Afrique

Les droits humains région par région

Un homme marche dans une nappe de pétrole qui recouvre une crique près de Bodo, dans le delta du Niger (Nigeria, juin 2010).

© AP Photo/Sunday Alamba


« Tout le monde sait dans quelles circonstances mon fils est décédé mais personne ne veut nous éclairer sur cette disparition. Nous avons l’impression qu’on a enterré le problème avec le défunt. L’État ne veut pas en parler. »

Propos tenus à Amnesty International en 2010 par la mère de Dominique Lopy, mort en détention des suites de torture en 2007 au Sénégal

Un certain nombre de pays d’Afrique ont fêté cette année le 50e anniversaire de leur indépendance, et d’autres États du continent s’apprêtent à faire de même. Ces célébrations ne peuvent cependant occulter le fait que les espérances et les aspirations de quantité d’hommes et de femmes d’Afrique demeurent insatisfaites, leurs droits fondamentaux n’étant pas respectés et protégés. Partout sur le continent des personnes sont confrontées à la violence, à la répression et à la souffrance, qu’il s’agisse des habitants des zones de logement précaire à Port Harcourt (Nigeria), des détenus qui dépérissent dans les prisons d’Angola alors même que la loi en vertu de laquelle ils ont été poursuivis a été abrogée, des femmes et des jeunes filles privées de l’exercice de leurs droits sexuels et reproductifs au Burkina Faso, ou encore des millions d’autres personnes qui cherchent à fuir les conflits armés et la pauvreté.

Conflits

Plusieurs guerres civiles qui sévissaient de longue date se sont achevées au cours de la décennie passée, mais d’autres conflits provoquent toujours des dommages considérables.

La guerre au Darfour (Soudan) s’est intensifiée au cours de l’année et plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été contraintes de quitter leur foyer ; certaines se sont réfugiées au Tchad voisin. Des civils ont été délibérément pris pour cible lors de plusieurs attaques venant aussi bien de groupes armés que des forces gouvernementales. Certaines régions du Darfour demeuraient inaccessibles aux organisations humanitaires et à la mission hybride de l’Union africaine et des Nations unies au Darfour (MINUAD). Des employés d’organismes humanitaires et des membres de la MINUAD étaient régulièrement enlevés au Darfour ; ce phénomène était similaire à celui observé ces dernières années dans l’est du Tchad. Les différentes tentatives de médiation entreprises en 2010 n’ont donné aucun résultat tangible. Les autorités soudanaises ont poursuivi leur politique de répression au Darfour : des personnes ont été arrêtées arbitrairement, maltraitées et détenues sans inculpation, dans la plupart des cas par le Service national de la sûreté et du renseignement (NISS). Un point positif est cependant à noter : les préparatifs en vue du référendum sur la sécession du Sud-Soudan ne se sont pas accompagnés de nouvelles flambées de violence.

Les relations entre le Tchad et le Soudan se sont améliorées et les tensions entre eux se sont apaisées. Les deux pays ont mis sur pied une force conjointe pour patrouiller à la frontière et se sont engagés à ne pas soutenir les groupes d’opposition armés présents sur leur territoire respectif. Les deux chefs d’État ont chacun effectué une visite officielle chez leur voisin. Le Tchad, pourtant partie au Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), n’a pas arrêté le président Omar el Béchir lorsque ce dernier s’est rendu sur le territoire tchadien en juillet, alors que le chef de l’État soudanais était sous le coup d’un mandat d’arrêt de la CPI pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Le Kenya n’a pas non plus procédé à l’arrestation d’Omar el Béchir lors de sa visite dans le pays en août. Le Soudan refusait toujours de collaborer avec la CPI au sujet d’autres mandats d’arrêt décernés par celle-ci. En juillet, l’Assemblée de l’Union africaine a réaffirmé sa décision de ne pas coopérer avec la CPI pour l’arrestation et le transfert du président el Béchir.

