Somalie

Human Rights in République de Somalie

Amnesty International  Report 2013


The 2013 Annual Report on
Somalia is now live »

Chef de l’État
Sharif Sheikh Ahmed, président du gouvernement fédéral de transition
Premier ministre
Omar Abdirashid Ali Sharmarke, remplacé par Mohamed Abdullahi Mohamed Farmajo le 1er novembre
Président de la République du Somaliland
Dahir Riyale Kahin, remplacé par Ahmed Mohamed Mahamoud Silanyo le 27 juillet
Peine de mort
maintenue
Population
9,4 millions
Espérance de vie
50,4 ans
Mortalité des moins de cinq ans (M/F)
186 / 174 ‰

Contexte

Le gouvernement fédéral de transition, qui s’efforçait d’étendre son contrôle sur Mogadiscio, était confronté à des attaques persistantes menées par les groupes armés islamistes Al Shabab (Les Jeunes) et Hizbul Islam (Parti de l’islam), ainsi qu’à des dissensions internes. Il a conclu, le 15 mars, un accord-cadre avec Ahlu Sunna Wal Jamaa (ASWJ, un groupe armé soufi), qui officialisait une alliance militaire et reconnaissait le contrôle exercé par ce groupe sur certaines zones du centre du pays. Une faction de l’ASWJ a toutefois dénoncé par la suite l’incapacité du gouvernement fédéral de transition à mettre en application cet accord. Des tensions apparues en mai entre le président et le Premier ministre du gouvernement fédéral de transition ont abouti à la démission de ce dernier en septembre. Mohamed Abdullahi Mohamed Farmajo lui a succédé le 1er novembre. Des consultations à propos d’un projet de constitution ont débuté en juillet.

Al Shabab a revendiqué des attentats-suicides, notamment celui qui a été perpétré en août à Mogadiscio contre l’hôtel Muna et qui a coûté la vie à 33 personnes. Cette milice a également revendiqué des attentats à l’explosif commis à Kampala (Ouganda) en juillet (voir Ouganda), indiquant qu’il s’agissait d’actions de représailles pour les pertes civiles imputables à la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).

Mandatée pour protéger les institutions du gouvernement fédéral de transition, celle-ci a porté à environ 8 000 l’effectif de ses troupes, composées essentiellement de soldats ougandais et burundais, en partie pour répondre aux attentats de Kampala. L’AMISOM a nié les accusations selon lesquelles elle avait riposté aux attaques menées par les groupes armés à Mogadiscio en tirant sans discernement des balles et des obus d’artillerie, et tué ainsi des civils. Elle a toutefois présenté des excuses pour l’homicide de deux civils, le 23 novembre à Mogadiscio, affirmant qu’une enquête avait été ouverte et que des soldats impliqués dans cette affaire avaient été arrêtés. Le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé, le 22 décembre, une augmentation des effectifs de l’AMISOM, les faisant passer de 8 000 à 12 000 militaires.

La communauté internationale continuait de soutenir les forces de sécurité du gouvernement fédéral de transition, malgré les préoccupations soulevées quant à l’impunité dont elles bénéficiaient. En mai, l’Union européenne a entamé en Ouganda un programme de formation de 1 000 soldats du gouvernement fédéral de transition. Le Groupe de contrôle des Nations unies a attiré l’attention sur les violations persistantes de l’embargo sur les armes à destination de la Somalie. En avril, le Conseil de sécurité a imposé une interdiction de voyager, un gel des avoirs et un embargo ciblé sur les armes frappant neuf individus et entités liés à la Somalie.

Le nouveau représentant spécial des Nations unies pour la Somalie a annoncé, en août, un renforcement de la présence de l’ONU dans le pays. La situation des droits humains a été évoquée dans les rapports du secrétaire général des Nations unies et de l’expert indépendant chargé par le secrétaire général d’examiner la situation des droits de l’homme en Somalie, ainsi qu’au cours d’une session spéciale du Conseil des droits de l’homme [ONU] sur la Somalie qui s’est tenue en septembre. Toutefois, malgré des appels persistants pour qu’il soit mis un terme à l’impunité pour les actes constitutifs de crimes au regard du droit international, aucun mécanisme d’enquête sur ces crimes n’avait été mis en place à la fin de l’année.

Devant la recrudescence des détournements de bateaux et des enlèvements de membres d’équipage par des pirates dans l’océan Indien, la communauté internationale a mis en place des ripostes militaires coordonnées et étudié des options juridiques pour combattre la piraterie au large des côtes somaliennes. Le gouvernement du Puntland aurait adopté en juillet une loi antiterroriste.

