#IzmirTwitterCase : une affaire absurde et sans fondement, qui va pourtant se poursuivre

Par Andrew Gardner, chercheur sur la Turquie pour Amnesty International.

J’étais au tribunal le lundi 21 avril pour assister en direct à une décision absurde : la poursuite du procès de 29 jeunes gens pour ce que l’on a appelé « l’affaire Twitter ».

Leur inculpation – fondée uniquement sur des tweets évoquant les rassemblements du parc Gezi, l’été dernier – constitue une attaque contre le droit de partager les informations et les opinions grâce aux réseaux sociaux. Un procès qui n’aurait jamais dû s’ouvrir doit maintenant se prolonger par une troisième audience, prévue pour le 14 juillet.

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Le fait que cette mascarade continue en dit long sur le triste état de la liberté d’expression en Turquie, et l’extrême intolérance des autorités à l’égard des opinions dissidentes. La récente audience n’a pas débouché sur grand-chose de positif. Le tribunal a décidé que le Premier ministre, considéré comme une « victime » dans cette affaire, a le droit d’intervenir en tant que partie lésée. Cependant, il ne sera pas convoqué pour faire une déclaration devant le tribunal.

Par contre tous les accusés, sauf un, ont présenté des déclarations. Le tribunal a émis un mandat d’arrêt pour la personne manquante.

Un des accusés a déclaré devant le tribunal : « Je n’ai fait que partager des informations sur les violences policières. Me retrouver ainsi au tribunal sous le coup d’une inculpation, c’est surprenant et attristant. »

Le déroulement de ce procès manifestement politique – auquel le Premier ministre est partie – est de plus en plus préoccupant. Cette affaire se produit à une période où le gouvernement a fait des efforts sans précédent pour avoir la mainmise sur l’appareil judiciaire et a lancé une offensive contre les médias sociaux.

Le blocage de Twitter en Turquie pendant 14 jours, du 20 mars au 3 avril, a été suivi par des attaques presque quotidiennes de la part du gouvernement et des menaces de nouveaux blocages. YouTube est toujours bloqué, même si un tribunal a demandé la levée de l’interdiction de cette plateforme.

Tout récemment, le Premier ministre s’est adressé à titre personnel à la Cour constitutionnelle turque, affirmant que ses droits avaient été violés sur Twitter et réclamant une indemnisation de 50 000 livres turques (environ 17 000 euros).

Les poursuites continuent, et il en est de même pour l’appel que nous lançons aux militants et sympathisants dans le monde entier : Persistez à défendre le droit des gens à exprimer leur opinion de manière pacifique, sans subir le harcèlement et les poursuites du gouvernement.