Résoudre le « problème de Big Brother » qui touche chacun d’entre nous

Par Salil Shetty

Le « problème de Big Brother » a contribué à donner le coup d’envoi aux discussions de cette année sur les questions essentielles auxquelles le monde doit répondre, tandis que s’ouvre à Davos, en Suisse, le Forum économique mondial.

Le caractère urgent de la question est ainsi reconnu. Elle concerne chacun d’entre nous et touche un domaine juridique qui doit être mis à plat.

En 2013, parmi les gros titres qui ont marqué les esprits, figuraient les questions liées à la vie privée, à la sécurité des données et au recueil de renseignements, et ce aux quatre coins du globe – des États-Unis au Brésil, et de l’Inde à l’Australie.

Ce qui m’a gêné dans ces débats, c’est la manière dont ils ont été portés par certains défenseurs des programmes de surveillance de masse. Nous devons choisir, avancent-ils, entre sécurité et vie privée, entre protection et libertés.

Cette façon simpliste d’aborder ces questions a mis à mal notre capacité à identifier des politiques publiques saines susceptibles d’instaurer un juste équilibre entre ces préoccupations.

La question que l’on doit se poser est la suivante : est-il juste que l’État stocke et partage des informations concernant nos appels téléphoniques, nos courriels personnels, et nos échanges sur les réseaux sociaux… pour une période indéterminée ?

La réponse, je l’espère, ne sera pas contestée. Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les gouvernements peuvent examiner les informations nous concernant si, et seulement si, ils ont des raisons suffisantes de soupçonner des méfaits.

Je ne mets pas en cause le fait que les organes chargés du maintien de l’ordre public ont l’obligation d’enquêter sur des crimes potentiels. Mais cela ne les autorise pas à mener des expéditions de pêche, dans lesquelles leurs investigations se muent en un chalut – version électronique – qui ramasse tout sur son passage, sans discrimination, et conserve indéfiniment ses prises dans la glace.

La surveillance des métadonnées est synonyme de suivi de chacun de nos courriers électroniques, discussions ou communications en ligne. C’est comme si vous aviez quelqu’un qui espionne votre maison et surveille les allées et venues, 24 heures sur 24.

C’est une violation inacceptable de la vie privée qui ne saurait perdurer. Nous devons trouver un moyen de concilier l’opposition entre vie privée et sécurité d’une manière plus pragmatique à l’avenir.

Pourquoi ne pas commencer par renforcer la transparence sur l’étendue de ce qui est surveillé et pourquoi. Il est difficile d’évaluer efficacement la menace qui pèse sur notre vie privée et de définir les garanties nécessaires, tant que nous ignorons quelles informations les gouvernements recueillent et quels usages ils en font.

Ce besoin d’instaurer des garanties supplémentaires apparaît clairement au travers du fonctionnement de l’agence du renseignement du Royaume-Uni, la GCHQ ou Quartier général des communications du gouvernement. La GCHQ échappe aux examens juridiques en sous-traitant ses opérations de surveillance aux États-Unis, puisqu’elle demande à l’Agence nationale de sécurité (NSA) de faire ce qu’elle-même ne serait pas capable de faire.

Quant à la NSA, elle est devenue l’un des organes gouvernementaux les plus puissants au monde. Depuis le 11 septembre 2001, elle s’est vue donner carte blanche pour étendre sa sphère d’influence de manière exponentielle, sans craindre les contrôles ni la transparence.

Quelle bonne nouvelle d’entendre le président Barack Obama affirmer le 17 janvier qu’il est nécessaire de protéger la vie privée des citoyens, tant aux États-Unis que partout dans le monde. Cette reconnaissance est assurément un pas dans la bonne direction, après une année décevante de révélations sur l’ampleur de la collecte de renseignements menée par les États-Unis.

Cependant, force est de constater que le contenu des propositions émaillant son discours n’est guère révolutionnaire.

Le président conserve le pouvoir d’autoriser des activités de surveillance, sans examen judiciaire préalable, tandis que le futur des innombrables métadonnées collectées reste flou.

En outre, bien que le président avance qu’il est prêt à reconnaître les droits à la vie privée de ceux qui vivent en dehors du territoire américain, sa politique présente des lacunes sur plusieurs points.

La plupart de ces propositions doivent désormais être votées par le Congrès avant d’entrer en vigueur. Avant même le discours du président Barack Obama, les sénateurs Baldwin et Leahy avaient soumis des propositions de loi. Mais ces rustines législatives restaient limitées, puisqu’elles ne s’appliquaient pas aux personnes vivant hors des États-Unis.

Trouver le juste équilibre entre vie privée et sécurité suppose une analyse méticuleuse et réfléchie. Les décisionnaires doivent examiner longuement et en profondeur les choix qu’ils ont faits au fil des ans et qui ont débouché sur l’émergence d’un monde composé d’États « Big Brother ».

En me tournant vers l’avenir, je nourris l’espoir que nos gouvernements ne déploieront pas la rhétorique sur la sécurité pour justifier davantage le sacrifice d’un droit humain fondamental : le droit au respect de la vie privée.

Cet article a été publié dans le Huffington Post