Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

10 mai 2013

Une militante soudanaise détenue au secret risque la torture

Une militante soudanaise détenue au secret risque la torture
Les États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu sont le théâtre d'un conflit armé interne depuis 2011.

Les États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu sont le théâtre d'un conflit armé interne depuis 2011.

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L'arrestation d'Asma Ahmed est un nouvel exemple de la détermination des autorités soudanaises à étouffer la liberté d'association et empêcher le travail des militants des droits humains dans le pays.
Source: 
Lucy Freeman, directrice adjointe du programme Afrique d'Amnesty International

Au Soudan, l'arrestation d'une avocate est le dernier exemple en date de la campagne de répression brutale menée par les autorités contre les défenseurs des droits humains dans le cadre du conflit dans les États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu, déclare Amnesty International.

On est toujours sans nouvelles d'Asma Ahmed, avocate et membre du Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (MPLS-N, parti interdit), qui a été arrêtée le 4 mai à Khartoum lorsqu'elle s'est présentée dans les locaux du Service national de la sûreté et du renseignement (NSS).

Des agents du NSS s'étaient rendus à son domicile deux jours auparavant pour la convoquer.

Asma Ahmed est détenue sans inculpation et au secret depuis son arrestation, ce qui la rend extrêmement vulnérable au risque de torture et d'autres formes de mauvais traitements. Cette femme diabétique a besoin de soins médicaux et doit suivre un régime alimentaire particulier.

« L'arrestation d'Asma Ahmed est un nouvel exemple de la détermination des autorités soudanaises à étouffer la liberté d'association et empêcher le travail des militants des droits humains dans le pays, a déclaré Lucy Freeman, directrice adjointe du programme Afrique d'Amnesty International.

« Les autorités doivent autoriser immédiatement Asma Ahmed à entrer en contact avec un avocat et avec sa famille, et l'inculper d'une infraction prévue par la loi ou bien la remettre en liberté sans attendre. »

Cette arrestation est la dernière en date d'une série d'interpellations visant des personnes – des défenseurs des droits humains en particulier – qui travaillent au Kordofan du Sud ou qui sont soupçonnées de liens avec le MPLS-N.

Un grand nombre sont détenues au secret et sans inculpation.

Les États du Kordofan du Sud et du Nil Bleu sont depuis 2011 le théâtre d'un conflit armé interne entre le gouvernement soudanais et l'Armée populaire de libération du Soudan-Nord (APLS-N), la branche armée du MPLS-N.

L'année dernière, un grand nombre de personnes ont été soumises à la torture et à d'autres formes de mauvais traitements alors qu'elles étaient détenues par le NSS, notamment : coups de pied, de poing, de bâton et de tuyau en caoutchouc ; maintien en position debout dans des chaleurs torrides durant plusieurs jours ; privation de nourriture, d'eau et de sommeil ; maintien dans des positions douloureuses.

Amnesty International a également reçu des informations signalant que des détenues avaient été soumises à des violences sexuelles, y compris des viols.

À la connaissance de l'organisation, aucun membre du NSS n'a été amené à rendre compte de ces violations des droits humains.

À la fin de 2012, 32 femmes ont été arrêtées et placées en détention sans inculpation à Kadugli, la capitale du Kordofan du Sud. On les accusait d'espionnage et de collaboration avec l'APLS-N. La plupart étaient des fonctionnaires du gouvernement qui travaillaient dans divers ministères à Kadugli. Cinq d'entre elles ont été placées en détention avec leurs enfants, âgés de 18 mois à six ans.

Le 27 décembre, ces femmes et leurs enfants ont été transférés à la prison d'El Obeid (Kordofan du Nord). Selon les informations disponibles, 14 d'entre elles ont été remises en liberté en avril dernier, mais les autres seraient toujours détenues à El Obeid. À la connaissance d'Amnesty International, ces femmes n'ont pas été inculpées.

Le 16 janvier 2013, le NSS a fermé le Centre kuku pour la culture et le patrimoine (KUCCH) et le Centre NINU de langues et d'informatique, tous deux basés à Khartoum. Le KUCCH avait été créé en 1993 dans le but d'aider les habitants du Kordofan du Sud à préserver leur culture grâce à l'écriture et au développement de leurs langues.

En tant qu'avocate, Asma Ahmed a représenté de nombreux défenseurs et militants des droits humains, notamment Jalila Khamis Koko, membre de l'APLS-N et défenseure des droits des personnes déplacées du Kordofan du Sud. Cette femme a été détenue plus de neuf mois sans avoir accès à l'assistance médicale dont elle avait besoin, avant d'être remise en liberté en janvier 2013.

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