Érythrée - Rapport 2009 d'Amnesty International

La situation des droits humains : État d'Érythrée

Amnesty International  Rapport 2013


L'entrée
Érythrée est maintenant en ligne

Chef de l'État et du gouvernement : Issayas Afeworki
Peine de mort : abolie en pratique
Population : 5 millions
Espérance de vie : 56,6 ans
Mortalité des moins de cinq ans (M/F) : 79 / 72 ‰
Taux d'alphabétisation des adultes : 60,5 %

Près de la moitié des habitants de l'Érythrée, et notamment plus de 85 000 enfants, étaient toujours en état de malnutrition et dépendaient de l'aide alimentaire apportée par la communauté internationale. Le gouvernement interdisait toutes les formes de journalisme indépendant, les partis d'opposition, les organisations religieuses non enregistrées ainsi que pratiquement toute action de la société civile. Quelque 1 200 demandeurs d'asile érythréens renvoyés de force d'Égypte et d'autres pays ont été placés en détention dès leur retour, s'ajoutant aux milliers de prisonniers d'opinion et de prisonniers politiques incarcérés depuis de nombreuses années. Les conditions de détention étaient éprouvantes. Les opposants présumés, les déserteurs, ceux qui tentaient de se dérober à la conscription militaire obligatoire ainsi que d'autres détracteurs du gouvernement et leurs familles ont subi des sanctions et des manœuvres de harcèlement. Le gouvernement rejetait toute critique relative à la situation des droits humains.

Contexte
La Commission du tracé de la frontière entre l'Érythrée et l'Éthiopie est arrivée au terme de son mandat en octobre, mais sa décision n'avait toujours pas été appliquée par l'Éthiopie. Le Conseil de sécurité des Nations unies a mis fin à la Mission des Nations unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), après que l'Érythrée eut fait obstruction à l'action de celle-ci le long de sa frontière avec l'Éthiopie.
De février à avril, l'Érythrée a déployé des effectifs dans la région de Ras Doumeira, située dans la zone frontalière avec Djibouti et faisant l'objet d'un litige de longue date. À la suite de ces manœuvres, Djibouti a déclaré que l'Érythrée avait empiété sur son territoire, et des escarmouches entre les deux pays ont éclaté en juin. Au moins 35 soldats auraient été tués et 50 autres blessés.
L'Érythrée accueillait sur son territoire l'Alliance pour une nouvelle libération de la Somalie-Groupe Asmara (ARS-A), une faction dissidente de l'aile de l'ARS basée à Djibouti. L'Érythrée faisait office de lieu de transit pour les armes et les munitions qui se revendaient par la suite sur les marchés d'armes somaliens.
Les partis d'opposition érythréens en exil demeuraient actifs en Éthiopie et dans d'autres pays d'Afrique, d'Europe et d'Amérique du Nord.

Liberté de religion
Plus de 2 000 membres de groupes religieux minoritaires non reconnus, qui étaient interdits par le gouvernement depuis 2002 – notamment les Églises pentecôtiste et évangélique –, restaient détenus au secret sans avoir été jugés ni même inculpés. Nombre d'entre eux avaient été arrêtés au cours de l'année. Quelques personnes critiques à l'égard du gouvernement et appartenant à des confessions autorisées, dont l'islam et l'Église orthodoxe érythréenne, se trouvaient également toujours derrière les barreaux. Amnesty International considérait comme prisonnier d'opinion tous ceux qui étaient détenus uniquement en raison de leurs convictions ou pratiques religieuses.
Abune Antonios, patriarche de l'Église orthodoxe érythréenne, demeurait détenu dans un lieu secret, après avoir été en résidence surveillée. Il avait été arrêté en janvier 2006 pour avoir dénoncé l'ingérence de l'État dans les affaires religieuses et le placement en détention de trois prêtres orthodoxes. Il avait précédemment été remplacé par un patriarche désigné par le gouvernement. Souffrant toujours d'un état de santé précaire, Abune Antonios n'a semble-t-il pas été autorisé à recevoir le traitement médical dont il avait besoin pour soigner son diabète.
Les 13 et 14 août, au moins 40 universitaires et dignitaires musulmans membres du groupe ethnique saho ont été arrêtés par des soldats à Asmara et dans d'autres villes. Sans avoir été inculpés, ils ont été placés en détention au secret dans des lieux qui n'ont pas été révélés, une situation qui les exposait au risque de torture.
Ogbamichael Teklehaimanot, pasteur de l'Église Kale Hiwot arrêté en octobre 2007, était toujours détenu à la fin de l'année. Il avait déjà auparavant été soumis à une période de dix mois de travaux forcés et de détention à l'isolement dans le camp militaire de Sawa.
En février, 10 membres de l'Église Mullu Wengel qui avaient passé cinq années en détention ont recouvré la liberté.

