Lesotho 2020
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Lesotho 2020

Le Premier ministre Thomas Thabane a été inculpé de complicité présumée de meurtre et de tentative de meurtre. Toutefois, personne n’avait été traduit en justice à la fin de l’année pour les faits concernés et des témoins avaient reçu des menaces de mort. Des milliers de personnes étaient menacées d’expulsion forcée pour permettre la construction d’un barrage. L’épidémie de COVID-19 dans le pays a mis en péril les revenus de dizaines de milliers de personnes et a entraîné l’instauration d’un état d’urgence, que les autorités ont utilisé comme prétexte pour justifier des violations du droit de circuler librement et du droit à la liberté de réunion pacifique. Des professionnel·le·s de la santé se sont mis en grève parce que leurs demandes d’équipements de protection individuelle n’étaient pas satisfaites.

Impunité

Personne n’a été traduit en justice pour le meurtre de l’ex-épouse du Premier ministre Thomas Thabane, Lipolelo Thabane, ni pour la tentative de meurtre sur son amie Thato Sebolla. En février, la police a annoncé que Thomas Thabane, qui était alors Premier ministre, était inculpé dans le cadre de cette affaire criminelle. Lipolelo Thabane avait été abattue en 2017 par des agresseurs non identifiés dans la banlieue de Maseru, la capitale du pays, alors qu’elle rentrait chez elle en voiture en compagnie de Thato Sebolla. Les autorités n’ont pas fourni une protection suffisante aux témoins. Thato Sebolla et d’autres témoins clés ont fui le pays car ils se sentaient en danger du fait de ce manque de protection. Trois témoins présumés de cette affaire sont décédés dans des circonstances mystérieuses à Maseru entre 2017 et 20201.

En mai, à la suite des pressions croissantes exercées par différents partis politiques demandant sa démission, Thomas Thabane a quitté son poste de Premier ministre2.

Droit de circuler librement

Le 27 mars, le Premier ministre a déclaré un état d’urgence rétroactif au 18 mars, qui a entraîné la mise en place de mesures visant à contrôler et à empêcher la propagation du COVID-19, après que l’Afrique du Sud eut enregistré son premier cas le 5 mars. Les forces de l’ordre ont utilisé ces mesures pour justifier leurs violations du droit de circuler librement et du droit à la liberté de réunion pacifique.

Droit à la santé

En avril, de hauts responsables gouvernementaux ont reconnu l’impuissance du système de santé national face à une potentielle épidémie de COVID-19 à grande échelle. Jusqu’à la mi-mai, le pays n’a pas eu la capacité de réaliser des tests de dépistage du virus et a dû envoyer les prélèvements en Afrique du Sud.

Personnel soignant

En avril, de nombreux professionnel·le·s de santé, parmi lesquels des médecins, des infirmières et infirmiers et des technicien·ne·s de laboratoire, se sont mis en grève pour réclamer des équipements de protection individuelle et une augmentation de leurs salaires, qui selon eux devaient tenir compte des risques pour leur santé que représentait l’exposition au COVID-19. La grève s’est achevée lorsque leurs demandes ont été satisfaites.

Expulsions forcées

Le lancement au début de l’année de la construction du barrage de Polihali, dans le district de Mokhotlong, faisait courir à près de 8 000 personnes le risque de subir une expulsion forcée et la perte de leurs revenus. Les populations concernées n’ont pas été dûment consultées ni indemnisées pour la perte de leur logement. Certaines personnes déplacées ont reçu à peine plus d’un dollar des États-Unis en dédommagement de leur réinstallation loin de chez elles, aux alentours de Mokhotlong. La construction de ce barrage visait à fournir de l’eau à l’Afrique du Sud dans le cadre du Projet transnational de mise en valeur des ressources en eau des hauts plateaux du Lesotho.

Droits économiques, sociaux et culturels

La pandémie de COVID-19 a bouleversé l’économie, mettant en péril les revenus de plusieurs dizaines de milliers de personnes. De nombreuses entreprises ont été contraintes de cesser leur activité, laissant leurs salarié·e·s sans emploi. Les industries minière et manufacturière ont été les plus durement touchées : plus de 40 000 travailleuses et travailleurs ont perdu leur source de revenus à la suite de leur licenciement.

En mars, le gouvernement a pris des mesures pour lutter contre la crise économique, dont des aides financières accordées au secteur privé et à ses employé·e·s qui avaient perdu leur travail dans les secteurs de l’extraction minière et du textile. Cependant, des centaines de milliers de personnes ont subi de plein fouet les effets négatifs de la crise, les aides financières étant insuffisantes. Les travailleuses et travailleurs de l’économie informelle ont été touchés de manière disproportionnée et ont été confrontés à une insécurité alimentaire.

En avril, le gouvernement a annoncé que son système de santé, qui était déjà à la peine, ne serait pas en capacité de gérer le retour de plusieurs dizaines de milliers de Basothos, un peuple autochtone du Lesotho. Il les a appelés, notamment celles et ceux qui vivaient et travaillaient en Afrique du Sud, à ne pas rentrer chez eux pendant l’application des mesures destinées à restreindre les répercussions économiques et sociales de la pandémie.

À la fin du mois de juin, le Fonds monétaire international a approuvé l’octroi d’une aide d’urgence de 49,1 millions de dollars des États-Unis au Lesotho afin de lutter contre la pandémie.


  1. « Lesotho. Les autorités doivent protéger des témoins clés dans l’affaire du meurtre de Lipolelo Thabane » (communiqué de presse, 21 février)
  2. « Lesotho. La démission de Thomas Thabane ne doit pas lui conférer l’immunité pour les accusations de complicité dans le meurtre de son épouse » (communiqué de presse, 20 mai)

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