Le Tchad a demandé le retrait de la Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT). Le Conseil de sécurité des Nations unies s’est docilement exécuté, en dépit des possibles répercussions négatives sur la protection de plusieurs centaines de milliers de réfugiés et de personnes déplacées dans l’est du Tchad, qui restaient très vulnérables. Les femmes étaient particulièrement exposées aux violences et les enfants risquaient d’être enrôlés ou utilisés dans les rangs des forces armées tchadiennes ou au sein des groupes armés.

Une grande partie de la République centrafricaine demeurait sous le contrôle des groupes armés et était proie à la violence, notamment à des attaques lancées contre des civils par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA, basée en Ouganda). Plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient toujours déplacées et les violences sexuelles restaient très répandues.

En Somalie, le conflit armé entre le gouvernement fédéral de transition, soutenu par la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), et les groupes armés islamistes s’est poursuivi sans relâche, en particulier à Mogadiscio. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont dû quitter leur foyer au cours de l’année. L’insécurité, les restrictions imposées en matière d’aide humanitaire et le fait que le personnel humanitaire était pris pour cible par les groupes armés islamistes limitaient fortement l’accès à l’assistance d’urgence. Les parties au conflit n’ont pas pris les précautions nécessaires pour éviter de faire des victimes parmi la population civile lors des affrontements militaires ; dans certains cas, des civils ont même été délibérément pris pour cible. Des enfants ont été utilisés et enrôlés de force par les différents camps en présence. La communauté internationale demeurait davantage préoccupée par le problème de la piraterie au large des côtes somaliennes que par le sort de la population du pays. L’aide militaire apportée, sans garanties adaptées, au gouvernement fédéral de transition par différents pays, notamment par les États-Unis, a peut-être même encore aggravé la situation humanitaire et des droits humains. La communauté internationale ne s’est pas mobilisée avec détermination pour faire en sorte que les responsables de crimes de guerre soient amenés à rendre compte de leurs actes.

Le conflit qui sévissait dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) a entraîné de multiples violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains. Sur le territoire de Walikale, dans le Nord-Kivu, plus de 300 personnes ont été violées en l’espace de quatre jours par des membres de groupes armés, au cours d’une série d’attaques lancées contre des villages. Ni les forces armées congolaises (FARDC) ni les soldats de la Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo (MONUC) ne sont intervenus, alors que leurs troupes étaient stationnées à proximité. L’armée congolaise s’est également rendue responsable de nombreuses violations des droits humains dans la région. Personne, ou presque, n’a été amené à rendre des comptes pour les graves violations de ces droits qui ont été commises, parmi lesquelles des viols et d’autres formes de violences sexuelles. Les autorités congolaises refusaient toujours de livrer Bosco Ntaganda à la CPI. Cet officier supérieur des FARDC était sous le coup d’un mandat d’arrêt pour enrôlement et utilisation de mineurs.

En octobre, les Nations unies ont rendu public un rapport recensant les violations graves du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains perpétrées en RDC entre 1993 et 2003. Le document comporte toute une série de recommandations visant à renforcer le système judiciaire congolais et à lutter contre l’impunité. Ces recommandations nécessiteront la mise en place d’un suivi et un soutien politique. On ne pouvait qu’accueillir avec regret les critiques émises au sujet de ce document par certains pays, notamment le Rwanda et l’Ouganda, désignés dans le rapport comme auteurs de violations des droits fondamentaux ; leur réaction était emblématique de la profonde réticence des autorités à amener les responsables à rendre compte de leurs actes.

