AU 88/19 EUR 17/0610/2019 Chypre 28 juin 2019
COMPLEMENT D'INFORMATION
Ahmed H. vivait à Chypre depuis 2006 avec son épouse chypriote. Ils ont deux petites filles. En août 2015, il a quitté son
domicile à Chypre pour aller aider ses parents âgés et d’autres membres de sa famille à fuir la Syrie. Quand ils sont arrivés
à la frontière serbo-hongroise le 16 septembre 2015, ils se sont retrouvés parmi les centaines de réfugiés bloqués là, la
police ayant installé une clôture pour les empêcher de rentrer dans le pays depuis la Serbie. Des affrontements ont eu lieu
quand des réfugiés ont essayé de forcer le passage. La police hongroise a réagi en faisant usage de gaz lacrymogènes et
de canons à eau, et des dizaines de personnes ont été blessées. Des personnes ont jeté des pierres, notamment Ahmed
H., mais les images qui ont été enregistrées montrent aussi clairement Ahmed H. en train d’utiliser un porte-voix pour
appeler les deux camps à rester calmes. En raison de ces agissements, il a été arrêté puis déclaré coupable de « complicité
d’actes terroristes » au titre de dispositions vagues et trop générales de la législation hongroise relatives au terrorisme.
Amnesty International a suivi de près la procédure judiciaire, y compris en observant les audiences du procès, et est arrivée
à la conclusion que les charges relatives au terrorisme retenues contre cet homme ainsi que sa condamnation pour
« complicité d’actes terroristes » n’étaient manifestement pas fondées. Sa condamnation repose entièrement sur les
allégations selon lesquelles Ahmed H. a tenté d’inciter la police hongroise à ouvrir la clôture mise en place à la frontière, et
a lancé des objets lors des troubles survenus à la frontière. Lorsqu’il a prononcé sa décision finale, le 20 septembre 2018,
le juge a reconnu qu’Ahmed H. avait en fait tenté de calmer la foule et agi en tant que médiateur entre la police et la foule.
Le gouvernement du Premier ministre hongrois Viktor Orbán a voulu – en l’absence pourtant de preuves pouvant étayer
ses affirmations – établir un lien inextricable entre les réfugiés et migrants et la menace terroriste. L’application indue de
charges relatives au terrorisme dans le cas d’Ahmed H. s’inscrit dans le cadre d’une vaste campagne visant à faire passer
les réfugiés et les migrants à la recherche de la sécurité pour des « terroristes » et une menace pour la sécurité nationale.
Amnesty International a également réuni des informations sur des déclarations de représentants du gouvernement hongrois
affirmant publiquement la culpabilité d’Ahmed H. avant même la fin du procès. De telles déclarations ont compromis l’équité
du procès d’Ahmed H., en violation des normes internationales relatives à l’équité des procès, qui comprennent la
présomption d’innocence.
Le droit à la vie privée et à une vie de famille est garanti par l’article 17 du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques et par l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Chypre est partie à ces deux traités internationaux relatifs aux droits humains. Toute restriction de ces droits doit être
« nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la
défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale,
ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». La condamnation d’Ahmed H. en Hongrie pour « complicité d’actes
terroristes » ne rentre pas dans le cadre des exceptions liées à la sécurité nationale, concernant le respect de la vie familiale,
car les charges liées au terrorisme ont été indûment retenues contre lui et son droit à un procès équitable a été violé pendant
la procédure pénale en Hongrie.
Si la Hongrie renvoie Ahmed H. en Syrie, elle violera alors le principe de non-refoulement. Ce principe du droit international
relatif aux droits humains prévoit qu’aucune personne ne peut être renvoyée dans un pays où elle risque d’être soumise à
la torture, à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ou de subir des préjudices irréparables.
LANGUE(S) À PRIVILÉGIER POUR LA RÉDACTION DE VOS APPELS : Grec et anglais
Vous pouvez également écrire dans votre propre langue.
MERCI D’AGIR DANS LES PLUS BREFS DÉLAIS ET AVANT LE : 9 août 2019
Au-delà de cette date, vérifiez auprès de votre section s’il faut encore intervenir.
PRÉNOM, NOM ET PRONOM À UTILISER : Ahmed H. (il, son nom complet n’est pas révélé afin de
protéger la vie privée de la famille)