Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

25 octobre 2013

Guatemala : l’histoire s’est arrêtée pour les victimes du génocide

Guatemala : l’histoire s’est arrêtée pour les victimes du génocide
En mai, l'ancien président du Guatemala Efraín Ríos Montt a été condamné à 80 ans de réclusion pour génocide.

En mai, l'ancien président du Guatemala Efraín Ríos Montt a été condamné à 80 ans de réclusion pour génocide.

© JOHAN ORDONEZ/AFP/Getty Images


En un coup d'œil

Le conflit guatémaltèque
• Le conflit armé du Guatemala a duré de 1960 à 1996.
• Plus de 200 000 hommes, femmes et enfants ont été tués ou victimes d’une disparition forcée.
• Le général Efraín Ríos Montt a été au pouvoir de mars 1982 à août 1983.
• Le conflit a pris fin avec la signature d’un accord de paix en 1996.
• Une commission de la vérité chapeautée par l’ONU a conclu que les autorités guatémaltèques étaient responsables de la plupart des violences.

L'avocat guatémaltèque Juan Francisco Soto s'est mobilisé pour l'affaire Rios Montt.

© Amnesty International


Je pensais que la justice allait enfin être rendue, a expliqué Juan Francisco Soto à Amnesty International. Efraín Ríos Montt a dû affronter le tribunal et entendre chaque victime décrire ce qu’il avait ordonné. Il était très important pour les victimes et pour toute la population de savoir que personne n’était intouchable.
Source: 
Juan Francisco Soto, avocat guatémaltèque

L’ancien dirigeant militaire du Guatemala, Efraín Ríos Montt, a été le premier du continent à faire face à des accusations de génocide devant un tribunal.

Mais cette avancée historique risque d’être annulée. Selon la presse, la Cour constitutionnelle du pays envisagerait d’amnistier Efraín Ríos Montt. Cette décision pourrait l’absoudre de toute accusation et lui éviter tout procès à l’avenir. Les amnisties de ce type sont une tragédie pour les victimes car elles bloquent toute possibilité d’obtenir vérité, justice et réparation.

Juan Francisco Soto a su qu’il était témoin de l’histoire en marche quand il a vu le général à la retraite assis devant la porte d’une salle d’audience bondée, au mois de mai. Efraín Ríos Montt devait finalement répondre de 2 000 homicides.

« Je pensais que la justice allait enfin être rendue, a expliqué Juan Francisco Soto à Amnesty International. Efraín Ríos Montt a dû affronter le tribunal et entendre chaque victime décrire ce qu’il avait ordonné. Il était très important pour les victimes et pour toute la population de savoir que personne n’était intouchable. » 

Après le procès, en mai 2013, le tribunal a jugé que l’ancien dictateur était coupable de génocide, après avoir ordonné l’homicide de 1 771 Indiens ixils. Il a été condamné à 80 ans d’emprisonnement. Cette décision était historique.

Mais ces espoirs de justice ont été anéantis quand, 10 jours plus tard, la Cour constitutionnelle a annulé le verdict en raison d’un vice de forme. La Cour a demandé que la procédure soit reprise à partir du jour où les avocats d’Efraín Ríos Montt ont quitté la salle d’audience.

Les organisations de défense des droits humains font pression pour que le procès soit relancé dès avril 2014. Mais que va-t-il se passer exactement ? On ignore encore s’il sera possible d’obtenir la justice, car tout évolue très rapidement.

« Extermination »

Efraín Rios Montt a dirigé le Guatemala entre 1982 et 1983. Cette période est l’une des plus sanglantes du conflit armé interne qui a bouleversé le pays pendant 36 ans, et pris fin en 1996.

Des dizaines de milliers de personnes ont été massacrées, violées et ont disparu pendant ce conflit, notamment 1 771 Ixils, dont les homicides ont fait l’objet du procès d’Efraín Rios Montt.

Plusieurs mois après la fin du conflit, le Centre pour la poursuite en justice des responsables de violations des droits fondamentaux (CALDH), où Juan Francisco Soto travaille, a rencontré des survivants ixils pour les aider à faire en sorte que les responsables, et notamment Efraín Ríos Montt, rendent des comptes devant les tribunaux.

Selon Juan Francisco Soto, il fallait veiller à ce que les personnes situées au sommet de la chaîne de commandement n’échappent pas à la justice.

« Ce qui est arrivé au Guatemala est affreux : 200 000 morts, 45 000 disparus, et un million de personnes déplacées. Il est quasiment impossible de tout faire passer par les tribunaux ou de trouver un système judiciaire capable de traiter un nombre aussi important de violations des droits humains. C’est là que la question des procédures judiciaires stratégiques entre en jeu. »

« La période Ríos Montt était courte mais les violations commises pendant cette période ont été terribles, avec un coût humain très élevé. Au moins cinq pour cent des Ixils ont été tués au cours de ces 20 mois. C’était une véritable extermination ».

« Plus jamais ça ! »

Juan Francisco Soto s’est impliqué dans des organisations de défense des droits humains lorsque le conflit armé interne au Guatemala a pris fin, et que l’on a commencé à découvrir les terribles violences qui avaient eu lieu durant cette période.

« Au début, je n’y croyais pas. On ne peut pas imaginer qu’un être humain ait pu faire ça. Mais avec le temps, vous acceptez la réalité et décidez que vous devez agir pour changer la situation », explique- t-il.

Malgré le témoignage accablant de survivants et les preuves recueillies, notamment les charniers découverts dans tout le pays, traduire les responsables en justice a été incroyablement difficile.

« Nous avons pu faire passer certaines affaires en justice, mais cela a été très dur. La justice guatémaltèque a une dette énorme envers les victimes. Les victimes attendent qu’on leur rende justice depuis plus de 30 ans. Elles se disent prêtes à attendre le temps qu’il faudra. Elles veulent être sûres que tout cela n’arrivera plus jamais. »

Pour celles et ceux qui ont eu le courage et la force de témoigner contre Efraín Rios Montt, une question demeure : à quand la justice ?

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