Faute de volonté politique, les progrès en matière d’obligation de rendre des comptes pour les crimes de droit international ont été limités dans un certain nombre d’autres pays. Au Burundi, le Tribunal spécial et la Commission de vérité et de réconciliation n’avaient pas encore été mis en place à la fin de l’année. Au Liberia, la plupart des recommandations formulées par la Commission vérité et réconciliation n’avaient pas été mises en œuvre, notamment la demande de création d’un tribunal pénal extraordinaire qui serait chargé des enquêtes et des poursuites pour les crimes de droit international perpétrés pendant la guerre civile. Au Sénégal, le président Abdoulaye Wade a déclaré en décembre qu’il ne souhaitait plus poursuivre l’enquête et la procédure judiciaire engagées à l’encontre de l’ancien président du Tchad, Hissène Habré, alors même que les fonds destinés à l’ouverture du procès semblaient avoir été obtenus. Cette décision bafoue de manière flagrante les obligations incombant au Sénégal au titre du droit international, ainsi que la requête formulée par l’Union africaine. Autre revers, le Parlement kenyan a adopté en décembre une motion appelant le gouvernement à se retirer du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, après que le procureur de la CPI eut décerné un mandat de comparution à l’encontre de six ressortissants kenyans.

Préoccupations en matière de sécurité publique

La région demeurait le théâtre de violations des droits humains commises par les forces de sécurité et les organes chargés de l’application des lois. Les exécutions extrajudiciaires, la torture et les autres formes de mauvais traitements, et l’usage excessif de la force entraînant dans certains cas des homicides illégaux figuraient au nombre des violations recensées par Amnesty International.

La situation dans le delta du Niger s’est dégradée au fil de l’année. Des groupes armés et des bandes criminelles ont enlevé des employés du secteur pétrolier et des proches de ceux-ci, et lancé des attaques contre des installations pétrolières. Dans bien des cas la réponse des forces de sécurité nigérianes a donné lieu à de nouvelles atteintes aux droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires et des actes de torture. Dans les autres régions du Nigeria, les opérations de maintien de l’ordre s’accompagnaient généralement de violations des droits humains. De multiples cas d’homicides illégaux (dont des exécutions extrajudiciaires) ont été signalés, de même que des disparitions forcées, des arrestations arbitraires, des actes de torture et d’autres mauvais traitements. Les violences intercommunautaires se sont poursuivies dans l’État nigérian du Plateau, provoquant la mort de centaines de personnes et le déplacement de milliers d’autres.

Vers la fin de l’année, plusieurs exécutions extrajudiciaires ont été signalées au Burundi. Au nombre des victimes figuraient des personnes proches des Forces nationales de libération (FNL), un parti d’opposition. Bien qu’une commission judiciaire ait été instaurée pour enquêter sur ces événements, aucune avancée n’avait été enregistrée à la fin de 2010.

En Afrique du Sud, de nombreux cas de torture et de mauvais traitements infligés par des policiers ont été signalés ; un grand nombre de ces affaires ont fait l’objet d’enquêtes par la Direction indépendante des plaintes. Parmi les méthodes de torture signalées figuraient les coups, les décharges électriques, l’asphyxie et les menaces de mort. Des violations des droits humains ont également eu lieu en Ouganda à la suite d’attentats à l’explosif perpétrés en juillet et ayant provoqué la mort de 76 personnes. Des suspects ont été arrêtés et maintenus en détention au secret ; d’autres ont été illégalement transférés du Kenya vers l’Ouganda, où ils ont été placés en détention.

Au Mozambique, la police a tiré à balles réelles sur des manifestants qui protestaient contre le coût de la vie ; 14 personnes au moins ont été tuées. En Guinée aussi, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur des manifestants pacifiques. Au Kenya, la police a tué sept hommes au cours d’une opération menée dans un secteur d’habitat précaire de Nairobi.

Dans un certain nombre de pays – Afrique du Sud, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Érythrée, Ghana, Mauritanie, RDC et Swaziland, notamment – des morts en détention, survenues souvent à la suite d’actes de torture ou d’autres mauvais traitements, ont été signalées. Les conditions de détention demeuraient déplorables dans de nombreux États, dont l’Angola, le Bénin, le Burundi, le Liberia, le Malawi, la Sierra Leone et la Tanzanie.

