Nicaragua - Amnesty International Rapport 2010

La situation des droits humains : RÉPUBLIQUE DU NICARAGUA

Amnesty International  Rapport 2013


L'entrée
Nicaragua est maintenant en ligne

Chef de l’État et du gouvernement
Daniel José Ortega Saavedra
Peine de mort
abolie
Population
5,7 millions
Espérance de vie
72,7 ans
Mortalité des moins de cinq ans (M/F)
29 / 22 ‰
Taux d’alphabétisation des adultes
78 %

L’interdiction totale de toute forme d’avortement demeurait en vigueur. Dans deux tiers des cas de viol signalés entre janvier et août 2009, les victimes avaient moins de 18 ans. L’intensification des actes d’intimidation et des attaques contre les détracteurs du gouvernement soulevait des préoccupations quant aux restrictions à la liberté d’expression et d’association.

Contexte

Tout au long de l’année, des affrontements ont opposé sympathisants du Front sandiniste de libération nationale (FSLN, au pouvoir) et détracteurs du gouvernement.

Le Nicaragua demeurait l’un des rares États du continent américain à ne pas avoir signé le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

En novembre, une nouvelle fonction, celle de procureur spécial pour la diversité sexuelle, a été créée au sein du Bureau du procureur des droits humains.

Droits sexuels et reproductifs

L’interdiction totale de toute forme d’avortement demeurait en vigueur. Les chiffres du ministère de la Santé ont révélé une hausse de la mortalité maternelle au cours des 19 premières semaines de 2009 par rapport à la même période de 2008 : de 20 morts en 2008 elle est passée à 33 en 2009. Quatre de ces 33 décès étaient dus à des complications survenues à la suite d’avortements pratiqués dans de mauvaises conditions. Aucune mort dans ces circonstances n’avait été enregistrée durant cette période de 2008, avant l’entrée en application de la loi interdisant toute forme d’avortement.

En mai, le Comité contre la torture [ONU] s’est déclaré « vivement préoccupé » par le fait que les autorités nicaraguayennes n’avaient pris aucune mesure pour abroger cette législation, malgré les craintes déjà formulées par le passé par trois autres comités de l’ONU.

La Cour suprême ne s’est pas prononcée sur un appel interjeté en juillet 2008 et mettant en cause la constitutionnalité de la loi interdisant toute forme d’avortement, alors qu’elle s’était engagée à rendre un arrêt avant le 6 mai 2009.

Violences contre les femmes et les filles

Les initiatives des pouvoirs publics destinées à lutter contre les violences faites aux femmes et aux jeunes filles se sont révélées inefficaces. D’après les statistiques de la Police des femmes et des mineurs, 1 259 cas de viol ont été signalés entre janvier et août 2009. Deux tiers des victimes étaient des jeunes filles âgées de 17 ans ou moins.

  • En août, une adolescente de 13 ans a été tuée à l’arme blanche par son beau-père, libéré de prison trois jours plus tôt. Cet homme avait été condamné à 13 ans d’emprisonnement pour viol aggravé sur la jeune fille, mais avait été remis en liberté pour raisons de santé après n’avoir purgé que huit mois de sa peine. L’adolescente était tombée enceinte à la suite du viol. Ni elle ni sa famille n’avaient été averties de la remise en liberté du beau-père et, selon les informations reçues, aucune enquête n’a été ouverte sur la décision de justice ordonnant sa libération.

Défenseurs des droits humains

Des défenseures des droits humains œuvrant à la promotion des droits des femmes en matière de sexualité et de procréation ont été harcelées par des représentants de l’État.

  • En octobre, des policiers ont interpellé la journaliste et militante des droits des femmes Patricia Orozco, ainsi que deux autres militantes. Toutes trois revenaient d’un stage de formation qu’elles avaient animé et qui s’adressait aux défenseurs des droits des femmes du secteur. Les agents de la force publique ont affirmé que les trois femmes avaient pris la fuite sans autorisation lors d’un contrôle préalable. Patricia Orozco a été arrêtée au cours de la discussion qui a suivi, et conduite au poste de police de León, où elle a été retenue pendant quatre heures avant d’être relâchée sans inculpation.

Le lendemain, un article relatant l’épisode a été publié par El 19, le magazine en ligne des autorités. Le texte présentait comme « néfaste » le Mouvement autonome des femmes du Nicaragua (MAM), auquel appartiennent Patricia Orozco et l’une des deux autres militantes, et affirmait que Patricia Orozco et ses compagnes, « de sexe indéterminé », revenaient d’une fête « interdite aux hommes ».

Liberté d’expression et d’association

L’année a été marquée par une série d’agressions de journalistes, de détracteurs du gouvernement et de militants de la société civile.

  • En novembre, des sympathisants du pouvoir en place ont attaqué, à Managua, un groupe de manifestants qui dénonçaient la corruption et les restrictions pesant sur la liberté d’expression. Des partisans du FSLN ont jeté des pierres dans leur direction, brisant la porte vitrée d’un poste de police où des manifestants s’étaient réfugiés. Aucune des personnes ayant participé à l’attaque n’avait été arrêtée à la fin de l’année.

La Coordination civile (CC), réseau national de groupes de la société civile, a fait état d’agressions et de manœuvres d’intimidation à l’encontre de ses membres par des sympathisants du FSLN.

  • En août, des membres de la CC ont été agressés alors qu’ils se rendaient à une manifestation culturelle après un débat sur des propositions de modification des politiques sociales et économiques du gouvernement. Plus de 30 d’entre eux auraient été blessés.
  • Leonor Martínez, membre de la CC âgée de 24 ans, a été agressée par trois hommes armés en octobre, alors qu’elle regagnait son domicile après une conférence de presse organisée à Managua sur les violations des droits humains. Ses agresseurs l’ont frappée et lui ont fracturé le bras en plusieurs endroits. Ils ont menacé de la tuer, ainsi que sa famille, si elle poursuivait son action au sein de la Coordination. Selon certaines sources, ces hommes avaient déjà été mêlés à d’autres agressions de personnes de la CC. Une enquête a été ouverte. En novembre, Leonor Martínez a reçu des menaces téléphoniques faisant référence à son action militante. À la fin de l’année, cependant, aucune des agressions visant des membres de la Coordination n’avait donné lieu à des poursuites.

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