Turkménistan 2017/2018
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Turkménistan 2017/2018

Des restrictions sévères ont continué de peser sur la liberté d’expression. Des personnes se trouvant en détention provisoire ou en prison ont été torturées ou autrement maltraitées. Certaines en sont mortes. Rien n’a été fait pour régler le problème des disparitions forcées et de la détention au secret. Le droit au logement a fait l’objet de très nombreuses atteintes. Les relations sexuelles entre hommes consentants constituaient toujours une infraction pénale.

Contexte

Gourbangouly Berdymoukhamedov a été réélu en février à la tête du pays pour un nouveau mandat de sept ans, avec 98 % des voix. La mission d’évaluation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a estimé que le scrutin avait été entaché de graves irrégularités. La crise économique qui touchait le Turkménistan s’est aggravée. En juin, le chef de l’État a demandé au Parlement de préparer un plan d’austérité prévoyant la suppression de certains avantages, comme la gratuité du gaz et de l’électricité. Selon certaines informations, les salaires n’auraient pas été versés aux employés de plusieurs entreprises d’État et une pénurie d’argent liquide aurait été constatée.

Évolutions législatives, constitutionnelles ou institutionnelles

Le Parlement a élu en mars la première Commissaire aux droits humains (médiatrice) à partir d’une liste de candidats fournie par le chef de l’État. Cette procédure faisait planer le doute sur l’indépendance de cette institution, ainsi que sur sa conformité avec les Principes des Nations unies concernant le statut des institutions nationales.

Liberté d’expression

Il n’existait aucune presse indépendante et les rares journalistes indépendants, qui travaillaient généralement dans la clandestinité pour des organes de presse basés à l’étranger, étaient la cible d’actes de harcèlement et d’arrestations.

Le journaliste indépendant Khoudaïberdy Allachov et sa mère, Kourbantatch Arazmedova, ont été libérés le 15 février, après avoir été condamnés à une peine de trois ans d’emprisonnement avec sursis pour détention de tabac à chiquer. Ils étaient en détention depuis le 3 décembre 2016 et, selon certaines allégations, ils auraient été maltraités et soumis à des actes de torture.

En mars, l’Union européenne et l’OSCE ont demandé la libération immédiate de Saparmamed Nepeskouliev, condamné en 2015 à trois ans d’emprisonnement pour infractions à la législation relative aux stupéfiants. Ce journaliste indépendant souffrait semble-t-il de problèmes de santé qui mettaient ses jours en danger.

En avril, le Comité des droits de l’homme del'ONU s’est inquiété, entre autres, de l’absence d’une presse indépendante, des restrictions injustifiées imposées à l’accès à Internet et du recours à des inculpations motivées par des considérations politiques contre les personnes, y compris les journalistes, qui osaient formuler des critiques à l’égard du gouvernement.

Torture et autres mauvais traitements

En janvier, le Comité contre la torture de l’ONU s’est dit gravement préoccupé « par les allégations persistantes faisant état d’actes de torture et de mauvais traitements, notamment de passages à tabac, qui seraient couramment infligés aux personnes privées de liberté, en particulier au moment de leur arrestation et pendant leur détention provisoire, principalement dans le but de leur extorquer des aveux ».

En février, 18 hommes ont été reconnus coupables aux termes de divers articles du Code pénal et ont été condamnés à des peines allant de cinq à 12 ans d’emprisonnement pour leurs liens présumés avec des établissements scolaires turco-turkmènes considérés comme affiliés à Fethullah Gülen. Ces hommes auraient été torturés et maintenus dans des conditions inhumaines alors qu’ils se trouvaient en détention dans l’attente de leur procès. Un dix-neuvième homme arrêté en même temps qu’eux serait décédé des suites des actes de torture qu’il aurait subis. Le procès, qui s’est tenu au sein du centre de détention provisoire de Yashlyk, dans la province d’Ahal, se serait déroulé au mépris des normes internationales d’équité.

Mort en détention

Le site d'information Alternative Turkmenistan News a indiqué que le corps d’Aziz Gafourov avait été remis à sa famille le 24 juin à Urgendzhi, un village proche de Turkmenabat. Selon un témoin, sa dépouille était celle d’un homme très amaigri et couvert d’ecchymoses. Aziz Gafourov était l’un des musulmans pratiquants condamnés par dizaines ces dernières années pour participation à un complot visant à renverser l’État, appels violents en faveur du renversement de l’ordre constitutionnel et incitation à l’inimitié sociale, nationale et religieuse.

Disparitions forcées

On était toujours sans nouvelles d’au moins 80 détenus, victimes de disparition forcée au lendemain d’une tentative d’assassinat présumée menée en novembre 2002 contre le président de l’époque, Saparmourad Niazov.

Les corps de trois anciens hauts responsables des services de l’État, victimes de disparition forcée peu après leur arrestation et leur inculpation pour leur rôle présumé dans cette tentative d’assassinat, ont été remis à leurs proches dans le courant de l’année. Tirkich Tyrmyev serait mort le 13 janvier. Baïram Khassanov est décédé en mai. La mort d’Akmourad Redjepov a été annoncée le 18 août par l’ONG russe de défense des droits humains Memorial, qui la faisait remonter au 10 du même mois.

Le 26 janvier, la délégation de l’UE auprès des organisations internationales à Vienne a publié une déclaration dans laquelle elle exprimait son inquiétude concernant le décès de Tirkich Tyrmyev et demandait au Turkménistan de se pencher immédiatement et efficacement sur le problème des disparitions forcées, en vue d’y mettre fin.

Droits en matière de logement et expulsions forcées

De nouvelles informations ont fait état de démolitions massives d’immeubles d’habitation et de nombreuses expulsions forcées menées dans le cadre de grands chantiers d’urbanisme et de promotion immobilière, en vue notamment de l’organisation, au mois de septembre, des Jeux asiatiques des sports en salle et des arts martiaux. Un groupe de femmes s’est rassemblé le 21 février à Achgabat pour exiger la solution de relogement qui leur avait été refusée sous prétexte qu’elles n’avaient pas été en mesure de produire les documents confirmant qu’elles étaient bien propriétaires des maisons qu’elles occupaient et qui avaient été démolies. Les autorités ne leur avaient pas remis ces documents au motif que nombre d’entre elles n’étaient pas officiellement enregistrées dans la capitale.

Droits des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres ou intersexuées

Les relations sexuelles librement consenties entre hommes constituaient toujours une infraction au Code pénal passible de deux années d’emprisonnement. Des personnes LGBTI ont cette année encore été victimes de discriminations et de violences, d’arrestations et de détentions arbitraires, etc.

Téléchargez le Rapport 2017/18 d'Amnesty International