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Attaques menées sans discrimination

Cette année encore, toutes les parties au conflit ont utilisé des obus de mortier et des armes lourdes dans des zones peuplées ou fréquentées par des civils, tuant et blessant des milliers de personnes. Des groupes armés ont lancé des attaques à partir de quartiers d’habitation de la capitale et les troupes de l’AMISOM et du gouvernement fédéral de transition auraient riposté par des tirs aveugles. Entre le 4 janvier et le 19 novembre, deux hôpitaux de Mogadiscio ont reçu 4 030 blessés de guerre, dont 18 % étaient des enfants de moins de cinq ans. Les registres d’un autre hôpital de la capitale indiquaient qu’entre janvier et juin, près de la moitié des patients présentaient des blessures liées aux combats ; 38 % d’entre eux étaient des femmes et des enfants de moins de 14 ans.

  • Le 29 janvier, 19 civils ont été tués et plus d’une centaine d’autres ont été blessés à la suite d’affrontements entre des groupes armés et les troupes du gouvernement fédéral de transition et de l’AMISOM. Quatre-vingt-neuf personnes blessées par des tirs d’obus d’artillerie, dont 52 femmes et enfants, ont été admises entre le 29 janvier et le 2 février dans un hôpital de Mogadiscio soutenu par Médecins sans frontières (MSF).
  • Environ 170 personnes ont été tuées et 700 autres blessées à la suite de combats intervenus dans la capitale en juillet, selon des services ambulanciers. Plus de 50 personnes, dont 10 enfants, auraient été tuées et des dizaines d’autres blessées entre le 18 et le 21 juillet lors d’échanges de tirs d’artillerie entre des groupes armés islamistes et les troupes du gouvernement fédéral de transition et de l’AMISOM à Hamar Weyne et sur le marché de Bakara, entre autres quartiers de Mogadiscio.
  • Une offensive lancée durant le mois de ramadan par Al Shabab contre les troupes du gouvernement fédéral de transition et de l’AMISOM a provoqué des combats acharnés dans la capitale entre la fin août et le début septembre. Selon les Nations unies, quelque 230 civils ont été tués et 400 autres blessés. Le 24 août, deux membres d’Al Shabab qui portaient l’uniforme des forces gouvernementales ont pénétré dans l’hôtel Muna, situé dans la zone de Mogadiscio contrôlée par le gouvernement fédéral de transition, et abattu au moins 33 personnes parmi lesquelles figuraient des employés et des clients de l’hôtel ainsi que des parlementaires et des membres des forces de sécurité du gouvernement fédéral de transition.
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Personnes déplacées

Les combats, l’insécurité et la pauvreté ont contraint quelque 30 000 personnes à fuir leur foyer au cours de l’année. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 1,5 million de Somaliens étaient déplacés à l’intérieur du pays à la fin de l’année.

En janvier, des dizaines de milliers de civils ont dû quitter leur maison lors des affrontements qui ont opposé les milices Al Shabab et Hizbul Islam à ASWJ à Dhusamareb, dans le centre du pays, et Beletweyne, dans la région de Hiran.

Environ 23 000 personnes ont été chassées de chez elles en l’espace de 15 jours à la suite de l’offensive du ramadan. Beaucoup ont rejoint les campements de personnes déplacées dans le corridor d’Afgoye, à la périphérie de Mogadiscio, où quelque 410 000 personnes survivaient pratiquement sans aucune aide humanitaire. À partir de septembre, des milliers de personnes déplacées installées à Afgoye auraient été expulsées de force à la suite de l’acquisition de terrains par des hommes d’affaires.

Les 19 et 20 juillet, les autorités du Puntland ont expulsé vers la région de Galgadud quelque 900 personnes déplacées originaires pour la plupart du centre et du sud de la Somalie.

Cette année encore, des civils ont trouvé refuge dans les pays voisins. Malgré les risques qu’ils encouraient du fait du conflit et des violences, des Somaliens ont été renvoyés vers le sud et le centre de la Somalie depuis le Kenya, l’Arabie saoudite et certains pays européens, dont les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Suède. En octobre, environ 60 000 personnes ont fui leur foyer lors des combats entre les forces du gouvernement fédéral de transition et la milice Al Shabab à Belet Hawo, sur la frontière kenyane. Les 1er et 2 novembre, les autorités kenyanes ont ordonné à 8 000 civils somaliens qui avaient franchi la frontière et s’étaient réfugiés non loin de Mandera de rentrer dans leur pays. Des policiers kenyans les ont repoussés à l’intérieur de la Somalie le 4 novembre.

