Bolivie


La situation des droits humains : République de Bolivie


Amnesty International  Rapport 2013


L'entrée
Bolivie est maintenant en ligne

Chef de l’État et du gouvernement Evo Morales Ayma

Peine de mort abolie sauf pour crimes exceptionnels

Population 9,7 millions

Espérance de vie 64,7 ans

Mortalité des moins de cinq ans (M/F) 64 / 55 ‰

Taux d’alphabétisation des adultes 86,7 %


Les tensions entre le gouvernement et l’opposition au sujet de l’adoption d’une nouvelle constitution et de ses éventuelles répercussions sur le contrôle des ressources économiques et naturelles du pays ont donné lieu cette année encore à des affrontements. Nombre de ces conflits ont dégénéré, provoquant la mort de plus de 20 personnes. Des journalistes et des médias ont été la cible d’actes de harcèlement et d’attaques. L’année a vu certaines 
améliorations en matière de respect des droits économiques, sociaux et culturels.


Contexte 


Plusieurs départements ayant des visées autonomistes 
n’ont pas souscrit au projet de constitution, ce qui a maintenu le pays dans un climat de tensions politiques, de remous régionaux et de troubles civils. Quatre référendums départementaux sur l’autonomie organisés en mai et en juin ont été déclarés illégaux par la Commission centrale électorale. En août, à l’issue d’un « référendum révocatoire », 67,4 % des électeurs ont confirmé le président Morales dans ses fonctions. À la suite des violences qui ont éclaté en septembre dans le département de Pando (voir ci-après), le chef de l’État a décrété l’état d’urgence, lequel est resté en vigueur durant plus de deux mois.


La communauté internationale, en particulier l’Union des nations sud-américaines (UNASUR, nouvellement constituée), s’est activement employée à rechercher une solution pacifique à la crise politique. En octobre, le Congrès a approuvé une version révisée de la nouvelle constitution, un texte qui devait être soumis à référendum national en janvier 2009. 


"... ils ont été frappés, se sont fait arracher leurs chemises et ont été contraints de brûler leurs costumes traditionnels et leurs drapeaux, ainsi que d’entonner des slogans hostiles au chef de l’État."

Le pays affichait encore un niveau de pauvreté élevé, en particulier au sein de la population indigène. Un certain nombre d’avancées ont toutefois été enregistrées dans le secteur des droits économiques, sociaux et culturels. Des programmes ont été mis en place afin d’améliorer le niveau d’alphabétisation et le taux de scolarisation, de lutter contre la malnutrition, d’augmenter le nombre d’hébergements à caractère social et de verser des pensions de retraite. D’après le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), la Bolivie présentait toujours le taux de mortalité maternelle le plus élevé d’Amérique du Sud (environ 290 pour 100 000 naissances d’enfant vivants).


Discrimination – peuples indigènes


Les organisations et les particuliers œuvrant pour la défense des droits des populations indigènes et des petits paysans de Bolivie ont de nouveau été la cible d’attaques à caractère raciste. Le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations autochtones s’est dit préoccupé par la persistance du racisme dans le pays. Il a constaté que les propos à teneur raciste employés par certains partis politiques, responsables publics au niveau des régions et groupes de pression puis relayés par certains médias, portaient préjudice aux peuples
indigènes à tous les échelons de la société. À la suite de sa visite en Bolivie au mois de juin, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a fait part de sa préoccupation face au grand nombre de familles indigènes guaranís de la région du Chaco vivant dans ce que la Commission décrivait comme une situation de servitude similaire à de l’esclavage. Plus de 40 personnes ont été blessées en février et en avril lorsque des propriétaires terriens et des groupes d’hommes armés ont attaqué des membres de la communauté guaraní à Santa Cruz, au cours d’un processus visant à éclaircir la propriété des terres traditionnelles des Guaranís. 


