Sénégal


La situation des droits humains : République du Sénégal


Amnesty International  Rapport 2013


L'entrée
Sénégal est maintenant en ligne

Chef de l’État Abdoulaye Wade

Chef du gouvernement Cheikh Hadjibou Soumaré

Peine de mort abolie

Population 12,7 millions

Espérance de vie 62,3 ans

Mortalité des moins de cinq ans (M/F) 120 / 108 ‰
Taux d’alphabétisation des adultes 39,3 %


Le processus de paix en Casamance est resté au point mort et des attaques sporadiques visant des civils ont été signalées. La police a durement réprimé les manifestations organisées pour protester contre le coût de la vie. Des médias et des journalistes indépendants ont fait l’objet de manœuvres de harcèlement, et des journalistes ont été placés en détention. À la fin de l’année, aucune information judiciaire n’avait encore été ouverte contre l’ancien président tchadien Hissène Habré, alors qu’un procès était attendu de longue date.


Contexte


En Casamance, dans le sud du pays, quatre ans après l’accord général de paix signé en 2004, le processus de paix n’avait enregistré aucun progrès et les civils continuaient d’être victimes de mines terrestres et d’attaques sporadiques conduites par des combattants indépendantistes. En avril, plusieurs dirigeants du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) se sont rencontrés afin de tenter de réunifier le mouvement séparatiste. À la fin de l’année, les factions armées et civiles n’avaient pas réussi à surmonter leurs divisions. 


Recours excessif à la force 


En décembre, les forces de sécurité ont durement réprimé les manifestations dénonçant les conditions de vie très difficiles des habitants de la région minière de Kédougou, à environ 700 kilomètres au sud-est de Dakar ; ces manifestations avaient violemment dégénéré, et des biens et bâtiments publics avaient été endommagés et incendiés. Les forces de sécurité ont tiré à balles réelles, tuant au moins une personne, Sinad Sidibé, et faisant plusieurs blessés. Dans les jours qui ont suivi, elles ont interpellé et torturé des dizaines de personnes, qui se trouvaient encore en détention sans jugement à la fin de l’année. De nombreuses autres personnes se sont réfugiées dans la clandestinité afin d’échapper à la vague d’arrestations lancée par les forces de sécurité. 


"... la police a effectué une descente dans les locaux d’une chaîne de télévision privée qui avait diffusé des images montrant des policiers en train de frapper des manifestants..."

Liberté de réunion


En mars, des policiers ont dispersé une manifestation interdite qui avait été organisée pour protester contre la hausse des prix de produits de base comme le riz, l’huile, le lait et le savon. Ils ont utilisé des matraques et du gaz lacrymogène contre les manifestants, et ont agressé des journalistes venus couvrir la manifestation. Au moins 24 personnes, dont deux responsables d’associations de consommateurs, Muammar Ndao et Jean-Pierre Dieng, ainsi qu’un des chefs de l’opposition, Talla Sylla, ont été brièvement placés en détention. 


Liberté d’expression 


Des médias et des journalistes indépendants ont été pris pour cible, ces manœuvres ayant pour objectif d’étouffer la liberté d’expression et les critiques visant le chef de l’État, Abdoulaye Wade.


  • En mars, la police a effectué une descente dans les locaux d’une chaîne de télévision privée qui avait diffusé des images montrant des policiers en train de frapper des manifestants au cours du mouvement de protestation contre la vie chère.

  • En septembre, El Malick Seck, directeur de publication du quotidien 24 Heures Chrono, a été condamné à trois ans d’emprisonnement pour avoir publié un article mettant en cause le chef de l’État dans une affaire de blanchiment d’argent. La parution du journal a été suspendue pour trois mois.


Exactions commises par des groupes armés


Des membres autoproclamés du MFDC ont attaqué et enlevé des civils en Casamance, apparemment pour les punir d’être entrés sur ce territoire qu’ils considéraient le leur. Le MFDC a démenti toute implication dans ces agressions.


  • En mai, 16 villageois qui cueillaient des noix de cajou à Tampe, à 15 kilomètres à l’est de Ziguinchor, la capitale casamançaise, ont été attaqués par des individus affirmant appartenir au MFDC et qui, après leur avoir attaché les mains, leur ont tranché l’oreille gauche. 


Discrimination – lesbiennes, gays, personnes bisexuelles et transgenres


Des personnes soupçonnées d’avoir eu des relations homosexuelles consenties ont été la cible d’arrestations arbitraires, de manœuvres de harcèlement et de discriminations.


En février, neuf hommes et une femme ont été interpellés après la condamnation dans la presse d’une fête au cours de laquelle certains d’entre eux avaient été photographiés. Des commentaires laissés par la suite sur des sites Internet demandaient la mort des hommes concernés. En conséquence, plusieurs personnes ont dû fuir le pays.


  • En août, un ressortissant belge et son employé de maison sénégalais ont été condamnés à deux ans d’emprisonnement pour « mariage homosexuel et actes contre nature ». Amnesty International les considérait comme des prisonniers d’opinion.


Justice internationale – Hissène Habré 


Malgré la levée des derniers obstacles juridiques empêchant des poursuites pénales, aucune information judiciaire n’avait encore été ouverte contre Hissène Habré à la fin de l’année. 


En avril, l’Assemblée nationale a adopté une modification de la Constitution introduisant la rétroactivité pour les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, le génocide et la torture, afin de permettre le procès de l’ancien chef de l’État tchadien exilé au Sénégal. En mai, un magistrat a été nommé pour coordonner l’organisation du procès. Le 16 septembre, des victimes tchadiennes ont déposé une nouvelle plainte contre Hissène Habré. Les autorités sénégalaises ont déclaré qu’il n’y avait plus aucun obstacle à la tenue d’un procès, hormis une insuffisance de moyens financiers. Les choses en sont toutefois restées là, malgré l’aide financière accordée par l’Union européenne. 


En août, la justice tchadienne a condamné Hissène Habré à la peine de mort par contumace. Selon des groupes de défense des droits humains, cette condamnation ne devait pas avoir d’incidence sur son jugement au Sénégal car elle ne reposait pas sur les mêmes accusations. 


Documents d’Amnesty International


Senegal: Submission to the UN Universal Periodic Review (en anglais, 1 septembre 2008).