À l’échelle du continent, la tendance était à l’abolition de la peine capitale. Cependant, la Guinée équatoriale, le Soudan et la Somalie ont exécuté des prisonniers, dont la plupart avaient été condamnés à l’issue de procès iniques. Une exécution a également été signalée au Botswana. Le Gabon a aboli la peine capitale en droit.

Répression de la dissidence

Dans de nombreux pays, le processus électoral a été émaillé de violences et a donné lieu à une recrudescence des violations des droits humains. Dans la quasi-totalité des cas, ces atteintes ont été commises en toute impunité.

À la suite des élections présidentielle et législatives d’avril 2010, le gouvernement soudanais a lancé une campagne de répression de la liberté d’expression. Les autorités ont fermé certains journaux et rétabli pour un temps la censure de la presse avant impression. Des journalistes ont été arrêtés. Certains ont été torturés. Une grande partie des violations des droits humains ont été commises par le Service national de la sûreté et du renseignement (NISS), mais une nouvelle loi relative à la sécurité nationale, entrée en vigueur en février, permettait aux agents du NISS de bénéficier de l’exemption de poursuites pour les violations des droits fondamentaux qui leur étaient imputables.

Les élections organisées en mai en Éthiopie ont également entraîné des restrictions en matière de liberté d’expression et de rassemblement. Les partis d’opposition ont déclaré que de nombreux membres et militants avaient été harcelés, frappés et arrêtés à l’approche des élections, notamment dans la région d’Oromia.

Au Burundi, plusieurs personnes arrêtées dans le cadre des enquêtes menées sur une série d’attaques à la grenade survenues à l’approche des élections ont été torturées par le Service national de renseignement. Le gouvernement burundais a publiquement annoncé l’ouverture d’une enquête, mais à la fin de l’année aucune avancée n’avait été enregistrée et les responsables des sévices n’avaient pas été amenés à répondre de leurs actes. Les réunions des partis d’opposition ont été temporairement interdites par les autorités.

Le Rwanda a également restreint la liberté d’expression et d’association à l’approche des élections du mois d’août. Les partis d’opposition n’ont pas été autorisés à se faire enregistrer, des opposants politiques ont été arrêtés et plusieurs organes de presse ont été fermés. Des journalistes ont fui le pays. Des lois formulées en termes vagues réprimant l’« idéologie du génocide » et le « sectarisme » ont été utilisées pour restreindre de façon excessive la liberté d’expression. L’assassinat d’un haut responsable politique et d’un journaliste, ainsi que des attaques à la grenade ayant fait plusieurs victimes ont contribué à aggraver les tensions et le climat d’insécurité pendant la période préélectorale.

En Guinée, l’élection présidentielle a donné lieu à une multiplication des violences et des violations des droits humains. Les forces de sécurité ont recouru à une force excessive et ont notamment tiré à balles réelles et sans discrimination sur les manifestants. De très nombreuses personnes ont été arrêtées de façon arbitraire pendant la période électorale. La plupart d’entre elles n’ont pas pu bénéficier des services d’un avocat et n’ont pas été autorisées à voir leurs proches ni à recevoir des soins médicaux.

En Côte d’Ivoire, le président sortant, Laurent Gbagbo, a refusé de reconnaître les résultats du scrutin présidentiel, proclamés en décembre. Les forces de sécurité qui lui étaient fidèles se sont rendues coupables d’exécutions extrajudiciaires, de disparitions forcées et d’arrestations arbitraires. Malgré les pressions politiques exercées par les Nations unies, l’Union africaine et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Laurent Gbagbo a refusé de quitter le pouvoir, plongeant ainsi le pays dans une impasse politique qui laissait craindre une montée des violences.

Les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique n’ont pas été respectés dans de nombreux autres pays. Les défenseurs des droits humains, les journalistes et les membres de l’opposition politique étaient exposés à des manœuvres de harcèlement, des tentatives d’intimidation, des arrestations arbitraires, des actes de torture et d’autres mauvais traitements, et des homicides illégaux.

