• Campagnes

Maroc. Un journaliste est détenu pour un article sur une vidéo d'AQMI

, N° d'index: MDE 29/012/2013

Les autorités marocaines ont interpellé et placé en détention le journaliste indépendant Ali Anouzla, connu pour ses prises de position contre les politiques du gouvernement. Cet homme est un prisonnier d'opinion, arrêté pour la publication sur son site d'information en ligne d'un article à propos d'une vidéo diffusée par Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Il est en détention sans inculpation depuis le 17 septembre et pourrait être détenu au titre de la loi marocaine draconienne relative à la lutte contre le terrorisme.

AU 261/13, MDE 29/012/2010 Maroc et Sahara occidental 23 septembre 2013
ACTION URGENTE
MAROC. UN JOURNALISTE EST DÉTENU POUR UN ARTICLE SUR UNE
VIDÉO D'AQMI
Les autorités marocaines ont interpellé et placé en détention le journaliste indépendant Ali Anouzla,
connu pour ses prises de position contre les politiques du gouvernement. Cet homme est un prisonnier
d'opinion, arrêté pour la publication sur son site d'information en ligne d'un article à propos d'une vidéo
diffusée par Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Il est en détention sans inculpation depuis le
17 septembre et pourrait être détenu au titre de la loi marocaine draconienne relative à la lutte contre le
terrorisme.
La police a arrêté le journaliste Ali Anouzla chez lui, à Rabat, tôt dans la matinée du 17 septembre. Cet homme est
le directeur de publication de la version arabophone de Lakome, un site internet d'information connu pour sa ligne
éditoriale libre et directe. Les policiers ont fouillé son domicile, confisqué des livres, des papiers et son ordinateur
portable et l'ont conduit dans les locaux de Lakome où ils ont également saisi plusieurs objets, dont des unités
centrales d'ordinateurs, selon les journalistes présents à ce moment-là. Le même jour, le procureur général du roi
près la Cour d'appel de Rabat a annoncé dans un communiqué qu'Ali Anouzla avait été arrêté en raison de la
publication par Lakome d'une vidéo du groupe armé AQMI intitulée « Maroc : le royaume de la corruption et du
despotisme ». Selon le procureur, la vidéo contenait « un appel clair et une incitation directe à commettre des actes
terroristes dans le Royaume du Maroc ». En réalité, l'article dénonçait la vidéo et ne pouvait pas être interprété
comme soutenant cet appel. La version arabophone du site Lakome n'a pas publié la vidéo mais proposait un lien
renvoyant vers un article publié sur le site internet du quotidien espagnol El País et qui contenait lui-même un lien
vers la vidéo.
Ali Anouzla n'a pas encore été inculpé mais Amnesty International craint qu'il soit détenu aux termes de la loi
marocaine relative à la lutte contre le terrorisme, qui autorise les autorités à détenir un suspect jusqu'à 12 jours
sans inculpation et jusqu'à six jours sans qu'il puisse contacter un avocat. Cette loi fragilise plusieurs droits
fondamentaux, notamment les garanties en matière de procès équitable. Son avocat lui a rendu visite une fois, le
20 septembre. Ali Anouzla est actuellement détenu dans les locaux de la Brigade nationale de la police judiciaire à
Casablanca. Cet homme est un prisonnier d'opinion et il est vivement à craindre qu'il soit puni pour l'indépendance
éditoriale de Lakome et les critiques publiées sur le site et visant les politiques gouvernementales, ce qui
représenterait un revers inquiétant pour la liberté d'expression au Maroc. Il risque d'être poursuivi pour des chefs
d'accusation liés au terrorisme et de subir un procès inique uniquement pour avoir fait son travail de journaliste.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS
CI-APRÈS (en arabe, en français ou dans votre propre langue) :
dites-vous préoccupé-e par le fait qu'Ali Anouzla est un prisonnier d’opinion, détenu uniquement pour avoir
exercé pacifiquement son droit à la liberté d’expression, et réclamez sa libération immédiate et inconditionnelle ;
priez instamment les autorités marocaines de respecter le droit à la liberté d’expression, garanti par le Pacte
international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) auquel le Maroc est partie.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 4 NOVEMBRE 2013 À :
Ministre de la Justice et des Libertés
Mustafa Ramid
Ministère de la Justice et des Libertés
Place El Mamounia BP 1015
Rabat, Maroc
Fax : +212 537 73 47 25
Formule d’appel : Monsieur le ministre,
Ministre de l’Intérieur
Mohand Laenser
Ministère de l'Intérieur
Quartier administratif
Rabat, Maroc
Fax : + 212 537 76 68 61
Formule d’appel : Monsieur le ministre,
Copies :
Président du Conseil national des droits de
l'homme Driss el Yazami
CNDH, Place Achouhada- BP 1341, 10
001, Rabat Maroc
Courriel : elyazami@cndh.org.ma
Fax : +212 537 72 68 5
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques du Maroc dans votre pays (adresse/s à compléter) :
nom(s), adresse(s), n° de fax, adresse électronique, formule de politesse
Vérifiez auprès de votre section s’il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.
ACTION URGENTE
MAROC. UN JOURNALISTE EST DÉTENU POUR UN
ARTICLE SUR UNE VIDÉO D'AQMI
COMPLÉMENT D’INFORMATION
La durée de la garde à vue d'Ali Anouzla suggère qu'il est détenu au titre de la loi marocaine draconienne relative à la lutte contre
le terrorisme, qui ne prévoit pas pour les suspects de garanties juridiques suffisantes, entre autres atteintes aux droits humains.
Aux termes de cette loi, qui porte modification du Code pénal marocain, l'infraction de « terrorisme » est définie en termes
vagues et les autorités ont le pouvoir de maintenir des suspects en garde à vue pour une période allant jusqu'à 12 jours. En
outre, ce texte étend à six jours la période maximale durant laquelle les suspects ne sont pas autorisés à contacter un avocat. Ces
dispositions placent les détenus dans une situation où ils risquent d'être exposés à des violations des droits humains, notamment
à la torture ou à d'autres mauvais traitements, et porte atteinte à leur droit à une défense pleine et entière.
L'arrestation d'Ali Anouzla a eu lieu à une période où les journalistes dénigrant les autorités sont victimes d'actes de harcèlement
et d'intimidation au Maroc.
Le 17 juin 2013, les autorités marocaines ont déclaré le journaliste Youssef Jajili, rédacteur en chef du magazine Al An,
coupable de diffamation et l'ont condamné à deux mois de prison avec sursis.
Omar Brouksy, un reporter de l’Agence France Presse, a été frappé par des policiers en août 2012 pour avoir couvert une
manifestation organisée par l'opposition contre une cérémonie traditionnelle d'allégeance au roi.
Deux mois plus tard, le ministère de la Communication lui a retiré son accréditation après qu’il a publié un article expliquant que
des « candidats proches du palais royal » participaient aux élections législatives pour remporter des sièges parlementaires à
Tanger.
À ce jour, aucune enquête n’a été ouverte sur l’agression dont Omar Brouksy a été victime et, faute d’accréditation, il ne peut
travailler comme journaliste dans son propre pays.
Le Code de la presse et le Code pénal en vigueur au Maroc érigent en infraction l’expression pacifique lorsqu’il est considéré
qu’elle équivaut à de la diffamation ou porte atteinte au régime monarchique, à l'intégrité territoriale du Maroc ou à la religion
islamique.
Nom : Ali Anouzla
Homme
AU 261/13, MDE 29/012/2013, 23 septembre 2013

Dans quelle langue voulez-vous lire le rapport ?