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Restrictions à l’aide humanitaire

Malgré de bonnes récoltes, quelque deux millions de personnes avaient besoin d’aide humanitaire à la fin de l’année en raison du conflit armé et des déplacements de populations. Les opérations humanitaires étaient entravées par les combats et l’insécurité, par les meurtres et les enlèvements d’employés des organisations de secours ainsi que par les restrictions à l’accès aux populations démunies. Au moins deux employés d’organisations humanitaires ont été tués. En mars, le Groupe de contrôle des Nations unies sur l’embargo sur les armes à destination de la Somalie a indiqué qu’une grande partie de l’aide du Programme alimentaire mondial (PAM) était détournée par des entrepreneurs et des groupes armés. Le Conseil de sécurité a demandé au coordonnateur humanitaire des Nations unies en Somalie de lui adresser un rapport tous les 120 jours.

  • En janvier, le PAM a suspendu ses activités dans le sud du pays en raison de l’insécurité et des menaces croissantes des groupes armés. Le 28 février, la milice Al Shabab a annoncé qu’elle interdisait les opérations du PAM dans les zones qu’elle contrôlait, affirmant que la distribution de l’aide empêchait les agriculteurs locaux de vendre leur production. Elle a également accusé le PAM d’avoir des objectifs politiques. Cette interdiction, qui était toujours en vigueur à la fin de l’année, menaçait près d’un million de personnes ayant besoin d’aide alimentaire dans le sud du pays malgré des pluies suffisantes et de bonnes récoltes dans certaines régions.
  • Le 15 janvier, Nur Hassan Bare « Boolis », un agent de sécurité employé par SAACID, une organisation humanitaire qui gérait un programme nutritionnel à Mogadiscio, et quatre autres hommes ont été enlevés par des miliciens d’Al Shabab. Le corps de Nur Hassan Bare a été retrouvé le lendemain ; il avait les mains ligotées. Les autres hommes, dont un employé de SAACID qui aurait été torturé, ont été relâchés quelques jours plus tard.
  • Le 29 juin, l’hôpital de Keysaney, dans le nord de Mogadiscio, a été touché par un obus d’artillerie qui a tué un patient. Deux autres obus ont atteint l’hôpital les jours suivants, bien que le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ait instamment prié les parties au conflit d’épargner les installations médicales.
  • En août, la milice Al Shabab a interdit à trois organisations humanitaires d’opérer dans des régions sous son contrôle, au prétexte qu’elles répandaient le christianisme. Elle a interdit en septembre trois autres organisations humanitaires qu’elle accusait de liens avec les États-Unis.
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Liberté d’expression – journalistes et société civile

Les actes d’intimidation des groupes armés contre les journalistes somaliens et les organisations de la société civile se sont poursuivis. Cette année encore, des militants ont été contraints de fuir leur pays en raison des risques d’assassinat et d’enlèvement. Des groupes armés ont par ailleurs fermé des stations de radio, ou en ont pris le contrôle et ont interdit d’évoquer certains sujets. Trois journalistes au moins ont été tués au cours de l’année. Les observateurs étrangers ne pouvaient visiter que les bases de l’AMISOM à Mogadiscio, dans le sud du pays. Au Puntland, le gouvernement a restreint la diffusion d’informations à propos du conflit l’opposant à une milice locale.

  • Le 21 février, Ali Yusuf Adan, correspondant de la radio Somaliweyn, a été enlevé par des miliciens d’Al Shabab dans la ville de Wanleweyn. Il semble que cet acte ait été lié à la diffusion d’un reportage indiquant que la milice avait tué un homme dans la région. Le journaliste a été relâché sain et sauf le 2 mars.
  • Le 4 mai, Nur Mohamed Abkey, journaliste à la station publique Radio Mogadiscio, a été enlevé par des hommes armés dans le sud de la capitale et abattu d’une balle dans la tête. Selon certaines sources, son corps abandonné dans une ruelle portait des traces de torture. Ses collègues de Radio Mogadiscio ont reçu un appel téléphonique de membres présumés d’Al Shabab qui ont revendiqué son assassinat.
  • Le 3 avril, le groupe armé Hizbul Islam a ordonné aux stations de radio de cesser dans le délai de 10 jours la diffusion de musique, qu’il jugeait contraire à l’islam. Le 9 avril, la milice Al Shabab a interdit la diffusion de la BBC et de Voice of America dans les zones sous son contrôle. Elle a également saisi les antennes satellitaires et les émetteurs FM de la BBC.
  • Le 13 août, Abdifatah Jama, directeur-adjoint de la radio Horseed FM, a été condamné à six ans d’emprisonnement pour avoir réalisé une interview de Sheikh Mohamed Said Atom, chef d’un groupe armé actif au Puntland. Il a été jugé et condamné le lendemain de son arrestation, en vertu semble-t-il de la nouvelle loi antiterroriste adoptée par le Puntland. Le ministre de l’Information du Puntland a ensuite menacé les journalistes de sanctions s’ils interviewaient des membres du groupe de Sheikh Mohamed Said Atom. Abdifatah Jama a interjeté appel de sa condamnation. Gracié par le président du Puntland, il a été remis en liberté en novembre.
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Enfants soldats