Des défenseurs des droits humains et des militants ont été arrêtés et placés arbitrairement en détention en Angola, en Gambie, au Niger, en République centrafricaine et au Zimbabwe. La Cour suprême du Zimbabwe a jugé en novembre que l’arrestation et la détention, en 2008, de deux membres de l’organisation Femmes du Zimbabwe, debout ! (WOZA) avaient été illégales, et que les droits fondamentaux de ces deux femmes avaient donc été violés. Elle a également considéré que l’État zimbabwéen ne les avait pas protégées. Au Burundi, des défenseurs des droits humains ont reçu des menaces. En RDC, un militant bien connu, Floribert Chebeya, a été assassiné. Aucune avancée n’a été enregistrée dans l’enquête ouverte au Kenya sur l’homicide, en 2009, des défenseurs des droits humains Oscar Kingara et Paul Oulu. En Éthiopie, la Loi sur les sociétés et associations caritatives est entrée en application. Ce texte imposait des contrôles sévères aux organisations de la société civile et entravait fortement l’action en faveur des droits humains.

En Angola, au Bénin, au Cameroun, au Swaziland et au Togo, des manifestations pacifiques ont été interdites ou réprimées par des arrestations. Des journalistes ont été en butte à des tentatives d’intimidation, des

menaces ou des arrestations arbitraires en Afrique du Sud, au Burundi, en Côte d’Ivoire, en Guinée équatoriale, en Éthiopie, en Gambie, au Ghana, a Madagascar, en Namibie, au Nigeria, en Ouganda, en RDC, au Rwanda, au Swaziland, en Tanzanie, au Tchad, au Togo et au Zimbabwe.

Des opposants politiques ont été arrêtés de façon illégale ou arbitraire au Burundi, en Guinée équatoriale, à Madagascar, au Niger et au Togo. En Ouganda, des policiers et des hommes armés ont interrompu un rassemblement de l’opposition et frappé de nombreux participants.

En Érythrée, de nombreux militants, journalistes et responsables religieux, entre autres, se trouvaient toujours en détention. Ces hommes et ces femmes étaient souvent détenus au secret et risquaient de subir des mauvais traitements.

Dans certains pays, en Somalie par exemple, des groupes armés comme Al Shabab (Les Jeunes) se sont rendus coupables d’exactions – dont des homicides – contre des journalistes et des défenseurs des droits humains. Toujours en Somalie, des groupes armés islamistes ont exécuté des personnes par lapidation et ont procédé à des amputations. Dans plusieurs États du Sahel, Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a enlevé des personnes et assassiné certains des otages qu’elle retenait.

Populations en mouvement

Comme les années précédentes, les migrants étaient en butte à des discriminations et à diverses autres violations de leurs droits humains. Les forces de sécurité angolaises ont expulsé plus de 12000 ressortissants de la RDC entre le mois de septembre et la fin du mois de décembre. Des dizaines de femmes et plusieurs hommes auraient été violés au cours de l’opération. Un grand nombre ont subi d’autres violences. À leur arrivée, beaucoup étaient nus et dépouillés de leurs effets personnels. En Mauritanie, des migrants, originaires pour la plupart d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, ont été arrêtés arbitrairement et incarcérés. Il s’agissait de les empêcher de tenter de gagner l’Europe. Bien que les autorités aient accru leurs efforts pour lutter contre les violences subies par les étrangers, des réfugiés et des migrants ont été agressés physiquement dans différentes régions d’Afrique du Sud. Une procédure de régularisation a été mise en place dans ce pays pour les Zimbabwéens en situation irrégulière.

En violation du droit international, les autorités ougandaises ont renvoyé de force dans leur pays d’origine, en juillet, environ 1700 Rwandais déboutés de leur demande d’asile, ainsi que quelques réfugiés reconnus. Du fait notamment des pressions exercées par le Rwanda sur les États voisins, plusieurs dizaines de milliers d’autres réfugiés rwandais risquaient de se voir retirer leur statut à la fin de 2011, et d’être ensuite renvoyés de force dans leur pays d’origine. Plusieurs milliers de réfugiés burundais risquaient toujours d’être expulsés de Tanzanie.

