses patients, qu’elle soignait gratuitement quand ils n’avaient pas les moyens de payer. Elle m’a élevée en partie, m’a toujours encouragée dans mes études. Aujourd’hui, je suis hantée par des pensées qui me tiennent éveillée toute la nuit : est-ce qu’elle va bien ou pas ?

Est-ce que ses enfants mangent à leur faim ? Est-ce qu'ils sont calmes, ou bien est-ce qu'ils crient et pleurent ? Sont-ils vivants ? Ou bien sont-ils morts ?

Naila Alabbasi

En deux ans et demi je n’ai rien pu savoir, à part une information non officielle selon laquelle on aurait vu Rania dans un lieu de détention des forces de sécurité près de Damas. Mais je n’ai aucune information officielle, rien de vraiment crédible. Je souffre d’anxiété et je ne dors pas la nuit. Je n’arrête pas de me demander : est-ce que ses enfants mangent à leur faim ? Est-ce qu’ils sont calmes, ou bien est-ce qu’ils crient et pleurent ? Sont-ils vivants ? Ou bien sont-ils morts ?

Ma mère, qui aidait Rania à élever les enfants – c’était à la fois une grand-mère et une mère pour eux – passe ses nuits à pleurer.

En deux ans et demi je n'ai rien pu savoir.

Naila Alabbasi

Ces six enfants n’ont rien fait de mal. Ils devraient être à l’école. Rania et son mari les adoraient : la timide Dima, 16 ans, toujours dans ses livres ; Entisar, 15 ans, pleine de vie et d’énergie ; Najah, une fille de 13 ans si gentille et studieuse ; Alaa, âgée de 10 ans, le petit Ahmad, huit ans, et Layan, la petite dernière âgée de quatre ans.

Leurs parents veillaient à leur donner une bonne éducation. Ils apprenaient l’anglais et d’autres langues et, comme tous les enfants, ils aimaient lire, jouer sur l’ordinateur, chanter, dessiner, aller au parc…

Rien n’aurait dû venir détruire leur vie.

Passez à l’action ! 

Aidez-nous à soutenir Naila en demandant aux autorités syriennes de libérer Rania Alabassi et ses six enfants, ou d’inculper et de juger immédiatement cette femme dans le cadre d’une procédure équitable.