Érythrée - Rapport 2008 d'Amnesty International

La situation des droits humains : Érythrée

Amnesty International  Rapport 2013


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Érythrée est maintenant en ligne

Chef de l'État et du gouvernement : Issayas Afeworki
Peine de mort : abolie en pratique
Population : 4,7 millions
Espérance de vie : 56,6 ans
Mortalité des moins de cinq ans (M/F) : 84 / 78 ‰
Taux d'alphabétisation des adultes : 60,5 %

Les deux tiers de la population dépendaient toujours de l'aide alimentaire d'urgence apportée par la communauté internationale. Les partis d'opposition étaient interdits, tout comme les organisations indépendantes de la société civile et les groupes religieux non reconnus par les autorités. Aucune forme de dissidence n'était tolérée. On dénombrait des milliers de prisonniers d'opinion. Il n'existait aucune forme d'état de droit ni d'appareil judiciaire, que ce soit dans le domaine civil ou militaire. Les détenus n'avaient aucun moyen de former un recours par la voie judiciaire et les juges ne pouvaient contester les détentions arbitraires ou les atteintes aux droits humains dont se rendaient coupables le gouvernement ou l'armée. Les mesures de protection des droits humains établies au plan constitutionnel et légal n'étaient ni respectées ni appliquées.

Contexte
Les travaux de démarcation de la frontière entre l'Érythrée et l'Éthiopie, déterminée à la suite du conflit qui a opposé les deux pays de 1998 à 2000, n'avaient pas encore commencé fin 2007. La Commission du tracé de la frontière a achevé sa mission en novembre sans que ce différend ne soit résolu. L'Érythrée a imposé d'importantes restrictions à l'action de la Mission des Nations unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE), qui administrait une zone tampon du côté érythréen de la frontière. Les forces gouvernementales de l'Érythrée se sont déployées dans cette zone, où elles ont arrêté ou enrôlé de force plusieurs agents érythréens de la MINUEE. Une reprise des hostilités était à craindre entre les soldats des deux pays regroupés le long de la frontière, notamment en raison de l'implication de chacune des nations dans le conflit qui secouait la Somalie. En décembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a prorogé le mandat de la MINUEE.
L'Érythrée a continué de soutenir des groupes d'opposition armés éthiopiens. Elle a également accordé son soutien à des mouvements hostiles à la présence de troupes éthiopiennes en Somalie, comme l'Alliance pour une nouvelle libération de la Somalie, formée en Érythrée au milieu de l'année 2007. L'Éthiopie quant à elle appuyait des mouvements d'opposition érythréens qui avaient par le passé été basés au Soudan.

Liberté d'expression
Minorités religieuses
Des centaines de membres de minorités appartenant à des Églises interdites par le gouvernement en 2002 ont été arrêtés au cours de l'année et placés en détention au secret pour une durée indéterminée, sans inculpation ni jugement. Nombre d'entre eux ont été arrêtés alors qu'ils célébraient clandestinement des offices dans des résidences privées ou à l'occasion de mariages ou d'obsèques. Leurs lieux de culte ont été fermés. Les biens appartenant à ces mouvements religieux ou destinés à leurs œuvres sociales ont été saisis par les autorités. Quelques personnes critiques à l'égard du gouvernement et appartenant à des confessions autorisées (à savoir l'islam, l'Église orthodoxe érythréenne, l'Église catholique et l'Église luthérienne) ont également été placées derrière les barreaux.
En mai, le patriarche Antonios (dit Abune Antonios), chef de l'Église orthodoxe érythréenne, a été transféré dans un lieu de détention de haute sécurité tenu secret. Ce transfert faisait suite à la nomination, en violation des procédures de l'Église, d'un nouveau patriarche favorable au gouvernement. Abune Antonios était en résidence surveillée depuis janvier 2006 pour avoir dénoncé l'ingérence de l'État dans les affaires religieuses et le placement en détention de trois prêtres orthodoxes. Âgé de soixante-dix-neuf ans et dans un état de santé précaire, il n'a pas été autorisé à recevoir le traitement médical dont il avait besoin pour son diabète.
À la fin de l'année, on comptait au moins 2 000 personnes qui avaient été arrêtées en raison de leurs croyances religieuses ; la plupart appartenaient à des Églises évangéliques. Parmi elles figuraient des femmes et des enfants dont certains étaient détenus au secret depuis plus de trois ans. Il s'agissait notamment de 27 témoins de Jéhovah, dont trois étaient incarcérés au camp militaire de Sawa depuis 1994.

Prisonniers politiques
Les forces de sécurité ont procédé à de nombreuses arrestations de détracteurs présumés du gouvernement. Nulle forme de dissidence n'était tolérée. Les courants et organisations politiques ne disposaient d'aucun cadre où s'exprimer de manière indépendante. D'après les informations recueillies, les autorités interceptaient les communications téléphoniques et électroniques.
Il était difficile d'obtenir des informations sur les personnes qui avaient été placées en détention et dont on était sans nouvelles depuis. Les services de sécurité faisaient subir des représailles aux familles des détenus si elles cherchaient à obtenir des informations sur l'arrestation de leur proche ou communiquaient avec des organisations internationales de défense des droits humains.
Onze anciens ministres et combattants pour la libération de l'Érythrée qui avaient demandé une réforme démocratique demeuraient en détention secrète. Leur famille ne les avait pas revus depuis leur arrestation en 2001. Le gouvernement les avait accusés de trahison sans jamais les juger ni même les inculper. Certains, comme le général Ogbe Abraha, seraient morts en détention en raison de la dureté des conditions carcérales et de l'absence de soins médicaux.
Des centaines de personnes également incarcérées en 2001, ainsi que d'autres arrêtées par la suite, se trouvaient encore en détention secrète à la fin de l'année. Les rares personnes remises en liberté ont reçu l'ordre de garder le silence à propos de ce qu'elles avaient vécu.
Aster Yohannes, épouse de l'ancien ministre Petros Solomon, actuellement en détention, était maintenue au secret. Elle avait été arrêtée en 2003 après être rentrée des États-Unis afin de voir ses enfants.
Des demandeurs d'asile renvoyés de Malte en 2002 et de Libye en 2003 demeuraient en détention secrète.