Deux hommes renvoyés contre leur gré en Érythrée par les autorités allemandes en 2008 ont de nouveau quitté le pays et finalement obtenu le statut de réfugié en Allemagne. Après leur retour forcé en Érythrée, ils avaient été détenus dans des conditions inhumaines. L’Érythrée maintenait sa stratégie consistant à « tirer pour tuer » sur toute personne surprise en train d’essayer de franchir la frontière.

Sur l’ensemble du continent, on comptait toujours plusieurs millions de réfugiés et de personnes déplacées par les conflits ou l’insécurité. Le Kenya a maintenu fermée sa frontière avec la Somalie, empêchant ainsi les personnes fuyant ce pays de bénéficier d’une assistance et d’une protection.

Logement – expulsions forcées

Des millions d’Africains vivant dans des bidonvilles ou des zones d’habitat précaire étaient privés des services les plus élémentaires, comme l’eau salubre, les soins médicaux, l’éducation et un maintien de l’ordre efficace. Dans de nombreux pays, les autorités négligeaient totalement le sort de ces personnes et ne les prenaient pas en compte lors de l’élaboration des programmes et des budgets nationaux. Le manque d’accès à l’eau et aux installations sanitaires était souvent à l’origine d’autres violations des droits fondamentaux, notamment de violences sexuelles, comme on a pu l’observer dans des quartiers d’habitat précaire à Nairobi, la capitale kenyane.

Des expulsions forcées collectives ont été menées dans plusieurs pays, dont l’Angola, le Ghana, le Kenya et le Nigeria ; les personnes chassées de chez elles se sont souvent enfoncées plus profondément encore dans la misère. En Guinée équatoriale, au Kenya, au Tchad et au Zimbabwe, plusieurs milliers de personnes risquaient toujours d’être victimes d’expulsions forcées. Les personnes expulsées de chez elles les années précédentes se retrouvaient souvent sans indemnisation ni solution de relogement, et continuaient de vivre dans la pauvreté et sans aucune sécurité d’occupation de l’endroit où elles habitaient.

Santé maternelle

Des avancées ont été enregistrées en matière de santé maternelle sur le continent africain. Le Burkina Faso s’est engagé à lever tous les obstacles financiers aux soins obstétriques d’urgence et à l’accès à la planification familiale. Il lui reste maintenant à tenir ses promesses. Les autorités sierra-léonaises ont lancé en avril un dispositif de gratuité des soins médicaux pour les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans. La pénurie de médicaments et de matériel médical posait toutefois problème face au nombre croissant de femmes souhaitant bénéficier des structures médicales.

D’autres facteurs contribuant à la mortalité maternelle doivent être pris en compte de façon urgente dans de nombreux pays, notamment les pratiques traditionnelles nocives, la discrimination envers les femmes, le manque d’éducation sexuelle et reproductive et l’absence de mécanismes de responsabilisation.

L’Assemblée de l’Union africaine s’est engagée en juillet sur un certain nombre de mesures pour diminuer la mortalité maternelle. Il s’agissait notamment de consacrer 15% des dépenses publiques à la santé, de lancer une campagne visant à faire reculer la mortalité maternelle et d’obtenir un meilleur suivi des décisions de principe et de financement prises par les pouvoirs publics. La Commission de l’Union africaine a été chargée de créer un groupe de travail sur la santé maternelle, néonatale et infantile ayant pour mission de préparer des évaluations et des rapports sur les avancées dans ce domaine de la santé.

