• Éducation

Une petite révolution par les chemins de traverse

London,

Anna Koulikovska raconte au Fil comment, à force de débats et de nuits blanches, Amnesty Pologne a trouvé de nouveaux moyens d’inciter les jJeunes à militer pour les droits humains.

Nous avons lancé le projet Éducation pour la dignité humaine (E4HD) en 2010 avec de nombreux doutes. Le but était assez simple : sensibiliser et inciter les jeunes à lutter contre les violations des droits humains, facteurs de pauvreté.Mais, pour ce faire, nous avons dû utiliser un nouvel outil : la méthode participative. Séduisante en apparence, elle était aussi très déroutante et très différente de la manière dont nous avions mené nos projets de sensibilisation aux droits humains jusque-là.Au début, nous avions des doutes, nous débattions, et il nous est même arrivé de passer des nuits blanches. C’était comme si l’on vous disait : «Quittez l’autoroute et prenez ce chemin de traverse à la place. » Il fallait remonter loin en arrière, aux fondamentaux de la sensibilisation, laisser derrière nous nos vieilles méthodes et nos vieux manuels, et repartir de zéro en nous fondant sur les experiences individuelles.

Créer des passerelles

Notre action s’est articulée autour de deux axes : poser des questions et trouver un langage commun pour sensibiliser les jeunes à la question de la pauvreté. Nous avons revu entièrement notre matériel éducatif et demandé à des groupes de jeunes de différents pays ce qu’ils pensaient de la dignité, de la pauvreté et des droits humains.Quand nous avons démarré les séances de formation locales, nous n’avons pas utilisé de programme ou de matériel prédéfinis. C’étaient les expériences, les connaissances et l’engagement des participants qui nous guidaient. Nous n’étions plus ni des formateurs, ni des enseignants, mais des animateurs essayant de créer des passerelles entre des expériences personnelles dans les hémisphères nord et sud.Plus nous pratiquions la méthode participative, mieux nous la comprenions. Et les résultats sont arrivés. « Grâce aux ateliers, je me suis rendu compte que, si je voulais faire quelque chose pour les autres, il fallait que je m’investisse dans la vie publique. Et, surtout, que je devais commencer par moi-même », a confié Natalia, une élève de 15 ans.Mateusz, un enseignant de 29 ans, nous a raconté : « La nouvelle méthode m’a permis de redynamiser mes séances de formation. J’ai l’impression de pouvoir recommencer à enseigner à l’école. »Un volet important du projet a été la conception du portail en ligne RespectMyRights.org. Inspiré des réseaux sociaux, c’est un excellent moyen pour les jeunes du monde entier d’entrer en contact, d’apprendre et de passer à l’action.

Des partenariats stimulants

La conclusion de partenariats autour du projet était essentielle et nous avons entamé une collaboration étroite avec des confrères d’Amnesty en Afrique du Sud et en Sierra Leone. Des déplacements en Afrique ont été l’occasion de voir que la méthode participative pouvait être employée dans le monde entier.Par exemple, nous avons vu des pièces de théâtre dans des bidonvilles sur des problèmes concrets liés à la pauvreté, comme l’accès à l’éducation. En montrant que des solutions fondées sur les droits humains sont possibles, ces pièces peuvent inciter les gens à devenir des acteurs du changement dans leur entourage. Elles nous ont d’ailleurs inspirés, nous aussi.

Une petite révolution

Trois ans plus tard, le projet a eu des retombées considérables : en Pologne, on a dénombré 74 écoles partenaires, 20 012 jeunes participants, 542 séances de formation dans les établissements scolaires, 792 « démultiplicateurs » formés pour guider leurs pairs et 224 manifestations.Le plus beau résultat a été la reconnaissance de la méthode participative comme un moyen efficace de développer Amnesty dans sa globalité. Elle est désormais reprise dans l’ensemble de nos actions, dont le militantisme, la planification et l’évaluation.Nous pouvons aujourd’hui regarder dans le rétroviseur et dire que le chemin de traverse valait la peine d’être emprunté, parce que cette façon de travailler a révolutionné notre approche de tout ce que nous faisons…

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