Prisonniers d'opinion et autres prisonniers politiques
Le gouvernement ne tolérait aucune contestation, même pacifique, et restreignait la liberté d'expression, de réunion et d'association. D'après des proches de détenus, toutes les formes de communication avec l'étranger pouvaient être contrôlées par le gouvernement et donner lieu à des représailles, ce qui rendait encore plus difficile le suivi des détenus, en particulier ceux dont on croyait savoir qu'ils étaient en détention secrète.
Tout portait à croire que des prisonniers politiques accusés de soutien aux groupes d'opposition armés en exil, notamment à des factions du Front de libération de l'Érythrée (FLE), et dont certains se trouvaient incarcérés depuis 2001, voire depuis plus longtemps, étaient encore détenus sans inculpation ni jugement. Au nombre des prisonniers d'opinion figuraient des jeunes gens qui s'étaient dérobés à l'appel sous les drapeaux, des déserteurs et des demandeurs d'asile déboutés qui avaient été renvoyés en Érythrée.
On croyait savoir que des centaines d'anciens responsables gouvernementaux, de journalistes indépendants et de fonctionnaires arrêtés en septembre 2001 avaient passé leur septième année consécutive en détention au secret. Parmi eux figuraient 11 anciens ministres et combattants pour la libération de l'Érythrée qui avait été arrêtés pour avoir réclamé des réformes gouvernementales. Certains seraient morts en détention du fait de la dureté des conditions carcérales.
Aster Yohannes, épouse du prisonnier d'opinion Petros Solomon, était toujours maintenue au secret sans avoir été inculpée. Elle avait été arrêtée en 2003 alors qu'elle revenait des États-Unis pour rendre visite à ses enfants.

Liberté d'expression – journalistes
Le gouvernement interdisait toute forme de journalisme indépendant ou privé. Aucune presse privée ne fonctionnait depuis 2001.
Dix journalistes incarcérés en 2001 se trouvaient toujours en détention au secret sans inculpation. L'un d'entre eux au moins, Fessahaye Yohannes (connu sous le nom de Joshua), serait mort en prison en janvier 2007. Les autorités n'ont pas répondu aux questions posées à son sujet.
Daniel Kibrom, journaliste de la chaîne publique Eri TV, purgeait une peine de cinq années de travaux forcés pour avoir tenté de franchir la frontière éthiopienne. Il était détenu dans un camp de prisonniers depuis octobre 2006.