Les groupes armés islamistes, et tout particulièrement Al Shabab, ont intensifié le recrutement forcé de garçons, dont certains n’avaient que neuf ans, et de jeunes hommes. Des filles auraient également été recrutées pour faire la cuisine et le ménage pour les membres d’Al Shabab, ou contraintes d’épouser des miliciens.

En juin, le président du gouvernement fédéral de transition a ordonné au commandant en chef de l’armée d’enquêter sur les informations rapportées par les médias et selon lesquelles des enfants soldats servaient dans les troupes gouvernementales. Les conclusions de l’enquête n’avaient pas été rendues publiques à la fin de l’année. En novembre, le nouveau Premier ministre du gouvernement fédéral de transition s’est engagé auprès de la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour les enfants et les conflits armés à élaborer un plan d’action en vue de mettre un terme au recrutement et à l’utilisation d’enfants soldats.

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Exactions perpétrées par des groupes armés

Les groupes armés islamistes continuaient à torturer et à tuer illégalement des personnes qu’ils accusaient d’espionnage ou qui ne se conformaient pas à leur interprétation du droit islamique. Ces milices ont exécuté des personnes en public, notamment par lapidation, et ont procédé à des amputations et à des flagellations. Elles imposaient également un code vestimentaire restrictif. Les femmes qui ne portaient pas hijab (voile islamique) étaient flagellées, et les hommes étaient obligés de porter des pantalons ne couvrant pas les chevilles.

  • En janvier, un homme accusé de viol aurait été lapidé par des membres d’Al Shabab dans la ville de Barawe (région du Bas-Shabelle).
  • Les corps de cinq hommes décapités ont été retrouvés en avril à Mogadiscio. Selon certaines sources, ils avaient été exécutés par des membres d’Al Shabab parce qu’ils travaillaient à la construction d’un nouveau Parlement.
  • Deux hommes accusés de vol auraient été amputés des mains en juillet par des membres d’Al Shabab dans la ville de Balad, au nord de Mogadiscio.
  • Le 27 octobre, deux jeunes femmes, apparemment accusées d’espionnage, auraient été passées par les armes en public par des membres d’Al Shabab à Beletweyne. Cette ville avait été peu de temps auparavant le théâtre d’affrontements entre les miliciens d’Al Shabab et les troupes du gouvernement fédéral de transition.
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Somaliland

Une élection présidentielle a eu lieu le 26 juin dans la république du Somaliland. Ahmed Mohamed Mahamoud Silanyo, ancien membre de l’opposition, a été proclamé président en juillet. Selon des observateurs indépendants, le scrutin s’est déroulé dans le calme et a été dans l’ensemble libre et équitable. Des organisations de défense de la liberté de la presse ont toutefois signalé quelques cas de restrictions imposées à des journalistes dans la période pré-électorale.

Les tensions se sont exacerbées dans les régions frontalières de Sool et de Sanaag, revendiquées par le Puntland. Un nouveau groupe armé a provoqué des affrontements avec les forces de sécurité du Somaliland à partir du mois de mai. Les combats auraient contraint des milliers de personnes à quitter leur foyer.

Les personnes déplacées originaires du sud et du centre de la Somalie vivaient toujours dans des conditions déplorables.

Cette année encore, les communautés minoritaires étaient victimes de discrimination.

  • En septembre, deux femmes appartenant à un clan minoritaire Gaboye qui avaient été acquittées par un tribunal d’Aynabo, dans la région de Saraar, ont été attaquées par la population locale. Placées en détention pour leur sécurité, elles auraient également été agressées par leurs codétenues. Elles ont été remises en liberté.
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Peine de mort

Le gouvernement fédéral de transition a procédé en décembre à la première exécution depuis 2007. Au Puntland, au moins six personnes ont été condamnées à mort et sept autres au moins auraient été exécutées. Au Somaliland, les informations recueillies faisaient état de deux condamnations à mort.

  • Nur Ahmed Shire a été exécuté le 7 décembre par des soldats du gouvernement fédéral de transition dans le quartier de Hamar Weyne, à Mogadiscio. Cet ancien membre des troupes gouvernementales avait semble-t-il été déclaré coupable du meurtre d’un autre militaire.
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