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Iran. Procès d'une défenseure des droits humains

, N° d'index: MDE 13/057/2010

Shiva Nazar Ahari, journaliste, blogueuse et membre du Comité des reporters des droits humains (CHRR), doit être jugée le 23 mai 2010 pour des chefs d'accusation potentiellement passibles de la peine de mort. Un autre membre du CHRR, Kouhyar Goudarzi, est toujours détenu sans inculpation. Tous deux sont des prisonniers d'opinion, détenus uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression et d'association.

Action complémentaire sur l'AU 347/09, MDE 13/057/2010 Iran 21 mai 2010
ACTION URGENTE
PROCÈS D'UNE DÉFENSEURE DES DROITS HUMAINS
Shiva Nazar Ahari, journaliste, blogueuse et membre du Comité des reporters des droits humains
(CHRR), doit être jugée le 23 mai 2010 pour des chefs d'accusation potentiellement passibles
de la peine de mort. Un autre membre du CHRR, Kouhyar Goudarzi, est toujours détenu sans
inculpation. Tous deux sont des prisonniers d'opinion, détenus uniquement pour avoir exercé
pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression et d'association.
Shiva Nazar Ahari, qui a environ 26 ans, est détenue depuis le 20 décembre 2009. Les autorités judiciaires et les agences
de presse progouvernementales ont publiquement accusé le CHRR et Shiva Nazar Ahari d'avoir pris contact avec
l'Organisation iranienne des moudjahidin du peuple (OIMP), un groupe interdit. Le CHRR et Shiva Nazar Ahari nient
catégoriquement ces accusations. D'après sa mère, Shiva Nazar Ahari a été inculpée en avril 2010 d'avoir « suscité un
malaise dans l'esprit du public en écrivant sur le site Internet du CHRR et d'autres sites » et « agi contre la sécurité
nationale en participant à des manifestations [antigouvernementales] le 4 novembre 2009 et le 7 décembre 2009 ». Elle
a nié avoir participé aux manifestations, précisant qu'elle était au travail ces jours-là. Si elle était déclarée coupable de
ces chefs d'accusation, elle encourrait une longue peine d'emprisonnement, voire la peine de mort.
Kouhyar Goudarzi est détenu sans inculpation ni procès depuis son arrestation en décembre 2009. En février 2010, il a
indiqué à ses proches que des agents des services de renseignement faisaient pression sur lui pour qu'il accepte les
accusations portées contre lui. Il est accusé de liens avec l'OIMP et d'« inimitié à l'égard de Dieu » une infraction
passible de la peine de mort. Il est actuellement maintenu à l'isolement, après avoir protesté contre le traitement de
certains prisonniers. Début mai, les autorités ont fixé le montant de sa caution à 700 millions de rials (environ
57 000 euros), mais la situation n'a pas progressé en vue de sa libération depuis lors. Deux autres détenus membres du
CHRR ont été remis en liberté : Saeed Haeri, le 13 mars 2010, et Navid Khanjani, le 3 mai.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-
APRÈS (en persan, en arabe, en anglais, en français ou dans votre propre langue) :
priez instamment les autorités de libérer immédiatement et sans condition Shiva Nazar Ahari et Kouhyar Goudarzi, qui
sont des prisonniers d'opinion, détenus uniquement en raison des activités pacifiques qu'ils mènent en faveur des droits
humains ;
exhortez-les à faire en sorte qu'ils soient protégés de la torture et de toute autre forme de mauvais traitements et qu'ils
puissent immédiatement et régulièrement consulter un avocat, entrer en contact avec leurs proches et bénéficier de tous
les soins médicaux dont ils pourraient avoir besoin ;
rappelez aux autorités que le recours à la torture en vue d'obtenir des aveux est interdit par l'article 38 de la
Constitution iranienne et par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel l'Iran est partie.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 2 JUILLET 2010 À :
Guide suprême de la République
islamique d'Iran :
Ayatollah Sayed ‘Ali Khamenei
The Office of the Supreme Leader
Islamic Republic Street End of
Shahid Keshvar Doust Street,
Tehran, République islamique d'Iran
Courriel : info_leader@leader.ir
via son site Internet :
http://www.leader.ir/langs/en/index.p
hp?p=letter (en anglais)
Formule d'appel : Your Excellency, /
Excellence,
Responsable des autorités judiciaires
à Téhéran :
Mr Ali Reza Avaei
Karimkhan Zand Avenue
Sana'i Avenue, Corner of Ally 17, No
152
Tehran, République islamique d'Iran
Courriel : avaei@Dadgostary-tehran.ir
Formule d'appel : Dear Mr Avaei, /
Monsieur,
Copies à :
Chef du Comité des droits de
l'homme au sein du pouvoir
judiciaire :
His Excellency Mohammad Javad
Larijani
Bureau of International Affairs,
Office of the Head of the Judiciary,
Pasteur St., Vali Asr Ave. south of
Serah-e Jomhouri, Tehran
1316814737, République