  • En mai, des indigènes et des petits paysans sympathisants du président Morales ont été conduits par un groupe de militants de l’opposition jusqu’à la place principale de Sucre, où ils ont été frappés, se sont fait arracher leurs chemises et ont été contraints de brûler leurs costumes traditionnels et leurs drapeaux, ainsi que d’entonner des slogans hostiles au chef de l’État.
  • En septembre, les bureaux de plusieurs ONG travaillant aux côtés des communautés indigènes et paysannes ont été mis à sac dans plusieurs villes, notamment à Santa Cruz. Du matériel de bureau ainsi que de la documentation ont été détruits au cours de ces attaques. 


Homicides illégaux


Dix-neuf personnes, pour la plupart des paysans, ont été abattues et 53 autres ont été blessées lors de graves
 violences qui ont éclaté dans le département de Pando le 11 septembre, à la suite de la mobilisation de groupes de petits paysans. Certains employés de la préfecture et des membres des comités civiques auraient été détenus pendant une courte période par les paysans. 


Rendus publics en novembre, les résultats des enquêtes approfondies menées sur ces homicides par l’UNASUR et le Bureau du médiateur national ont fait apparaître l’implication directe dans ces homicides des comités civiques et d’employés de la préfecture sympathisants de l’opposition, qui ont fourni les véhicules et le matériel ayant servi à bloquer la route des paysans et permis l’arrivée de renforts. Les investigations ont également révélé que la police n’avait pas assuré la protection des paysans. Le médiateur et l’UNASUR ont conclu que ces assassinats constituaient des crimes contre l’humanité.


Le 16 septembre, le préfet du département de Pando, Leopoldo Fernández, a été arrêté sur ordre du ministre du Gouvernement et du ministre de la Défense nationale. Il était toujours détenu à la fin de l’année. On s’interrogeait sur les charges retenues contre lui et sur le fait qu’aucune autre personne n’avait été inculpée dans le cadre de l’enquête sur ces homicides.


Liberté d’expression – journalistes et médias


L’Association nationale de la presse a recensé 96 affaires d’agression physique et verbale à l’encontre de la presse entre janvier et octobre. En septembre, plusieurs médias progouvernementaux ont été la cible d’attaques perpétrées par des groupes d’étudiants et de jeunes gens hostiles au pouvoir en place. Du matériel a été détruit et plusieurs organes de presse,
 craignant pour leur sécurité, ont dû cesser leurs activités. 


  • Journaliste à Radio Municipal Pucarani, à La Paz, Carlos Quispe Quispe est mort en février après avoir été passé à tabac par des opposants au maire de la ville, proche du régime. 

  • En octobre, environ 200 membres du Comité civique populaire, progouvernemental, et du groupe extrémiste aymara des Ponchos rouges s’en sont pris à des journalistes qui se trouvaient devant la prison de San Pedro, à La Paz, où l’ancien préfet Leopoldo Fernández (membre de l’opposition) était détenu pour son implication présumée dans les homicides survenus dans le département de Pando en septembre. Des témoins ont déclaré que la police n’avait rien fait pour protéger les journalistes.


Impunité


Une demande d’extradition a été présentée au gouvernement des États-Unis en octobre contre l’ancien président Gonzalo Sánchez de Lozada et deux anciens ministres, Carlos Sánchez Berzaín et Jorge Berindoague. Les trois hommes étaient accusés d’implication dans un crime de génocide pour le rôle qu’ils ont joué dans la mort de 67 personnes, tuées au cours de manifestations à El Alto en 2003. En Bolivie, plusieurs anciens ministres et militaires ont été informés en novembre des charges retenues contre eux dans le cadre de l’enquête sur ces homicides. On s’inquiétait toutefois du retard pris dans le déclenchement de la procédure orale. Une loi reconnaissant la responsabilité de l’État et prévoyant une indemnisation pour les personnes blessées au cours de ces heurts ainsi que pour les familles des victimes a été adoptée en novembre. 


Documents d’Amnesty International


Bolivie. Le respect des droits humains est fondamental pour arrêter l’escalade de la violence (12 septembre 2008).