Un message fort à la Grèce : protégez les gens plutôt que les frontières

Par Giorgos Kosmopoulos Athens, Greece,

Des réfugiés et des migrants en grand nombre ont informé Amnesty des traitements brutaux auxquels ils ont été exposés sur la frontière grecque avec la Turquie. Mardi 29 avril, plus de 94 000 militants expriment leur protestation en envoyant au ministre Nikolaos Dendias une « carte de vacances » (à droite).

Par Giorgos Kosmopoulos, chargé de campagne sur la Grèce pour Amnesty.

« Bienvenue en Grèce » : c’est ce que dit la carte postale que nous envoyons ce mardi 29 avril à Nikolaos Dendias, ministre de l’Ordre public et de la Protection du citoyen. Nous nous rassemblerons devant son ministère à Athènes autour d’une version géante de cette carte, et nous allons aussi la lui envoyer par tweet et la partager sur Facebook.

Ces jours-ci, beaucoup de gens qui veulent entrer en Grèce reçoivent un accueil qui n’a rien de digne. La police placée sous l’autorité du ministre Dendias les maltraite.

Notre nouveau document de recherche, rendu public mardi 29 avril, recense des dizaines de témoignages montrant que la police grecque effectue régulièrement des opérations dites de « renvoi » des réfugiés et migrants vers la Turquie. De nombreuses personnes m’ont raconté que les policiers et les garde-côtes les avaient frappées à coups de poing et de pied en les repoussant hors de Grèce.

Les opérations de renvoi sommaire contreviennent au droit international et à celui de l’Union européenne. De plus, elles sont dangereuses. Des milliers d’êtres humains suivent des itinéraires de plus en plus périlleux pour pénétrer dans l’Union européenne (voir LE FIL mars-avril, p.16-17). Ils sont des centaines à avoir trouvé la mort en espérant obtenir une vie différente en Europe ; parmi eux, de nombreux enfants.

Abandonnés en mer dans un bateau en plastique

Le rapport Greece: Frontier of hope and fear. Migrants pushed back at Europe’s border projette une lumière crue sur les faits. « Ils nous ont mis dans un bateau en plastique et ils nous ont abandonnés en pleine mer », m’a raconté récemment un jeune couple afghan. La femme était alors enceinte de six mois.

J’ai passé environ quatre ans aux avant-postes de la « Forteresse Europe », car je travaillais pour Amnesty sur les droits des réfugiés et des migrants en Grèce. J’ai entendu les récits de personnes courageuses, et j’ai éprouvé de la colère et de la honte en apprenant la façon dont elles avaient été traitées. Mes visites dans les centres de détention destinés aux migrants continuent à me hanter.

Mais j’ai aussi ressenti du bonheur et de l’espoir. Du bonheur à l’idée qu’Amnesty, associée à d’autres ONG, à des juristes, à des militants, ait pu aider de nombreuses personnes à retrouver la liberté ou à être mieux traitées. Nous avons parfois obtenu des résultats en faisant du bruit, d’autres fois nous avons travaillé ensemble en toute discrétion, dans les coulisses.

Merci !

Et je ressens de l’espoir à cause de tous ces gens, à travers l’Europe et ailleurs, qui se rassemblent pour rejoindre notre campagne S.O.S Europe. Merci, de tout notre cœur, aux 94 196 personnes, en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en France, en Grèce, en Israël, aux Pays-Bas, en Pologne, en République tchèque, au Royaume-Uni, en Slovénie, en Suisse et en Turquie qui se sont dressées contre l’injustice en signant notre pétition.

Aujourd’hui, nous devons envoyer un message fort. Ensemble, nous faisons le nécessaire pour que les scandaleuses violations des droits humains qui se produisent aux portes de la Forteresse Europe ne restent pas dans l’ombre. Personne, et surtout pas le gouvernement grec, ne peut prétendre ignorer plus longtemps la réalité.

Nous pouvons mieux faire.

Malheureusement, alors que nous souhaitions lui remettre les signatures en personne, le ministre Dendias a refusé notre demande. Mais nous ne renoncerons pas jusqu’à ce qu’il nous écoute et commence à mettre en œuvre des changements. Nous sommes venus aujourd’hui devant le siège de son ministère pour lui rappeler qu’il doit protéger les gens plutôt que les frontières. Bien d’autres se joindront au rassemblement en partageant notre carte postale sur Facebook et en envoyant des tweets au ministre.

L’Union européenne doit assumer la part de responsabilité qui lui revient. En ce moment même, les leaders européens débattent de leur stratégie en matière d’asile et de migration pour les cinq prochaines années. Nous espérons qu’ils réussiront à mieux faire que ce qui se passe actuellement. Nous sommes heureux d’apprendre que la Commission européenne a commencé à discuter avec la Grèce des informations relatives aux renvois sommaires. Cela conduira peut-être à ce que le pays soit déféré prochainement devant la Cour européenne de justice.

En attendant cette issue que nous espérons, je sais que de nombreux réfugiés et migrants se sentent soutenus parce qu’Amnesty et d’autres groupes ou personnes sont témoins des mauvais traitements qui leur sont infligés et essaient d’y mettre fin. Kusha, un réfugié et militant iranien que je fréquente en Grèce, m’a dit récemment ce que cela représente pour lui lorsque des militants d’Amnesty manifestent : « Quand je vois tous ces gens dont la plupart me sont inconnus, qui s’engagent et agissent pour aider des gens qu’ils n’ont jamais rencontrés, cela me donne de la force. »