• Article

Tchad. Fermer une frontière équivaudrait à couper une voie vitale pour les réfugiés centrafricains

La décision du gouvernement tchadien de fermer la frontière qui borde le sud du pays aura des conséquences dramatiques pour les hommes, femmes et enfants fuyant les violences intercommunautaires en République centrafricaine qui empirent depuis des mois, a déclaré Amnesty International mardi 13 mai. Il a été révélé que le président tchadien Idriss Déby Itno avait déclaré dimanche 11 mai, alors qu’il se trouvait en visite à la frontière entre le Tchad et la République centrafricaine, que la frontière serait « fermée hermétiquement » à toute personne, à l’exception des citoyens tchadiens retournant dans leur pays avec leurs biens, « tant que la crise en Centrafrique ne [serait] pas résolue ». « Le président Déby ferme la porte aux personnes qui veulent quitter la République centrafricaine pour se réfugier au Tchad, les condamnant ainsi à souffrir davantage, a déclaré Christian Mukosa, spécialiste de l’Afrique centrale à Amnesty International. Il faut qu’il revienne sur sa décision, et la communauté internationale doit faire plus pour soutenir les dizaines de milliers de réfugiés qui ont fui la République centrafricaine pour se rendre au Tchad. » « Plus de 360 000 personnes ont déjà fui la République centrafricaine pour se réfugier dans les pays voisins, dont un grand nombre à partir de décembre 2013, lorsque la crise actuelle s’est aggravée et a donné lieu à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, dans un climat de nettoyage ethnique. La fermeture de la frontière coupera une voie de communication vitale pour les civils qui cherchent refuge au Tchad. »  « Les civils centrafricains ne doivent pas être renvoyés de l’autre côté de la frontière, où ils peuvent être attaqués ou tués. » La décision des autorités tchadiennes risque de paver la voie à des violations des droits humains qui pourraient avoir des conséquences aussi bien pour des Tchadiens que pour des ressortissants étrangers dans le pays. Étant donné que beaucoup de personnes fuyant le conflit en République centrafricaine n’ont pas leurs papiers d’identité, il serait difficile d’établir leur nationalité. La frontière entre les deux pays fait environ mille kilomètres. Des dizaines de milliers de civils centrafricains, ainsi que d’anciens combattants, ont déjà afflué vers le Tchad, où beaucoup font face à des conditions très difficiles dans des camps de réfugiés officiels ou des campements informels. D’après les dernières informations fournies par le HCR, des personnes continuent à arriver à la frontière avec le Tchad. Certaines ont marché pendant près de deux mois pour y arriver. Parmi les derniers arrivés, le HCR a fait état de cas de fatigue généralisée, de 28 cas de malnutrition, de trois cas de blessures par balle nécessitant une intervention chirurgicale, ainsi que de cas de dysenterie et de gale. En mars 2014, une délégation d’Amnesty International s’était rendue dans des camps de réfugiés situés du côté tchadien de la frontière. La pénurie d’aide et l’insécurité généralisée qui y régnait ont incité l’organisation à tirer la sonnette d’alarme et à dire que les personnes fuyant la République centrafricaine risquaient de vivre une crise humanitaire à l’intérieur du Tchad. Lors d’une visite au Tchad, la semaine dernière, la secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et coordonnatrice des secours d’urgence des Nations unies, Valerie Amos, a demandé qu’il soit fait davantage pour aider les réfugiés de République centrafricaine et d’ailleurs venus chercher refuge au Tchad. Le Tchad est partie à la Convention de 1951 sur les réfugiés et à son Protocole de 1967. En avril 2014, le Tchad a retiré son contingent de 850 soldats de la force de maintien de la paix en République centrafricaine, menée par l’Union africaine, après que des soldats tchadiens eurent été accusés d’avoir fait usage sans discernement de la force contre des civils.