Sénégal - Amnesty International Rapport 2008

La situation des droits humains : République du Sénégal

Amnesty International  Rapport 2013


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Sénégal est maintenant en ligne

Chef de l'État : Abdoulaye Wade
Chef du gouvernement : Macky Sall, remplacé par Cheikh Hadjibou Soumaré le 19 juin
Peine de mort : abolie
Population : 12,2 millions
Espérance de vie : 62,3 ans
Mortalité des moins de cinq ans (m/f) : 124 / 118
Taux d'alphabétisation des adultes : 39,3 %

Des centaines de civils ont fui vers des pays voisins pour échapper aux combats sporadiques qui se déroulaient en Casamance, dans le sud du pays. La torture et les autres mauvais traitements étaient toujours pratiqués dans les centres de détention et un détenu au moins en est mort. Cette année encore, des militants de partis d’opposition, des défenseurs des droits humains et des journalistes ont été la cible de manœuvres de harcèlement et d’arrestations visant à restreindre la liberté d’expression. Malgré les engagements pris par les autorités, aucun réel progrès n’a été observé en ce qui concerne le procès, attendu de longue date, de l’ancien président tchadien Hissène Habré.

Contexte

En mars, le président sortant, Abdoulaye Wade, a été réélu dès le premier tour. Des accusations de fraude ont été portées par ses opposants politiques et des affrontements ont éclaté entre les partisans de différents candidats. En juin, la coalition au pouvoir du président Wade a remporté les élections législatives, qui ont été marquées par une faible participation et boycottées par la plupart des partis d’opposition.

Combats sporadiques en Casamance

Trois ans après l’accord général de paix de décembre 2004, le processus de paix était toujours au point mort dans la région méridionale de la Casamance, où des combats sporadiques étaient encore signalés. En janvier, à la frontière avec la Guinée-Bissau, des éléments armés du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) ont lancé des offensives contre des soldats sénégalais pour protester contre des opérations de déminage considérées par le MFDC comme un prétexte pour attaquer ses bases.

Les divisions internes qui existaient depuis longtemps entre les différentes factions du MFDC ont été exacerbées par la disparition du chef historique du mouvement, l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, décédé en janvier. En mars, les violents affrontements qui ont à nouveau opposé deux factions rivales du MFDC ont poussé des centaines de civils à fuir vers la Gambie voisine. Malgré les appels lancés par des membres du gouvernement et certains responsables du MFDC, les pourparlers relatifs à la mise en œuvre de l’accord de paix n’avaient pas repris à la fin de l’année.

Torture et mort en détention

Cette année encore, des cas de suspects torturés et soumis à d’autres formes de mauvais traitements dans des postes de police ont été signalés. Au moins une personne est morte en garde à vue.

  • En avril, Dominique Lopy, vingt-trois ans, a été arrêté à Kolda, une ville située à environ 600 kilomètres au sud-est de Dakar, par des policiers qui le soupçonnaient d’avoir volé un téléviseur. Lorsqu’il a été ramené chez lui pour une perquisition, sa famille a constaté qu’il portait des traces de coups. Il est mort en garde à vue le lendemain. En réponse aux manifestations qui ont suivi, les autorités ont accepté de faire pratiquer une autopsie, mais à la fin de l’année, les résultats de cet examen n’avaient pas été rendus publics.

Atteintes à la liberté d’expression

Des militants de partis d’opposition, des défenseurs des droits humains et plusieurs journalistes ont été soumis à des arrestations et à des actes de harcèlement visant à restreindre la liberté d’expression et à limiter les critiques à l’égard du président.

  • En janvier, une manifestation pacifique organisée par des partis d’opposition et interdite par les pouvoirs publics a été dispersée ; certains responsables politiques ont été frappés et placés en détention pour une courte durée.
  • En juillet, Alioune Tine, secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), a été détenu pendant une brève période après la découverte d’armes dans les locaux du siège de cette organisation. Il est apparu qu’il s’agissait en fait d’armes déclassées, qui avaient été remises à la RADDHO par l’armée sénégalaise afin qu’elles soient incinérées dans le cadre d’une campagne internationale contre la prolifération des armes. Alioune Tine a été remis en liberté sans inculpation.

Justice internationale – Hissène Habré

En juillet 2006, l’Union africaine (UA) avait demandé aux autorités du Sénégal, où Hissène Habré vivait en exil, de juger l’ancien dirigeant tchadien pour des actes de torture et d’autres crimes commis sous sa présidence (1982-1990). Or, à la fin de l’année 2007, aucun juge d’instruction n’avait été chargé de l’affaire, alors que le gouvernement sénégalais avait annoncé qu’il autoriserait la cour d’assises de Dakar à organiser l’éventuel procès et, dans cette optique, à recevoir un soutien financier et logistique de la part de pays étrangers, comme la Suisse et la France.

En novembre, des experts du Comité  contre la torture [ONU] ont déclaré que l’affaire n’avançait pas assez vite. Le Comité a exhorté les autorités sénégalaises à accélérer la mise en œuvre de la décision qu’il avait rendue en mai 2006 et qui demandait au Sénégal d’ouvrir des poursuites judiciaires à l’encontre d’Hissène Habré. Le Sénégal a promis qu’elles seraient engagées dans les mois suivants, tout en soulignant une nouvelle fois qu’une aide internationale, notamment financière, serait nécessaire pour que le procès puisse être mené à bien. Le même mois, considérant que le dossier avançait trop lentement, l’Union africaine a nommé Robert Dossou, ancien ministre béninois, au poste de représentant spécial de l’organisation chargé d’accélérer la procédure.

Documents d’Amnesty International