Journalistes
Aucun média indépendant ou privé n'était autorisé. La presse privée a été interdite en 2001.
Dix journalistes incarcérés en 2001 parce qu'ils étaient accusés d'avoir soutenu des ministres dissidents mis en cause pour trahison étaient maintenus au secret sans inculpation ni jugement. Amnesty International les considérait comme des prisonniers d'opinion. Selon certaines informations non confirmées, Fessayahe Yohannes (connu sous le nom de Joshua) serait mort en détention.
Les journalistes travaillant pour les médias publics, étroitement contrôlés, étaient arrêtés lorsqu'ils étaient soupçonnés de critiquer le gouvernement. D'après les informations reçues, certains des huit journalistes appréhendés au cours de l'année étaient toujours détenus à la fin 2007 ou avaient été enrôlés dans l'armée.

Conscription militaire
Qu'il soit effectué au sein de l'armée ou dans l'administration civile en respectant un cadre militaire, le service national s'étendait sur une durée indéterminée. Le gouvernement justifiait cette organisation par la menace militaire représentée par l'Éthiopie. Le service militaire était obligatoire pour tous les citoyens de dix-huit à quarante ans, à quelques rares exemptions près. Les hommes de quarante à cinquante ans ou ceux qui avaient été démobilisés pouvaient être rappelés en tant que réservistes. Les femmes de plus de vingt-sept ans étaient exemptées dans les faits. Les autorités ne reconnaissaient pas le droit à l'objection de conscience, par exemple aux témoins de Jéhovah qui refusaient la conscription mais non le service en faveur du développement.
Les conscrits s'acquittaient de tâches militaires, effectuaient des travaux de construction ou travaillaient dans le civil en ne percevant que de faibles soldes. Certains ont été envoyés à l'étranger afin de remplir des missions militaires. Deux journalistes enrôlés dans l'armée puis capturés en Somalie en janvier ont été transférés de manière illégale en Éthiopie, où ils ont été placés en détention.
Lorsque des jeunes gens tentaient d'échapper à la conscription en se cachant ou en fuyant à l'étranger, il arrivait que la police arrête des membres de leur famille et les contraigne à s'acquitter de lourdes amendes en cas de non retour des appelés ; s'ils ne voulaient ou ne pouvaient régler cette somme, ils demeuraient en détention pour une durée illimitée. Ces procédés, qui n'avaient aucun fondement légal, ne pouvaient être contestés en justice.
Les mineurs suivaient leur dernière année de scolarité au centre d'instruction militaire de Sawa. Ils effectuaient ensuite leur service militaire ou poursuivaient leurs études dans des établissements de formation professionnelle, auquel cas la conscription était reportée jusqu'à l'obtention de leur diplôme. L'Érythrée ne dispensait plus aucun enseignement universitaire. Des milliers de jeunes, appelés ou risquant de l'être, ont fui le pays et sollicité l'asile à l'étranger.

Torture et autres mauvais traitements
La méthode de torture dite de l'hélicoptère, consistant à attacher la victime dans des positions douloureuses, demeurait une forme de sanction et une pratique couramment utilisée lors de l'interrogatoire de personnes arrêtées pour des motifs religieux ou politiques. Des membres d'Églises évangéliques ont été torturés afin qu'ils abjurent leur foi. Des auteurs d'infractions à caractère militaire ont été torturés. Il s'agissait pour beaucoup de jeunes gens qui avaient tenté d'échapper à l'appel sous les drapeaux ou de conscrits qui s'étaient plaints de la dureté du service national ou du caractère indéterminé de sa durée.
Extrêmement pénibles, les conditions de détention dans les prisons s'apparentaient à un traitement cruel, inhumain et dégradant. De nombreux détenus étaient enfermés dans des conteneurs métalliques surpeuplés, insalubres du fait de l'absence d'installations sanitaires, et où régnaient des températures extrêmes. Les soins médicaux étaient quasiment inexistants.

Réfugiés et demandeurs d'asile
Malgré une directive du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) aux termes de laquelle les Érythréens déboutés de leur demande d'asile ne devaient pas être renvoyés chez eux en raison du bilan déplorable du pays en matière de respect des droits humains, plusieurs ont été expulsés du Soudan et se trouvaient en détention à la fin de 2007. Parmi eux figuraient des personnes dont le statut de réfugié avait été reconnu. Un demandeur d'asile renvoyé du Royaume-Uni a été incarcéré. Des centaines d'autres, détenus en Libye, risquaient d'être renvoyés de force dans leur pays. La plupart des demandeurs d'asile érythréens avaient fui leur pays pour échapper à la conscription.

Autres documents d'Amnesty International
Érythrée. Un journaliste célèbre serait mort dans une prison secrète (AFR 64/002/2007).
Érythrée. Six ans après la vague d'arrestations de dissidents, les droits humains sont bafoués avec la même intensité (AFR 64/009/2007).