islamique d'Iran
Courriel : bia.judi@yahoo.com
Fax : + 98 21 5 537 8827 (Merci
de vous montrer persévérant)
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques de l'Iran dans votre pays. Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore
intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci. Ceci est la quatrième mise à jour de l'AU 347/09 (MDE 13/132/2009). Pour plus
d'informations, voir : http://www.amnesty.org/fr/library/info/MDE13/132/2009/fr.
21 mai 2010
ACTION URGENTE
PROCÈS D'UNE DÉFENSEURE DES DROITS HUMAINS
INFORMATIONS GÉNÉRALES
Shiva Nazar Ahari a été arrêtée dans le centre de Téhéran le 20 décembre 2009, en même temps que deux autres membres de
CHRR, Kouhyar Goudarzi et Saeed Haeri. Tous trois ont été contraints à descendre d'un bus alors qu'ils partaient assister aux
funérailles, le lendemain, du grand ayatollah Montazeri, un dignitaire religieux qui avait critiqué les autorités. Entre le moment
de sa dernière arrestation et aux alentours du 14 février 2010, Shiva Nazar Ahari a été maintenue à l'isolement. Après son
transfert dans une cellule où étaient détenues trois autres personnes, elle a indiqué par téléphone à sa famille qu'elle avait été
enfermée dans un cachot « semblable à une cage » où elle ne pouvait bouger ni les bras, ni les jambes.
En janvier 2010, Abbas Jafari Dowlatabadi, le procureur de Téhéran, a déclaré à la famille de Shiva Nazar Ahari : « Des
spécialistes chargés de l'affaire ont signalé que le site Internet du Comité est lié aux “hypocrites” [le nom que les autorités
iraniennes donnent à l'OIPM], et tout acte de collaboration avec le Comité constitue un crime. »
Dans un article publié le 8 mai 2010 par Raja News, une agence de presse en ligne réputée proche du président Ahmadinejad,
neuf accusations ont été énoncées contre elle. Celles-ci, qui ne sont pas des infractions reconnues par la loi, comprenaient entre
autres le fait d'être entrée en contact avec l'OIPM notamment en lui envoyant des informations au sujet de prisonniers, celui
d'« être membre, ancienne secrétaire et actuelle porte-parole du CHRR » et celui de « défendre des prisonniers politiques ». On
lui reprochait également d'avoir « participé à des rassemblements illégaux », y compris au cours des précédentes années, et
d'avoir préparé une liste des personnes tuées pendant la période de la révolution islamique.
Dans une interview accordée le 19 mai au site d'information Rooz Online (basé en Belgique), la mère de Shiva Nazar
Ahari, Shahrzad Kariman, a rejeté les accusations portées contre sa fille dans la presse iranienne. « Nous ne nous tairons
pas à ce sujet et nous nous réservons le droit de déposer des plaintes ; nous poursuivrons en justice Raja News et les
autres médias qui ont publié des informations calomnieuses », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté : « Personne n'a vu son
dossier, pas même ses avocats, et les audiences du tribunal se sont jusqu'à présent déroulées à huis clos, sans qu'aucun
journaliste ne soit présent. De plus, aucun procès n'a encore été organisé à ce jour pour affirmer que des preuves ont été
apportées aux charges retenues contre elle. J'ignore donc d'où ces journaux tiennent ces accusations. »
Auparavant, Shiva Nazar Ahari avait déjà été arrêtée le 14 juin 2009 et détenue pendant trois mois avant d'être libérée sous
caution le 23 septembre. Elle avait également été arrêtée en raison de ses activités étudiantes et de défense des droits humains
en 2002 et 2004, puis condamnée en 2005 à une peine d'un an d'emprisonnement assortie d'un sursis de cinq ans.
Le CHRR a été fondé en 2006 et milite contre tous les types d'atteintes aux droits humains, en particulier celles qui touchent les
femmes, les enfants, les prisonniers et les travailleurs.
Au cours des mois qui ont suivi l'élection présidentielle de juin 2009 en Iran, dont le résultat a été contesté, des dizaines de
personnes ont été tuées par les forces de sécurité, qui ont fait usage d'une force excessive. Des milliers d'autres ont été arrêtées,
la plupart arbitrairement, et beaucoup ont été torturées ou soumises à d'autres formes de mauvais traitements. De nombreuses
personnes ont été jugées de manière inique, notamment lors de procès collectifs « pour l'exemple » ; plus de 200 ont été
condamnées à des peines d'emprisonnement et au moins 16 à la peine capitale. Deux d'entre elles ont été exécutées en janvier,
et certaines ont vu leur condamnation à mort commuée. À la connaissance d'Amnesty International, au moins cinq sont
actuellement sous le coup d'une telle peine et risquent toujours une exécution.
Action complémentaire sur l'AU 347/09, MDE 13/057/2010, 21 mai 2010

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