Réfugiés et demandeurs d'asile
L'Égypte, le Soudan, l'Allemagne, la Suède et le Royaume-Uni procédaient depuis novembre 2007 à des renvois forcés de réfugiés et de demandeurs d'asile érythréens. Ces expulsions ont eu lieu alors que d'autres personnes, renvoyées par le passé en Érythrée, avaient été arrêtées arbitrairement et torturées à leur retour. Il n'a pas non plus été tenu compte des directives du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui s'opposait fortement à tout renvoi forcé en Érythrée en raison du bilan déplorable du pays en matière de respect des droits humains.
Au cours du premier semestre 2008, les autorités égyptiennes ont procédé à de très nombreuses expulsions d'Érythréens. Elles ont ainsi renvoyé en Érythrée quelque 1 200 demandeurs d'asile, qui ont été arrêtés et placés en détention dès leur arrivée. On craignait fortement qu'ils ne soient torturés ou victimes d'autres formes de mauvais traitements. Si certaines femmes enceintes ou accompagnées d'enfants ont été libérées après plusieurs semaines de détention, la plupart des personnes renvoyées ont été transférées à la prison de Wia très isolée, ainsi que dans d'autres camps militaires, où elles demeuraient détenues à la fin de l'année. Fin décembre, les autorités égyptiennes ont encore expulsé plus de 20 demandeurs d'asile vers l'Érythrée, et des centaines d'autres risquaient de subir le même sort.
Le 14 mai, les services allemands de l'immigration ont renvoyé de force les demandeurs d'asile Yonas Haile Mehari et Petros Aforki Mulugeta dans leur pays. Arrêtés à leur arrivée en Érythrée, les deux hommes étaient toujours détenus à la fin de l'année, au secret en ce qui concernait Yonas Haile Mehari. Il y avait tout lieu de craindre qu'ils soient torturés ou autrement maltraités.
Quelque 700 Érythréens, dont 60 femmes et 30 enfants, qui s'étaient réfugiés au Soudan puis en Libye, étaient maintenus dans des centres de détention à Mistarah, ainsi que dans d'autres sites en Libye, et risquaient d'être renvoyés de force en Érythrée.

Conscription militaire
Le service national était obligatoire pour les hommes âgés de dix-huit à quarante ans et pour les femmes de dix-huit à vingt-sept ans, parfois au-delà. La période initiale, d'une durée de dix-huit mois, comprenait six mois de service militaire auxquels s'ajoutaient fréquemment des travaux forcés. Il pouvait être prolongé pour une durée indéterminée et prévoyait une période de réserve. Une forte proportion de la population adulte était engagée dans ce service obligatoire.
Des jeunes de dix-sept ans contraints de s'inscrire en vue d'effectuer leur service national l'année suivante se sont vu refuser par la suite une autorisation de sortie du territoire.
La détention et la méthode de torture consistant à attacher la victime dans des positions douloureuses étaient des formes de sanction couramment infligées à ceux qui tentaient d'échapper à la conscription. Ordonnée par les supérieurs militaires, l'incarcération pouvait se prolonger pour une durée indéterminée. Les autorités ne reconnaissaient pas le droit à l'objection de conscience.

Torture et autres mauvais traitements
Cette année encore, les conditions de détention étaient très éprouvantes et les prisonniers étaient régulièrement torturés ou soumis à d'autres formes de mauvais traitements. Les méthodes de torture dites de l'hélicoptère ou du chiffre huit, qui consistaient à attacher le détenu dans des positions douloureuses, étaient des sanctions couramment utilisées ces dernières années. Il arrivait souvent que les prisonniers soient abandonnés en plein soleil pendant de longues périodes ou enfermés dans des conteneurs métalliques où régnaient des températures extrêmes. De nombreux détenus se trouvaient dans des prisons secrètes, et certains dans des prisons de haute sécurité comme celle de Karchele, à Asmara. Un grand nombre étaient enfermés dans des cellules souterraines surpeuplées et privées de lumière naturelle. Les lieux étaient humides et insalubres, et il n'y avait pas d'eau pour l'hygiène ou le nettoyage. Les détenus étaient sous-alimentés et l'eau qui leur était donnée à boire contenait des impuretés. Les soins médicaux étaient quasiment inexistants.
En février, des sources d'information locales ont fait état de la mort en détention de Taha Mohammed Nur, dirigeant musulman et cofondateur du FLE.
Teklesenbet Gebreab Kiflom, membre de l'Église évangélique Mullu Wengel, serait mort dans la prison militaire de Wia en octobre après s'être vu refuser un traitement contre le paludisme. D'après les informations reçues, un autre chrétien évangélique, Azib Simon, serait mort dans des circonstances similaires au mois de juin.

Documents d'Amnesty International
Égypte. Amnesty International demande au président de stopper les vols susceptibles de mener vers la torture en Érythrée (MDE 12/014/2008).

Égypte. Mortelles traversées du désert (MDE 12/015/2008).

Libye. Amnesty International met en garde contre l’expulsion d’Érythréens (MDE 19/007/2008).

Érythrée. Devoir de mémoire envers les prisonniers d’opinion incarcérés massivement il y a sept ans (AFR 64/007/2008).