Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

10 décembre 2009

Les femmes montent au créneau pour défendre les droits humains

Les femmes montent au créneau pour défendre les droits humains
Les femmes sont souvent les plus durement touchées par la pauvreté et les atteintes aux droits humains. Pourtant, en tant que militantes, elles s'en servent pour initier des évolutions sociales positives. À l'occasion de la Journée mondiale des droits de l'homme, Amnesty International a rencontré trois femmes qui mettent leur vie en première ligne pour défendre les droits fondamentaux.

Les femmes sont plus touchées que les hommes par la pauvreté, la violence et les violations des droits humains en raison de la discrimination dont elles sont victimes partout dans le monde. Elles représentent plus de 70 % des populations défavorisées de la planète. Les femmes ne gagnent que 10 % du revenu mondial alors qu'elles effectuent les deux tiers du travail total réalisé dans le monde. Les trois quarts des analphabètes dans le monde sont des femmes. Bien qu'elles produisent jusqu'à 80 % de la nourriture dans les pays en développement, elles ne possèdent que 1 % des terres.

En dépit de ces obstacles accablants, les femmes sont souvent les meilleurs vecteurs du changement social au sein de leurs communautés, œuvrant sans relâche pour améliorer leur niveau de vie et la situation de leur famille. Partout dans le monde, les femmes se mobilisent en faveur des droits humains et mènent des actions parmi les plus efficaces sur le terrain.

Gertrude Hambira, secrétaire générale du Syndicat général des travailleurs de l'agriculture et des plantations du Zimbabwe (GAPWUZ)
« J'ai été menacée et on m'a conseillé de quitter ce travail à plusieurs reprises. Mes enfants me disent : " Maman, ton travail est très dangereux ".

« Lorsque des fermes sont réquisitionnées, les travailleurs nous appellent et nous nous rendons sur place en tant qu'observateurs. Il faut du courage lorsque vous voyez ces gens chanter, danser, brandir des machettes, des haches et tout le reste. Mais pour pouvoir affirmer que les fermiers sont expulsés avec violence, il faut être au cœur des événements.

« Les femmes jouent un rôle important dans la défense des droits humains et des droits des travailleurs au sein de leurs communautés, en adoptant une approche non violente. Nous [GAPWUZ] avons mené de nombreuses campagnes et avons réalisé un travail important d'éducation et de sensibilisation pour que les femmes s'expriment en leur nom sur des problèmes qui les touchent au quotidien.

« Si elles sont employées, nous les encourageons à prendre des responsabilités, par exemple en devenant représentante syndicale ou en étant élue au sein d'une formation syndicale où elles peuvent aussi relayer les difficultés qu'elles rencontrent sur le terrain.

« Les hommes ont parfois tendance à jeter l'éponge facilement ! Ils disent " Nous voulons nous venger ", et je leur demande de se calmer. Ils souhaitent simplement riposter, sans aborder le problème sous un autre angle. J'ai été éduquée et formée aux approches non violentes, ce qui a très bien fonctionné au sein de mon organisation. Le contexte est tel que si nous avions riposté, je pense que beaucoup de sang aurait coulé.

« Bien sûr je m'inquiète pour la sécurité de ma famille et pour la mienne également. Je suis mère de cinq enfants. Ils me disent " Maman, pourquoi tu ne quittes pas le Zimbabwe ? " et je leur réponds " Non, nous ne pouvons pas tous partir, sinon qui continuera à se battre ? "

Zebo Sharifova, responsable de la Ligue des avocates, Tadjikistan
« Les femmes qui ne connaissent pas leurs droits se tournent vers des centres, comme la Ligue des avocates, et leur demandent de les défendre devant les tribunaux.

« Auparavant, les femmes ne savaient pas où aller pour se renseigner sur leurs droits. Aujourd'hui, elles sont plus conscientes de leurs droits.

« De nombreuses femmes qui n'arrivent pas à sortir de cette situation [de violence domestique] finissent par se suicider. Dans notre centre, il y a un psychologue auquel ces femmes peuvent parler.

« D'après les statistiques, il existe une vingtaine de centres d'aide d'urgence [pour les femmes] au Tadjikistan. Or, ces centres fonctionnent uniquement grâce aux fonds versés par les organisations étrangères. Dès que le financement s'arrête, leur activité cesse également. L'État ne disposant pas des fonds pour financer des centres d'accueil, notre organisation doit prendre ces femmes en charge. Toutefois, elles sont finalement contraintes de rentrer dans leur foyer, où elles subissent des violences domestiques.

« [Nous avons] initié et élaboré un projet de loi sur la protection des femmes contre la violence domestique. Nous avons fait campagne dans tout le pays et recueilli de nombreuses signatures en faveur de ce projet de loi.

« Si nous avons aidé au moins une femme et si elle nous dit : " Merci ! Vous m'avez soutenue. Désormais je vis chez moi et je touche une pension alimentaire. " Alors nous avons remporté une victoire.

« En voyant ses yeux pétiller, nous sommes récompensées de notre travail. »

Aminatou Haidar, défenseure des droits humains du Sahara occidental, observe une grève de la faim depuis le 15 novembre pour protester contre son expulsion de Laayoune au Sahara occidental par les autorités marocaines. Elle est actuellement bloquée à l'aéroport de Lanzarote, aux Canaries, en Espagne.
« Quand j'avais vingt ans, j'ai été enlevée et victime d'une disparition forcée. J'ai passé environ quatre ans, les yeux bandés, attendant en vain d'être jugée. J'ai subi diverses tortures physiques et psychologiques. Ensuite, j'ai été libérée et placée sous surveillance permanente.

« En juin 2005, j'ai subi des violences dans la rue ; grièvement blessée, j'ai dû recevoir 14 points de suture et j'ai eu trois côtes cassées… J'ai été une nouvelle fois arrêtée sur la base d'un faux rapport de police. J'ai été jugée et condamnée à une peine de sept mois d'emprisonnement, que j'ai purgée à la prison Lakhal, à Laayoune.

« En tant que femmes et mères au Sahara occidental, nous sommes conscientes d'avoir un rôle très difficile et fondamental. Il s'agit d'éduquer nos enfants dans le respect de l'identité, de la culture et des traditions sahraouies. C'est une tâche ardue et la question ne date pas d'hier. Les forces d'occupation s'efforcent sans relâche d'absorber la culture sahraouie.

« C'est très difficile pour une femme sahraouie, en tant que mentor, d'inculquer ces valeurs tout en militant en dehors de chez soi. C'est chaotique pour une militante qui œuvre dans le domaine des droits humains. Les enfants ont toujours très peur de perdre leur mère.

« Cette génération et les enfants [au Sahara occidental] voient de leurs propres yeux l'oppression de la police. Imaginez simplement tous ces enfants qui, au lieu de dessiner des jouets, dessinent des personnages derrière des barreaux et des policiers armés de pistolets et de bâtons en train de frapper des gens. Je redoute qu'ils ne deviennent violents et n'incitent à la violence. Parce que le fait d'exercer la violence, un jour, incitera à la violence.

« C'est notre rôle, en tant que défenseurs des droits humains, de prôner la paix. Mais nos moyens sont très limités. Il nous est interdit d'organiser ne serait-ce que des ateliers ou des formations. Et aujourd'hui, la situation se complique… »






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