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Népal - Comment lutter contre les décès liés à la maternité

Par Sanhita Ambast

Par Sanhita Ambast, chargée de campagne à Amnesty International

L’été est caniculaire dans le district de Kailali, au Népal. Avant la mousson, les terres sont arides, craquelées et poussiéreuses, et les températures dépassent allègrement les 45 °C. Même les écoles modifient leurs horaires, organisant les cours entre 6 et 10 heures pour éviter la période la plus chaude de la journée.

Je suis au Népal avec une équipe d’Amnesty International pour effectuer des recherches sur la prévention du prolapsus utérin, une pathologie curable qui survient lorsque les muscles pelviens n’arrivent plus à maintenir l’utérus, provoquant la « descente » de cet organe. Au cours des trois dernières semaines, notre équipe a étudié la discrimination liée au genre qui explique l’ampleur de cette pathologie dans différentes régions du Népal, et examiné les mesures prises par le gouvernement pour empêcher et traiter le prolapsus utérin. Nous avons commencé nos recherches à Kailali, dans la région du Terai.

Esclavage des temps modernes

À 11 heures par une chaude journée, notre équipe se trouvait à l’extérieur d’un centre social à Lal Bhoji, dans le district de Kailali. Nous attendions de parler de santé reproductive et de discrimination à des écolières. Près de nous, sur un panneau vert, on pouvait lire « Muktha Kamaiya Sahakaari Sanstha », ce qui se traduit approximativement par « Libération de la société coopérative kamaiya ». Bon nombre des filles que nous rencontrions étaient issues de la communauté tharu (indigène) du sud-ouest du Népal appelée « kamaiya », terme désignant les travailleurs réduits en servitude.

La kamaiya, souvent décrite comme l’esclavage des temps modernes, est une forme d’asservissement très courante dans le sud et le sud-ouest du Népal. Les Tharu qui ne possèdent pas de terres, notamment les jeunes filles, sont contraints à travailler chez des propriétaires plus aisés dans des conditions s’apparentant à une forme de servitude afin de rembourser leurs dettes. Les jeunes filles, appelées « kamlaris », peuvent être vendues par leurs familles, et se retrouvent à réaliser des tâches pénibles pendant de longues heures. Bien souvent, elles font également l’objet de trafic et d’exploitation sexuelle.

En 2002, le gouvernement népalais a promulgué une loi abolissant la kamaiya, « libérant » officiellement de nombreuses kamlaris. Pourtant, beaucoup d’entre elles continuent de travailler dans ces conditions, et ces pratiques perdurent.

Travaux forcés

Cet après-midi-là, nous avons rencontré 12 jeunes filles. Bon nombre étaient des kamlaris « libérées » qui allaient dans une école gouvernementale. « Quand nous n’avons pas de travail à la maison, nous allons travailler chez d’autres personnes », nous a raconté l’une d’elles, qui a décrit les employeurs comme des « agriculteurs qui possèdent des terres et sont plus riches ».

Chez ces derniers, les écolières coupent et battent des plants de riz, mélangent et portent du ciment, et aident à construire des bâtiments. Elles sont actuellement payées 150 roupies népalaises (soit un peu plus d’un euro) par jour.

Et l’école ?, avons-nous demandé. « Nous faisons nos devoirs pendant trois à quatre heures par jour, mais nous n’allons pas travailler les jours d’école. »

Ces jeunes filles étaient toujours joyeuses, gloussant en nous parlant de leurs amies qui s’étaient enfuies et qui s’étaient mariées jeunes, et feuilletant avec curiosité les documents relatifs à la santé que nous leur avions distribués.

D’après les données officielles, entre 7 et 37 % de Népalaises souffrent de prolapsus utérin.

Les pratiques sociales discriminatoires, telles que le mariage et les grossesses précoces, les lourdes charges de travail (plus particulièrement après un accouchement) et les violences domestiques, y compris les viols conjugaux, augmentent les risques de prolapsus utérin.

Notre discussion avec ces jeunes filles nous a permis d’obtenir des renseignements précieux sur le rôle des écoles en matière de sensibilisation et d’information concernant la santé reproductive, ce qui constitue peut-être une première étape pour empêcher cette pathologie qui peut être évitée.