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Yémen. Un rédacteur en chef et son fils arrêtés risquent la torture

, N° d'index: MDE 31/001/2010

Un rédacteur en chef et son fils ont été arrêtés après une manifestation contre l'interdiction de publication prononcée contre son journal. Ils sont détenus au secret et risquent d'être torturés ou maltraités.

AU 03/10, MDE 31/001/2010 Yémen 7 janvier 2010
ACTION URGENTE
UN RÉDACTEUR EN CHEF ET SON FILS ARTÉS RISQUENT LA TORTURE
Un rédacteur en chef et son fils ont été arrêtés après une manifestation contre l'interdiction de publication
prononcée contre son journal. Ils sont détenus au secret et risquent d'être torturés ou maltraités.
Hisham Bashraheel, rédacteur en chef du quotidien Al Ayyam âgé de soixante-six ans, et son fils Hani Bashraheel ont été
arrêtés le 6 janvier après avoir participé à un sit-in devant les locaux du quotidien à Aden, dans le sud du pays. Cette
manifestation a commencé le 4 janvier pour marquer le huitième mois de l'interdiction de publication dont sont frappés
Al Ayyam et plusieurs autres journaux. Une dizaine de personnes, qui avaient été arrêtées le 5 janvier, ont été remises
pour la plupart en liberté, mais on reste sans nouvelles d'Hisham Bashraheel, d'Hani Bashraheel et de plusieurs autres
manifestants. Ils sont détenus au secret et risquent d'être torturés ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements.
Amnesty International craint que ces hommes ne soient incarcérés uniquement pour avoir exercé de manière pacifique
leur droit à la liberté d'expression et de réunion. Si tel était le cas, il s'agirait de prisonniers d'opinion.
Le 4 janvier, les forces de l'ordre ont ouvert le feu sur les manifestants, et les agents de sécurité du journal ont riposté.
L'échange de tirs a fait un mort et trois blessés chez les forces de l'ordre et autant de victimes chez les agents de sécurité.
Le 30 avril 2009, les autorités ont saisi tous les exemplaires d'Al Ayyam disponibles dans les kiosques à journaux et
autres points de vente situés à Sanaa, la capitale, et dans d'autres villes du sud du pays. Elles ont appliqué la même
mesure à l'encontre de six autres journaux le 4 mai, tandis que les forces de l'ordre ont bloqué l'accès aux locaux
d'Al Ayyam pour empêcher la distribution du journal. Le 5 mai, le gouvernement a interdit la publication de tous les
journaux qui, selon lui, ont exprimé des points de vue favorables à la sécession du sud du pays dans leurs articles
consacrés aux manifestations dans cette région du Yémen. Le 13 mai, les forces de l'ordre ont pris d'assaut les locaux
d'Al Ayyam, tuant deux hommes dont un agent de sécurité et blessant un troisième. Elles tentaient de procéder à
l'arrestation d'Hisham Bashraheel en relation avec des faits survenus en février 2008 ; des hommes armés avaient ouvert
le feu sur sa résidence et des agents de sécurité avaient répondu à ces tirs. Un des agresseurs avait été tué et un autre
blessé. Hisham Bashraheel n'a pas été inculpé dans le cadre de cette affaire, mais d'autres personnes sont en instance de
jugement pour l'homicide commis. Amnesty International craint qu'Hisham Bashraheel n'ait uniquement été pris pour
cible en raison des articles publiés dans Al Ayyam sur le mouvement de protestation dans le sud du pays.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS RAPIDEMENT POSSIBLE AUX DESTINATAIRES
MENTIONNÉS CI-APRÈS (en arabe, en anglais ou dans votre propre langue) :
exhortez les autorités à veiller à ce qu'Hisham Bashraheel, Hani Bashraheel et toutes les autres personnes arrêtées à la
suite de la manifestation organisée devant les locaux d'Al Ayyam soient protégés contre toute forme de torture ou d'autres
mauvais traitements et qu'ils soient autorisés dans les meilleurs délais à être régulièrement en contact avec les avocats de
leur choix et leurs proches, ainsi qu'à bénéficier de tous les soins médicaux dont ils pourraient avoir besoin ;
