Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

15 juin 2012

Oman. Les arrestations de militants sont une menace pour la liberté d'expression

Oman. Les arrestations de militants sont une menace pour la liberté d'expression
Oman a adopté des réformes limitées à la suite des manifestations de 2011 ; toutefois, de sévères restrictions sont toujours imposées à la liberté d'expression.

Oman a adopté des réformes limitées à la suite des manifestations de 2011 ; toutefois, de sévères restrictions sont toujours imposées à la liberté d'expression.

© George Haddad/Demotix


Il s'agit là d'une tentative flagrante d'éradiquer la liberté d'expression, en érigeant en infraction le fait d'exprimer des opinions divergentes à Oman.
Source: 
Philip Luther, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International

Il faut mettre un terme à la vague d'arrestations qui vise, principalement dans la capitale omanaise Mascate, des militants, des écrivains, des avocats et des blogueurs, et constitue une attaque contre la liberté d'expression et de réunion, a indiqué Amnesty International.

Dans la seule journée du 11 juin, les autorités ont interpellé au moins 22 personnes qui manifestaient pacifiquement devant le siège de la police à Mascate, ce qui porte à pas moins de 33 le nombre d'arrestations liées aux protestations ces dernières semaines.

Une semaine auparavant, le 4 juin, le procureur d'Oman a déclaré que des poursuites judiciaires seraient engagées contre quiconque diffuse dans les médias ou sur Internet des « écrits insultants » constituant une « incitation » à passer à l'action « sous le prétexte de la liberté d'expression ».

« Il s'agit là d'une tentative flagrante d'éradiquer la liberté d'expression, en érigeant en infraction le fait d'exprimer des opinions divergentes à Oman, a indiqué Philip Luther, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.

« Amnesty International considère toute personne détenue uniquement pour avoir exercé pacifiquement son droit à la liberté d'expression et de réunion comme un prisonnier d'opinion et demande sa libération immédiate et inconditionnelle. »

À Oman, les manifestations ont démarré début 2011, dans le sillage des soulèvements populaires qui ont secoué l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Si elles ont débouché sur plusieurs réformes politiques et sociales, les restrictions sévères imposées à la liberté d'expression et de réunion sont en revanche maintenues. De très nombreuses personnes ont été arrêtées, dont beaucoup ont été jugées en 2011. Un homme au moins serait mort lorsque la police a dispersé par la force des manifestants dans la ville de Sohar.

La série d'arrestations liées aux manifestations a débuté le 31 mai 2012, lorsque la division spéciale de la police d'Oman a interpellé trois militants, qui étaient en route pour le champ pétrolifère de Fohoud, à environ 250 kilomètres au sud-ouest de Mascate, pour suivre la grève que des travailleurs de compagnies pétrolières avaient lancé la semaine précédente.

Les trois militants – l'avocat Yaqoub al Kharousi, ainsi que Habeeba al Hinai et Ismail al Muqbali, membres du Groupe omanais pour les droits humains, récemment créé – ont été détenus au secret pendant cinq jours avant d'être autorisés à entrer en contact avec leurs familles.

Lorsque l'avocat de Habeeba al Hinai a cherché à la rencontrer le 2 juin, le bureau du procureur a rejeté sa requête, au motif que sa cliente n'avait pas été renvoyée devant le ministère public.

Les trois militants auraient été inculpés d'incitation à manifester. Habeeba al Hinai et Yaqoub al Kharousi ont été libérés sous caution le 4 juin.

Depuis lors, d'autres militants ont été interpellés, mais on ignore leur nombre exact.

Le 2 juin, les militants Khalfan al Badwawi et Ishaq al Aghbari ont été placés en détention.

Dans la seule journée du 8 juin, six autres ont été interpellés, dont l'écrivain Hamoud al Rashidi et le poète Hamad al Kharousi.

Le 10 juin, un procureur a confirmé les arrestations dans le journal Times of Oman, déclarant : « Nous gardons un œil sur les blogueurs qui utilisent ces plateformes. »

Puis, le 11 juin, les forces de sécurité ont interpellé au moins 22 manifestants, dont des militants, des écrivains, des avocats et des blogueurs, qui protestaient devant le siège de la police pour réclamer la libération de leurs concitoyens précédemment interpellés et maintenus en détention.

Deux d'entre eux ont été relâchés ; on ignore toutefois s'ils ont été inculpés.

Les autres sont toujours détenus à la prison centrale de Sumail, à 90 kilomètres au nord de Mascate, et auraient été inculpés d'incitation à manifester ou de participation à un rassemblement.

Le lendemain de leur arrestation, ils ont été autorisés à appeler leurs familles et sont, depuis, en contact une fois tous les quatre jours environ.

Parmi ces personnes figure l'éminente avocate Basma al Kiyumi, précédemment arrêtée le 14 mai 2011 lors d'un rassemblement pacifique devant le Conseil consultatif à Mascate, avec 14 autres personnes. Libérée sous caution deux jours plus tard, elle a été inculpée de participation à un rassemblement illégal.

Au moins l'un des hommes, Saeed al Hashimi, 35 ans, a entamé une grève de la faim pour protester contre le maintien en détention du groupe. Il a été admis à l'hôpital de Sumail le 14 juin, après avoir semble-t-il perdu connaissance.

Depuis lors, il a réintégré la prison, où il poursuivrait sa grève de la faim. Sa famille n'a toujours pas été autorisée à lui rendre visite.

De récentes informations ont circulé selon lesquelles les femmes détenues ont commencé à refuser de boire de l'eau.

« De l'avis général, il semble que les personnes toujours détenues à la prison centrale de Sumail y sont incarcérées sur la base d'accusations uniquement liées à leur participation à des manifestations pacifiques. Elles doivent être libérées immédiatement, sans condition, et toutes les charges relatives à l'exercice pacifique de leur droit à la liberté d'expression et de réunion doivent être abandonnées, a estimé Philip Luther.

« Saeed al Hashimi et tous les détenus ayant besoin de soins médicaux doivent en bénéficier et tous les militants arrêtés ces dernières semaines doivent être autorisés à recevoir la visite de leur famille et à consulter un avocat. »

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