Guinée
 - Rapport 2009 d'Amnesty International

La situation des droits humains : République de Guinée

Amnesty International  Rapport 2013


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Guinée est maintenant en ligne

Chef de l'État : Lansana Conté, décédé le 22 décembre,
 remplacé par Moussa Dadis Camara le 24 décembre
Chef du gouvernement : Lansana Kouyaté,
 remplacé par Ahmed Tidiane Souaré le 20 mai,
 remplacé à son tour par Kabiné Camara le 30 décembre
Peine de mort : maintenue
Population: 9,6 millions
Espérance de vie : 54,8 ans
Mortalité des moins de cinq ans (M/F) : 163 / 144 ‰
Taux d'alphabétisation des adultes : 29,5 %

Des manifestations ont eu lieu pour protester contre les pénuries d'eau et d'électricité, l'augmentation du prix des produits de base et l'insuffisance des infrastructures éducatives et sanitaires. Les forces de sécurité ont fait usage d'une force excessive contre des manifestants. Sur fond d'émeutes déclenchées par des soldats et des policiers dont les salaires n'avaient pas été versés, plusieurs civils ont été tués lors d'affrontements entre mutins et gardes présidentiels. La torture et d'autres mauvais traitements demeuraient monnaie courante. La Commission d'enquête mise en place pour effectuer des investigations sur des violations graves des droits humains n'a pas été en mesure de fonctionner. Des journalistes indépendants ont été la cible de manœuvres d'intimidation et de harcèlement et ont fait l'objet d'arrestations arbitraires.

Contexte
Le président Lansana Conté est décédé le 22 décembre, après plus de vingt-quatre ans à la tête du pays. Dans la foulée, une junte militaire conduite par Moussa Dadis Camara s'est emparée du pouvoir en promettant d'organiser une élection présidentielle en 2010. Aux termes de la Constitution, c'est au président de l'Assemblée nationale qu'il incombe de gouverner le pays jusqu'à l'élection d'un nouveau président de la république, et celle-ci doit avoir lieu dans un délai de soixante jours. Bien que salué par une majorité de Guinéens, y compris des membres de la société civile, le coup d'État a été condamné par la communauté internationale, notamment l'Union africaine, qui a suspendu la participation de la Guinée à ses activités. La junte a nommé Kabiné Camara au poste de Premier ministre.
En mai et en juin, des révoltes armées conduites par des soldats et des policiers réclamant le versement de leurs soldes et salaires ont éclaté à Conakry, la capitale, ainsi qu'à Nzérékoré et à Kindia. Des affrontements ont opposé des soldats mutins à des gardes présidentiels et le chef d'état-major adjoint des armées a été capturé par des militaires alors qu'il tentait de négocier. Pendant les manifestations, plusieurs personnes ont été tuées par des balles perdues et des dizaines d'autres ont été blessées. Les victimes étaient pour la plupart des civils, dont une femme, qui a trouvé la mort à Kindia. Ces homicides n'ont fait l'objet d'aucune enquête officielle. En juin, des policiers réclamant le paiement de leurs arriérés de salaire ont tiré des coups de feu en l'air et pris en otage au moins dix responsables de la police, qui ont été remis en liberté par la suite.

Commission d'enquête
La Commission qui avait été créée en 2007 pour mener des investigations sur les violations graves des droits humains commises en 2006 et 2007 n'a diligenté aucune enquête. En mai, le président de la Commission a accusé le gouvernement d'avoir gelé son aide financière. En octobre, dans une déclaration devant les Nations unies, le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires s'est inquiété du fait que les travaux de la Commission n'avaient pas avancé et qu'aucun mécanisme de protection des témoins n'avait été financé ou mis en place. D'après le rapporteur, « la situation présent[ait] toutes les caractéristiques d'une commission faisant de la figuration et cherchant à perpétuer l'impunité ».

Recours excessif à la force
À Conakry et dans ses environs, ainsi qu'à Boké, les forces de sécurité ont fait usage d'une force excessive contre des manifestants qui protestaient contre le prix élevé des produits de base, notamment du riz. Les opérations de répression ont fait au moins cinq morts et une vingtaine de blessés.
En octobre, pendant des manifestations, deux personnes dont un garçon de treize ans, Abdoulaye Cissé, ont été tuées par ces forces.
Le même mois, ces dernières ont tué deux autres personnes et en ont blessé grièvement sept lorsqu'elles ont dispersé des manifestants à Mambya, près de Kindia. Ils étaient descendus dans la rue pour dénoncer le manque d'électricité, d'eau, d'écoles et de dispensaires.
Toujours en octobre, l'un des organisateurs présumés des manifestations de Boké a été exécuté illégalement par les forces de sécurité. Karamba Dramé, le président d'une organisation de jeunes de Koréra, près de Boké, a été abattu à Koréra par des soldats portant des bérets rouges. Venus tout spécialement de Conakry, ils s'étaient rendus sur place après l'avoir identifié grâce à son téléphone portable.
À la fin de l'année, aucune enquête n'avait encore été ouverte sur ces homicides.

Arrestations arbitraires, torture et autres mauvais traitements
Les mauvais traitements et la torture demeuraient monnaie courante et étaient encore pratiqués de manière systématique pendant et après les interpellations. En septembre et en octobre, peu après les manifestations de Conakry et de Boké, plus de dix personnes ont été arrêtées et maintenues en détention sans inculpation pendant quelques jours. À Boké, elles ont été enfermées dans une cellule minuscule dont le sol était souillé par des excréments et de l'urine ; des soldats les frappaient à coups de lanière en caoutchouc. Les détenus étaient obligés de compter les coups reçus et, en cas d'erreur, les soldats reprenaient tout à zéro. L'étudiant Aboubakar Fofana a perdu connaissance sous les coups et a dû être hospitalisé à Boké.

Liberté d'expression – les médias
Des journalistes indépendants ont été la cible de manœuvres d'intimidation et de harcèlement ; certains ont été arrêtés sans motif. Les autorités ont restreint la liberté d'expression et la liberté de la presse, en particulier lorsqu'elles étaient montrées du doigt.
En août, Lansana Babara Camara, un journaliste travaillant pour le journal privé La Guinée Actuelle, a été agressé par un membre du Bataillon autonome de la sécurité présidentielle alors qu'il tentait de s'informer sur la présence du président Conté à Kindia.
En octobre, Facely Traoré, reporter pour la station de radio privée Familia FM, a été arrêté et détenu pour une courte période à la Direction de la police judiciaire. Son interpellation a eu lieu alors qu'il enquêtait sur l'arrestation de deux policiers, interpellés pour le vol présumé de deux sacs de riz.
En octobre, le Conseil national de la communication a levé toutes les sanctions visant les organes de presse. L'unique journal alors interdit était La Vérité, qui avait publié un article critique à l'égard d'un ministre, sans toutefois le nommer.

Peine de mort
Plus de 26 prisonniers attendaient leur exécution à la prison civile de Conakry ou à la prison de haute sécurité de Kindia, à l'est de la capitale.
En novembre et décembre, trois accusés – Boubacar Sidy Diallo, Moustapha Bangoura et Naby Camara – ont été condamnés à la peine capitale par la Cour d'assises siégeant à Conakry.
En décembre, la Guinée s'est abstenue lors du vote d'une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU appelant à un moratoire mondial sur les exécutions.

Documents d'Amnesty International
Guinée. Usage excessif de la force et tortures suite à des manifestations contre la vie chère (AFR 29/001/2008).