Discrimination

Les violences et les discriminations dont étaient victimes les femmes, les jeunes filles et les fillettes continuaient d’avoir des effets dévastateurs sur leur vie, de limiter leurs perspectives et de les priver de leurs droits. Au Soudan, les autorités ont recouru dans le nord du pays au régime de l’ordre public, un ensemble de dispositions qui leur ont permis de persécuter, arrêter et maltraiter des femmes et des jeunes filles en prenant pour motif leur tenue vestimentaire « indécente » ou leur comportement «immoral». Plusieurs dizaines de milliers de cas de violences sexuelles ont été signalées à la police sud-africaine au cours de l’année. Une étude menée au Kenya a mis en lumière la fréquence des violences domestiques, notamment du viol conjugal, que le droit national ne considère pas comme une infraction pénale. Au Liberia, dans la majorité des affaires de viols signalées, les victimes étaient des filles de moins de 16 ans. Dans de nombreux pays, les femmes et les jeunes filles victimes de violences sexuelles n’avaient pas accès à la police ni la justice. Elles étaient incitées à conclure des arrangements en marge des tribunaux, devaient faire face à des frais médicaux élevés et étaient rejetées par leur communauté. Les femmes étaient toujours touchées de façon disproportionnée par la pandémie du VIH/sida, en particulier en Afrique australe. Les mutilations génitales féminines étaient encore pratiquées dans de nombreux pays, même là où elles étaient interdites par la loi, comme en Tanzanie.

Les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle, réelle ou supposée, demeuraient très fréquentes. Au Cameroun, des personnes accusées de relations homosexuelles ont été poursuivies en justice et ont subi des mauvais traitements. Au Malawi, deux hommes ont été condamnés à une peine de 14 ans de travaux forcés pour «outrage aux bonnes mœurs» et « actes contre nature ». Ils ont été graciés quelques semaines plus tard. En Ouganda, un journal local a publié un article désignant certaines personnes comme homosexuelles. Les noms et photos des intéressés ont été communiqués, accompagnés de messages incitant à la violence. Les autorités n’ont pas condamné publiquement le journal. Par ailleurs, une proposition de loi très restrictive relative à la lutte contre l’homosexualité était toujours en cours d’examen au Parlement.

Bien que constituant une infraction au regard de la loi, les pratiques esclavagistes n’avaient pas disparu en Mauritanie. La police ne déployait guère d’efforts pour faire appliquer la législation. Bien au contraire, huit militants anti-esclavagistes ont été arrêtés et inculpés parce qu’ils avaient alerté les autorités sur un certain nombre d’affaires. Ces huit personnes auraient également été maltraitées.

Des agressions contre des personnes atteintes d’albinisme ont de nouveau eu lieu dans certains pays. En Tanzanie, l’action des pouvoirs publics face aux violences de ce type demeurait insuffisante : les agressions et les meurtres commis dans le passé ne faisaient pas l’objet d’enquêtes exhaustives, et les défenseurs des droits des personnes albinos ne bénéficiaient pas d’une protection suffisante.

Lors d’une visite effectuée au Congo, le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits des peuples autochtones s’est déclaré préoccupé par la persistance des pratiques discriminatoires. En Érythrée, des personnes étaient toujours persécutées et emprisonnées pour des motifs à caractère religieux ; seuls les fidèles des religions reconnues par les autorités étaient autorisés à pratiquer leur foi.

Vers un renversement de tendance

Amnesty International célèbrera très bientôt elle aussi son 50e anniversaire. Depuis la publication des premiers rapports, au milieu des années 1960, le champ d’action de l’organisation s’est étendu de façon considérable, tant au plan géographique qu’en ce qui concerne l’éventail même des questions de droits humains suivies. De nombreuses autres organisations de défense des droits fondamentaux ont été créées au cours des 50 dernières années ; certaines se sont inspirées de l’action militante d’Amnesty International. Il existe désormais dans de nombreux pays d’Afrique une société civile dynamique, bien que souvent encore en proie à la répression. Les pouvoirs publics ne peuvent plus faire autrement que compter avec elle. Il reste encore beaucoup à faire mais les choses sont en train de changer.

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