Zambie 2019
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Zambie 2019

Les autorités ont continué de réprimer le droit à la liberté d’expression et la liberté de la presse au moyen d’une réglementation arbitraire, de manœuvres d’intimidation, d’actes de harcèlement, de violences et de lois oppressives. Des stations de radio et des chaînes de télévision indépendantes ont vu leur licence suspendue en raison de leur traitement des questions politiques, considéré comme critiquant le pouvoir en place. Des militant·e·s de partis politiques d’opposition et des détracteurs du régime ont été arrêtés et poursuivis pour divers chefs d’inculpation, dont celui de diffamation envers la personne du président. La sécurité alimentaire s’est dégradée et la dette extérieure a considérablement augmenté.

CONTEXTE

Le 21 juin 2019, le Parlement a rendu public, pour consultation, un projet controversé de modification de la Constitution, qui laissait craindre que le pouvoir exécutif se voie accorder des prérogatives excessives qui empiéteraient sur celles du pouvoir judiciaire. Des tensions accrues étaient palpables entre les sympathisant·e·s du Front patriotique et ceux de partis politiques d’opposition, en particulier pendant les élections partielles, dans diverses régions du pays. Le droit à la liberté de réunion pacifique et à l’égale protection de la loi a été bafoué lors des élections partielles. Cette année encore, la police a appliqué la Loi relative à l’ordre public de manière sélective, en ciblant des militant·e·s de partis d’opposition.

LIBERTÉ D’EXPRESSION

Le droit à la liberté d’expression et la liberté de la presse restaient limités par une législation oppressive et une réglementation arbitraire. Les autorités ont de plus en plus eu recours aux dispositions pénales réprimant la diffamation pour faire taire les personnes critiques à l’égard du président ou de l’appareil judiciaire.

Le rédacteur en chef de The Rainbow, Derrick Sinjela, purgeait toujours une peine de 18 mois d’emprisonnement prononcée par la Cour suprême le 9 décembre 2018 pour outrage à magistrat, après la publication dans son journal d’un article rédigé par un militant. Celui-ci dénonçait la corruption présumée au sein du pouvoir judiciaire à la suite de la décision rendue par la Cour suprême dans l’affaire Savenda Management Services c. Stanbic Bank Zambia Limited. Cette infraction était habituellement passible d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement n’excédant pas six mois. Dans la citation à comparaître que Derrick Sinjela a reçue, il est indiqué qu’il a publié un article intitulé, en substance, « L’arrêt rendu par la Cour suprême zambienne dans l’affaire Savenda c. Stanbic Bank est “discutable” », dont le contenu a été jugé outrageant. Il a été déclaré coupable d’avoir publié un article accusant les juges d’avoir reçu des pots-de-vin en échange de l’annulation d’une décision de la Haute Cour favorable à Savenda Management Services. À l’occasion de son 63e anniversaire, le 11 novembre, le président Edgar Lungu a gracié Derrick Sinjela et ordonné sa libération.

En août, Chishimba Kambwili, président du Congrès démocratique national (NDC), un parti qui s’est vu retirer son statut officiel, a été arrêté pour diffamation envers la personne du président Edgar Lungu après avoir diffusé une vidéo dans laquelle il semblait qualifier le chef de l’État de chien à mots couverts. Sur ces images, qui se sont propagées sur les réseaux sociaux, il déclarait : « Certains chiens de Chawama n’en ont pas assez de voyager ». Chawama est un quartier de Lusaka, la capitale, où Edgar Lungu vivait auparavant et dont il a été député. Récemment, celui-ci s’est rendu à l’étranger, notamment en Inde et au Japon. Chishimba Kambwili a été arrêté deux jours après que le Registre national des sociétés eut radié le NDC, au motif que ses statuts présentaient des irrégularités.

Le procès du dirigeant du Nouveau parti travailliste, Fresher Siwale, inculpé de diffamation envers la personne du président, s’est ouvert en octobre ; le 9 octobre, un magistrat de Lusaka avait rejeté une demande d’ajournement du procès déposée alors que les avocats contestaient devant la Haute Cour la constitutionnalité du chef de diffamation. Dans cette affaire, Fresher Siwale était accusé d’avoir publié le 22 avril 2018, dans le but de tourner le président en dérision, des propos diffamatoires selon lesquels le président zambien n’était pas Edgar Chagwa Lungu mais Jonathan Mutawale. Il était également accusé d’avoir appelé à l’arrestation d’Edgar Lungu parce qu’il détiendrait trois cartes nationales d’identité.

