Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

22 mai 2008

La communauté internationale doit réagir à la crise alimentaire

La communauté internationale doit réagir à la crise alimentaire
La déclaration ci-dessous a été faite par Amnesty International devant le Conseil des droits de l'homme de l’ONU pendant la première session spéciale consacrée à la crise alimentaire mondiale.

Monsieur le Président,

Amnesty International se réjouit de la tenue de la première session thématique spéciale du Conseil des droits de l'homme sur la crise alimentaire dans le monde.

Nous sommes persuadés que cette crise constitue, du point de vue des droits humains, une urgence mondiale, exacerbée par la violation de ces droits, notamment le droit à une nourriture suffisante. Il est très important que la communauté internationale réagisse rapidement afin de prévenir les famines et de mettre en évidence les causes de l'insécurité alimentaire grandissante pour mieux y remédier.

Nous rappelons au Conseil qu'aujourd'hui des millions de personnes connaissent l'insécurité alimentaire et la faim en raison des violations de leurs droits humains. L'organisation dispose d'informations probantes sur la discrimination et les manipulations politiques qui accompagnent la distribution de nourriture, sur les obstacles rencontrés par les organisations humanitaires et sur d'autres violations qui sont responsables de la faim endémique qui frappe de nombreuses populations, notamment celles des territoires palestiniens occupés (et plus particulièrement la bande de Gaza), du Myanmar, de la Corée du Nord, de la Somalie, du Soudan (Darfour) et du Zimbabwe.

À Gaza, la crise actuelle a encore aggravé les conditions de vie dramatiques des quelque 1,5 million de Palestiniens à la suite du blocus imposé par les Israéliens ; ce blocus interdit l'accès de la population à la nourriture et à d'autres produits de première nécessité, y compris les fournitures médicales et l'aide humanitaire.

Amnesty International tient aussi à exprimer sa préoccupation face aux obstacles que le gouvernement du Myanmar dresse devant ceux qui tentent d'apporter une aide humanitaire aux centaines de milliers de personnes qui sont menacées par la famine et par des maladies mortelles après le passage d'un cyclone dévastateur. Depuis des années, l'organisation se fait l'écho de l'impact négatif qu'ont les réquisitions arbitraires de nourriture sur la sécurité alimentaire ; elle est particulièrement préoccupée aujourd'hui par les témoignages récents qui soulignent que le pays continue d'exporter du riz alors qu'une grande partie de la population est en train de mourir de faim.

Nous attirons aussi l'attention du Conseil des droits de l'homme sur une série d’informations qui nous ont été communiquées. Elles font état de violations des droits humains, notamment d’un recours excessif à la force, par des États qui doivent faire face à des protestations, voire à des émeutes de la faim, ou qui sont interpellés par des défenseurs des droits humains – par exemple au Cameroun, en Côte d'Ivoire, en Haïti, en Égypte et au Sénégal. D'autre part, là où le stockage « spéculatif » de la nourriture a de graves conséquences, l'État se doit d'intervenir, mais son action doit s'inscrire dans le cadre défini par les droits humains.

La présente crise requiert une action concertée de la part des États membres de l'ONU, s'appuyant sur une coopération internationale accrue et plus efficace, dans le respect du droit et des normes internationales en matière de droits humains. L'obligation qui est faite à tous les États de coopérer à l'échelle internationale signifie que tous ceux qui le peuvent doivent fournir une aide aux États qui en font la demande et qui, sans cette aide, seraient dans l'impossibilité de remplir l'une de leurs « obligations minimums » : protéger leur population contre la famine. Ils doivent aussi veiller à ce que leurs politiques n'empiètent pas sur le droit des autres pays à une nourriture suffisante et doivent coopérer afin de faciliter l'accès à la nourriture. Sur le plan national, ils doivent respecter l'obligation qui leur est faite de vérifier que la population dispose de nourriture en quantité suffisante pour échapper à la faim, que cette nourriture est disponible et accessible, que la priorité est donnée aux plus faibles ; ils doivent aussi s'engager à demander l'aide internationale quand cela sera nécessaire pour protéger la population de la faim.

Nous soutenons l'appel qui figure dans la déclaration commune du réseau Food First Information Network (FIAN) et qui est destiné à garantir que la promotion et la protection des droits humains restera au centre des efforts internationaux pour trouver une solution à la crise.

Dans cette crise, le Conseil des droits de l'homme a lui-même un rôle essentiel à jouer. Grâce à ses mécanismes, il peut contribuer à faire en sorte que les droits humains soient pris en compte dans la réaction à la présente crise alimentaire et veiller à ce que les violations qui sont à l'origine de cette crise ne soient pas passées sous silence mais combattues.  

En conséquence, Amnesty International exhorte le Conseil des droits de l'homme à :
•    enquêter sur le rôle des politiques nationales et internationales ainsi que des violations des droits humains, y compris le contrôle discriminatoire ou politiquement motivé de l'accès à la nourriture, dans la création et l'accentuation de l'insécurité alimentaire dans certains pays ;
•    demander aux États de veiller à ce que les droits humains soient respectés à chaque étape de la réaction à la présente crise alimentaire ;
•    demander aux États de veiller à ce que la coopération et l'aide internationales soient proportionnées à la gravité de la crise et respectent pleinement les droits humains ;
•    demander aux États de coopérer pleinement avec le rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, notamment en réagissant rapidement et sans réserve à ses appels urgents, communiqués ou demandes de visite, et en accueillant favorablement ses recommandations ;
•    demander à tous les États de faire en sorte que leur réaction face à des protestations ou des émeutes de la faim soit proportionnée à l'événement et respecte les droits humains des protestataires, et que les allégations de violations de droits humains fassent rapidement l'objet d'enquêtes approfondies, sur la base d'une procédure de type disciplinaire ou pénal, en fonction de la gravité des faits.

La tenue de cette session spéciale doit être le point de départ d'un réel engagement de la part du Conseil des droits de l'homme sur ce thème.

Thème

Nations unies 

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