Guinée-Bissau

La situation des droits humains : République de Guinée-Bissau

Amnesty International  Rapport 2013


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Guinée-Bissau est maintenant en ligne

Chef de l’ÉtatJoão Bernardo Vieira

Chef du gouvernementMartinho Ndafa Cabi,
 remplacé par Carlos Correia le 5 août, remplacé à son
 tour par Carlos Domingos Gomes Júnior le 25 décembre

Peine de mortabolie

Population1,7 million

Espérance de vie45,8 ans

Mortalité des moins de cinq ans (M/F)204 / 181 ‰

Taux d’alphabétisation des adultes44,8 %


Plusieurs tentatives de coup d’État auraient eu lieu en Guinée-Bissau. Des journalistes et des responsables de l’appareil judiciaire ont reçu des menaces de mort en lien avec leurs activités professionnelles. Des actions ont été entreprises afin de lutter contre la traite des enfants.


Contexte


La pauvreté demeurait généralisée. En février, les autorités ont déclaré avoir besoin de 20 000 tonnes d’aide alimentaire. Le pays demeurait toutefois en proie à l’instabilité politique et les donateurs se sont montrés réticents à accorder leur aide, qu’elle soit de nature alimentaire ou destinée à des projets sociaux ou aux réformes – plus que nécessaires – des forces de sécurité et des forces armées. 


Tout au long de l’année 2008, des grèves ont été déclenchées, notamment par les fonctionnaires, en signe de protestation contre le non-paiement des salaires. Une épidémie de choléra qui s’est déclarée en avril s’est ensuite propagée à l’ensemble du pays et a fait plus de 200 victimes avant d’être finalement maîtrisée en novembre. D’après un rapport de l’UNICEF rendu public en mai, le pays affichait le sixième taux de mortalité infantile le plus élevé au monde. 


En août, le président João Bernardo Vieira a dissous le Parlement et nommé un nouveau gouvernement. Les élections législatives organisées en novembre ont été remportées par le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC). D’après le dirigeant du Parti de la rénovation sociale (PRS), les résultats ont été truqués. Malgré la nomination d’un Premier ministre dans les derniers jours de décembre, aucun nouveau gouvernement n’avait encore été formé à la fin de l’année.


"... des journalistes qui ont dénoncé le trafic de stupéfiants ont été menacés de mort."

Des informations incomplètes et non vérifiées ont fait état d’une tentative de putsch en août. En novembre, deux jours après l’annonce des résultats des élections, un groupe de soldats a mené l’assaut contre le palais présidentiel. Les autorités étaient en désaccord sur la question de savoir s’il s’agissait d’une tentative de coup d’État ou d’une mutinerie. Un soldat est mort au cours de l’attaque et plusieurs membres de la garde présidentielle auraient été blessés. Sept soldats ont été arrêtés et le meneur présumé du raid, un neveu du dirigeant du PRS, s’est enfui au Sénégal, où il aurait ensuite été appréhendé.

Le trafic de stupéfiants demeurait un facteur de déstabilisation très important et, cette année encore, des allégations ont fait état de l’implication de membres des forces armées. En juillet, un avion privé contenant de la drogue a été arrêté à l’aéroport de Bissau. Toutefois, des soldats ont fait obstacle à l’enquête menée par la police judiciaire et ont empêché les agents de cette dernière de pénétrer à l’intérieur de l’appareil. Cinq membres de l’équipage originaires d’Amérique latine et un contrôleur aérien guinéen ont été arrêtés, puis remis en liberté sous caution. Les cinq étrangers ont fui le pays.


Quatre soldats ont été arrêtés et demeuraient en détention à la fin de l’année. Ils étaient semble-t-il accusés de participation à la tentative présumée de coup d’État en août. L’ancien chef d’état-major de la marine, soupçonné d’avoir mené l’opération, a quitté le pays alors que les autorités affirmaient qu’il avait été assigné à domicile. Son nom avait à maintes reprises été associé à un trafic de stupéfiants. 


En août, la Guinée-Bissau a ratifié la Convention sur les pires formes de travail des enfants [OIT].


Liberté d’expression


La liberté d’expression faisait l’objet de restrictions, et des journalistes qui ont dénoncé le trafic de stupéfiants ont été menacés de mort. 


  • En janvier, le journaliste Alberto Dabo a reçu des menaces de mort anonymes par téléphone quelques jours après avoir rencontré dans la rue celui qui était alors le chef d’état-major de la marine. Alberto Dabo a affirmé que l’homme avait brandi son poing dans sa direction de façon menaçante. Le journaliste avait déjà reçu des menaces en juin 2007 après avoir accusé l’officier de marine d’être impliqué dans un trafic de drogue. En août 2007, l’officier avait porté plainte contre Alberto Dabo, mais le procès était toujours en instance à la fin de l’année 2008.
  • En mars, le journaliste Athizar Mendes Pereira a été arrêté et interrogé durant plusieurs heures par les services de renseignement du ministère de l’Intérieur. Il avait écrit un article dans lequel il déclarait que le chef d’état-major des forces armées avait lui-même décidé de promouvoir des agents de police. Athizar Mendes Pereira a été libéré sans inculpation six heures plus tard.


Menaces de mort à l’encontre de représentants de l’appareil judiciaire


En juillet, le procureur général et le ministre de la Justice ont déclaré avoir reçu des menaces de mort visant à les contraindre à abandonner leur enquête sur une saisie de cocaïne. Les deux fonctionnaires avaient publiquement accusé de hauts responsables politiques, militaires et de la sécurité d’être mêlés au trafic et de les avoir empêchés d’enquêter sur cette affaire. 


Traite des enfants


Grâce à une meilleure coordination des actions de lutte contre la traite des enfants, les rapports faisant état d’affaires de ce type ont diminué d’environ 45 %. Des commissions de surveillance ont été établies le long de la frontière entre la Guinée-Bissau et le Sénégal avec le concours de la population locale, d’ONG, de chauffeurs de poids lourds et des autorités. En avril, neuf enfants originaires de Guinée-Bissau ont semble-t-il été sortis des rues de Dakar, au Sénégal.