Le 4 mars, l’autorité indépendante de régulation des médias (IBA) a suspendu pour un mois la chaîne de télévision Prime TV, qui se montrait critique à l’égard du gouvernement, quelques jours seulement après que le parti au pouvoir, le Front patriotique, l’eut accusée d’être partiale et de manquer de professionnalisme. L’IBA a invoqué comme motifs un traitement déséquilibré et biaisé de l’information, dont le but probable était d’inciter à la violence, et l’utilisation d’un langage péjoratif, en particulier lors des élections législatives partielles tenues à Sesheke en février. Prime TV avait déjà critiqué ouvertement le gouvernement du président Edgar Lungu. Cette entreprise, qui emploie plus de 60 personnes (journalistes et personnel de soutien), est l’une des deux plus grandes chaînes de télévision privées de Zambie, l’autre étant MUVI-TV, qui avait aussi vu sa licence suspendue en 2016 après l’élection présidentielle. Le 4 mars également, les autorités ont suspendu pour deux mois la station de radio Valley FM, basée dans la province de l’Est, pour conduite non professionnelle.

LIBERTÉ D’ASSOCIATION ET DE RÉUNION PACIFIQUE

La police et le parti au pouvoir, le Front patriotique, ont continué d’interrompre des rassemblements pacifiques et de réprimer le droit à la liberté d’association, en particulier pendant les périodes de campagne électorale et les manifestations. Dans de nombreux cas, leurs agissements ont entraîné des arrestations arbitraires, des dommages matériels, des blessures et, parfois, des décès. Les personnes présumées responsables d’avoir réprimé des rassemblements pacifiques n’avaient pas été traduites en justice à la fin de l’année.

Entre le 10 janvier et le 12 février, la campagne politique a battu son plein pour les élections législatives partielles à Sesheke et pour les élections locales partielles dans sept municipalités des districts de Lundazi, de Katete et d’Isoka. Hakainde Hichilema, dirigeant du Parti uni pour le développement national (UPND), une formation d’opposition, a déclaré que la police avait tenté de l’assassiner en tirant à balles réelles sur ses sympathisant·e·s et sur lui à Sesheke. Des policiers armés et des cadres du Front patriotique étaient alors présents en grand nombre dans la ville. Des violences ont éclaté lorsque le dirigeant de l’UPND a ordonné à ses militant·e·s de se défendre en cas d’attaque. À l’issue de la violente altercation entre les deux partis politiques, des logements ont été détruits et de nombreuses personnes ont été blessées. Les auteurs présumés de ces agissements n’ont jamais été traduits en justice, mais quatre policiers ont été sommairement mis à la retraite après avoir frappé des cadres du Front patriotique qui rouaient de coups des sympathisants de l’UPND dans le district de Sesheke.

Les élections partielles à la présidence du conseil du district de Kaoma, qui se sont tenues le 10 octobre, ont également donné lieu à de violents affrontements entre les sympathisants de l’UPND et ceux du Front patriotique ; des dommages matériels ont été occasionnés et un cadre de la branche jeunesse de l’UPND, Lawrence Banda, est mort. Selon l’UPND, celui-ci a été abattu le 6 octobre de deux balles dans la tête tirées par un cadre de la branche jeunesse du Front patriotique dont l’identité est connue. Chola Simwamba, un cadre de l’UPND, a été arrêté pour avoir procédé à des tirs de sommation après avoir été attaqué par un cadre de la branche jeunesse du Front patriotique le 5 octobre. Les deux épisodes sont liés. Les autorités ont déclaré qu’elles déploraient l’homicide du cadre de l’UPND et, dans un communiqué du 7 octobre, le président Edgar Lungu a condamné les violences et l’homicide de Lawrence Banda et chargé l’inspecteur général de la police de diriger la procédure dans le district de Kaoma. Le 9 octobre, des policiers armés ont empêché le dirigeant de l’UPND Hakainde Hichilema de faire campagne dans la municipalité de Mangango (district de Kaoma). Pour que l’impunité ne devienne pas une pratique ancrée, il était nécessaire que la police zambienne enquête sur le meurtre de Lawrence Banda et livre à la justice les responsables présumés de cet homicide illégal.

DROITS ÉCONOMIQUES, SOCIAUX ET CULTURELS

La sécurité alimentaire s’est dégradée dans les provinces de l’Ouest et du Sud du pays en raison de la diminution des récoltes imputable au manque de pluie. Selon les chiffres officiels de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), environ 2,3 millions de personnes risquaient d’être touchées par l’insécurité alimentaire et l’insécurité des moyens d’existence, les enfants étant exposés à la malnutrition et à un retard de croissance. Les sécheresses aiguës qui ont eu lieu entre 2015 et 2019 ont limité la production hydroélectrique et réduit les rendements agricoles. La dette extérieure, qui s’élevait à plus de 10 milliards de dollars des États-Unis, a exacerbé l’incapacité de la Zambie à fournir des services sociaux comme l’éducation et à soutenir la production agricole.