Mozambique

La situation des droits humains : République du Mozambique


Amnesty International  Rapport 2013


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Mozambique est maintenant en ligne

Chef de l’État Armando Emilio Guebuza

Chef du gouvernement Luisa Diogo

Peine de mort abolie

Population 21,8 millions

Espérance de vie 42,8 ans

Mortalité des moins de cinq ans (M/F) 170 / 153 ‰

Taux d’alphabétisation des adultes 38,7 %


Cette année encore, des suspects ont été tués de manière illégale par des fonctionnaires de police, qui pourraient s’être rendus coupables d’exécutions extrajudiciaires. Six agents de la force publique au moins ont été jugés pour des violations des droits humains perpétrées les années précédentes. La police a recouru à une force excessive au cours de manifestations, tuant au moins trois personnes et en blessant plus de 30 autres. La liberté d’expression a été réprimée et les journalistes de plus en plus souvent victimes de harcèlement.


Contexte


En avril, le Mozambique a adopté trois lois concernant les mineurs : la Loi relative à la protection de l’enfance, la Loi relative à la traite des êtres humains, en particulier des femmes et des enfants, ainsi que la Loi relative à l’organisation de la justice pour mineurs. 


Un nouveau coup a été porté à la lutte contre la corruption avec la dissolution du Forum anti-corruption en janvier, après que le décret présidentiel par lequel il avait été créé eut été jugé non conforme à la Constitution. 


Ministre de l’Intérieur de 1999 à 2005, Almerino Manhenje a été arrêté en septembre dans le cadre de l’enquête sur la disparition de quelque 6,5 millions d’euros des caisses de son ministère pendant qu’il était en poste.


Au moins 22 détenus sont morts entre janvier et mai au centre pénitentiaire agricole de Chimoio, dans la province de Manica. D’après la Ligue mozambicaine des droits humains (LMDH), les conditions de détention s’étaient toutefois globalement améliorées.


"La police a fait un usage excessif de la force au cours de manifestations, provoquant la mort de plusieurs personnes."

Entre les mois de février et d’avril, au moins 14 suspects de droit commun sont morts après avoir été lynchés par des émeutiers dans les provinces de Maputo, Manica et Sofala. À Chimoio, 29 personnes ont été arrêtées à la suite de ces incidents. Trois d’entre elles ont été déclarées coupables du chef d’incitation à la violence et condamnées à six mois d’emprisonnement.


Au moins 72 personnes sont mortes du choléra et d’autres maladies provoquées par les inondations qui ont dévasté le centre du pays au début de l’année, contraignant plus de 100 000 personnes à quitter leur foyer.


Homicides illégaux 


Cette année encore, des policiers ont tué illégalement des suspects de droit commun ainsi que d’autres personnes. Dans la plupart des cas, les fonctionnaires prétendaient que les victimes s’étaient comportées de manière suspecte ou bien qu’il s’agissait de délinquants qui tentaient de prendre la fuite. D’après les informations recueillies, certains policiers ont été arrêtés mais ils n’ont pas été traduits en justice. En juillet, trois policiers se sont vu infliger une peine de vingt et un ans d’emprisonnement pour le meurtre de trois hommes commis en 2007 sur un terrain de football de Costa do Sol. Ils ont également été condamnés à verser quelque 18 000 euros au titre de l’indemnisation des familles des victimes. Un membre de la Garde présidentielle a été condamné à dix-huit ans de détention pour un homicide perpétré dans la même région en 2006. La majorité des policiers soupçonnés d’avoir commis des violations des droits humains n’étaient toutefois pas poursuivis.


  • En février, des agents de la force publique ont abattu trois cambrioleurs présumés dans le quartier de Baixa, à Maputo. Ils ont affirmé que ces hommes s’apprêtaient à dévaliser une banque et une usine. Les informations dont on disposait sur le déroulement de cet épisode étaient contradictoires. Un témoin direct a déclaré que l’un des cambrioleurs présumés était sorti d’un véhicule, s’était précipité vers un hôtel situé à proximité et avait alors été abattu. Les deux autres auraient été tués par balle à proximité du véhicule. À en croire d’autres versions, un homme a été arrêté en descendant d’un véhicule en stationnement. Les policiers ont affirmé qu’il avait tenté de s’enfuir alors qu’on le conduisait au poste et qu’il avait été abattu. Les deux autres auraient été tués par balle au coin de la rue, à proximité de l’usine. 


Recours excessif à la force


La police a fait un usage excessif de la force au cours de manifestations, provoquant la mort de plusieurs personnes. 


  • En février, des policiers ont tiré ce qu’ils ont prétendu être des balles en caoutchouc en direction de manifestants qui dénonçaient l’augmentation du prix des transports à Maputo. Néanmoins, trois personnes au moins ont été tuées et 30 autres blessées par des balles réelles perdues. La police a également utilisé des balles réelles au cours de manifestations similaires organisées dans la province de Gaza. Un porte-parole de la police a affirmé que des balles réelles avaient été employées car certains agents avaient été pris par surprise par les émeutiers. Ces événements n’ont pas donné lieu à l’ouverture d’une enquête. 

  • En mars, des agents de la force publique ont blessé par balles Celsio João Daimon alors qu’il se trouvait à son domicile, dans la ville de Beira. À la recherche d’un détenu évadé, les policiers – qui étaient semble-t-il ivres – ont tiré avec des fusils d’assaut AKM à faible distance, sur l’homme qui sortait d’une chambre. Il a été touché de trois balles dans la cuisse. Lorsque les policiers ont compris qu’il n’était pas celui qu’ils recherchaient, ils ont quitté les lieux, non sans s’être emparés de son téléphone. Le frère de Celsio João Daimon l’a conduit au poste de police pour porter plainte. Des agents de la Force d’intervention rapide sont arrivés et se sont mis à frapper Celsio João Daimon, le prenant manifestement pour le détenu évadé. Après avoir compris qu’il ne s’agissait pas de lui, ils l’ont transporté à l’hôpital, où il a dû être amputé d’une jambe. Trois fonctionnaires de police ont été arrêtés et condamnés dans cette affaire – deux à des peines d’amende et le troisième à quatre ans d’emprisonnement. Aucun agent de la Force d’intervention rapide n’a fait l’objet de poursuites.


Liberté d’expression 


Des atteintes à la liberté d’expression ont été enregistrées. En septembre, la police a réprimé une manifestation organisée à l’appel d’anciens combattants qui réclamaient une amélioration de leurs conditions de vie. Dix-neuf d’entre eux ont été arrêtés et placés en détention durant plusieurs jours, avant d’être remis en liberté dans l’attente de leur jugement.


Les journalistes étaient en butte à une persécution grandissante, marquée par des inculpations pour diffamation et des poursuites pénales dont l’objectif était de restreindre la liberté de la presse. Certains professionnels des médias ont été convoqués à des fins d’interrogatoire par des procureurs qui exigeaient des explications sur leurs activités.


  • Trois journalistes du Zambeze ont été jugés au mois d’août pour diffamation et menace contre la sûreté de l’État, à la suite d’un article s’interrogeant sur la véritable nationalité de Luisa Diogo, Premier ministre. Ils ont été reconnus coupables et condamnés à une peine de six mois d’emprisonnement, convertie en une amende de 30 méticais (moins d’un euro).


Visites d’Amnesty International 


Des délégués d’Amnesty International se sont rendus au Mozambique au mois de mai.


Documents d’Amnesty International 


Licence to Kill: Police accountability in Mozambique (en anglais, 29 avril 2008).