priez-les de révéler le lieu où ces hommes sont détenus et la nature des charges éventuellement retenues contre eux,
ainsi que de s'assurer que toute procédure engagée à leur encontre soit conforme aux normes internationales d'équité ;
faites remarquer que, s'il s'avérait qu'ils sont détenus uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la
liberté d'expression et de réunion, Amnesty International les considérerait comme des prisonniers d'opinion et demanderait
leur libération immédiate et sans conditions.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 18 FÉVRIER 2010 AU :
Président de la République :
HE General Ali Abdullah Saleh
Office of the President of the Republic of
Yemen
Sana'a, République du Yémen
Fax : +967 127 4147
Formule d'appel : Your Excellency, /
Monsieur le Président,
Ministre de l'Intérieur :
HE Mutaher Rashad al-Masri
Ministry of the Interior
Sana'a, République du Yémen
Fax : +967 1 332 511 /
+967 1 514 532 / +967 1 331 899
Courriel : moi@yemen.net.ye
Formule d'appel : Your Excellency, /
Monsieur le Ministre,
Copies au :
Ministre des Droits humains
Her Excellency Dr Houda Ali Abdullatif
al-Baan
Ministry of Human Rights
Sana'a, République du Yémen
Fax : +967 1 444 838/
+967 1 419 555 / +967 1 419 700
Courriel : mshr@y.net.ye
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques du Yémen dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut
encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.
7 janvier 2010
ACTION URGENTE
UN RÉDACTEUR EN CHEF ET SON FILS ARRÊTÉS
RISQUENT LA TORTURE
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Sept journaux, dont Al Ayyam, quotidien yéménite à grand tirage fondé en 1958, ont été frappés d'interdiction de publication
l'année dernière, après avoir diffusé des articles consacrés au mouvement de protestation dans le sud du pays au cours de la
période précédant le 27 avril 2009, quinzième anniversaire du début de la guerre civile qui a opposé, pendant trois mois, le
gouvernement yéménite de Sanaa aux séparatistes du sud. Une coalition de groupes politiques appelée Mouvement du sud qui,
selon le gouvernement, appelle à l'indépendance de la région sud du pays, serait à l'origine de ces manifestations.
Dans le sud du Yémen, des manifestations ont lieu de manière sporadique depuis environ trois ans. Elles ont commencé par les
protestations de militaires à la retraite originaires du sud, qui expriment de manière croissante leur préoccupation quant au fait
qu'ils ne bénéficient pas du même traitement que les militaires du nord du pays en matière d'emploi, de salaires et de pensions
de retraite. La plupart de ces anciens soldats faisaient partie de l'armée de l'ex-République populaire démocratique du Yémen
(RPDY), communément appelée Yémen du Sud. Après la réunification du pays en 1990, les troupes de la RPDY et de la
République arabe du Yémen (RAY), communément appelée Yémen du Nord, ont été rassemblées en une seule armée, celle de la
nouvelle République du Yémen. Cependant, à la suite de la guerre civile de 1994 qui s'est conclue par la défaite du sud, de
nombreux soldats de l'ex-RPDY ont été renvoyés de l'armée. Ces anciens militaires, ainsi que ceux qui appartiennent encore à
l'armée actuelle, affirment subir des discriminations par rapport aux soldats qui avaient fait partie de l'armée de la RAY. Le
Mouvement du sud semble être apparu à la suite de ces manifestations et de celles liées aux discriminations globales dont les
habitants du sud du pays estiment être victimes.
Amnesty International a, à plusieurs reprises ces dernières années, recueilli des informations sur certains motifs de
préoccupation en rapport avec la liberté d'expression au Yémen, en particulier la chasse donnée par les autorités aux détracteurs
de l'État, accusés d'« atteinte à l'unité nationale », infraction dont la définition reste vague.
AU 03/10, MDE 31/001/2010, 7 janvier 2010

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