Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

9 mai 2011

Le bilan s'alourdit en Syrie, alors que la ville de Banias est en état de siège

Le bilan s'alourdit en Syrie, alors que la ville de Banias est en état de siège

Au moins 48 personnes ont été tuées en Syrie par les forces de sécurité au cours des quatre derniers jours, alors que la répression contre la ville côtière de Banias s'intensifie, ont déclaré à Amnesty International des membres d'organisations syriennes et internationales de défense des droits humains.

Plus de 350 personnes – dont 48 femmes et un enfant de 10 ans – auraient également été arrêtées dans la région de Banias au cours des trois derniers jours, et beaucoup auraient été regroupées sur un terrain de football du secteur. Parmi ces personnes, au moins trois médecins et 11 blessés ont été arrêtés dans un hôpital.

« Les homicides de manifestants se multiplient dans une situation de chaos. Le président Bachar el Assad doit ordonner à ses forces de sécurité d'arrêter le carnage immédiatement », a dénoncé Philip Luther, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.

Amnesty International a recensé les noms de 28 personnes qui auraient été abattues par les forces de l'ordre vendredi 6 mai et de 12 autres tuées au cours des trois derniers jours. Elle a désormais répertorié les noms de 580 victimes, notamment parmi les manifestants, tuées depuis que le mouvement de protestation contre le gouvernement du président Bachar el Assad a éclaté, à la mi-mars.

Sur les 28 victimes de vendredi, neuf ont été tuées à Homs, six à Hama, quatre à Latakia, quatre à Dayr al Zor, trois à Deraa, une à Idleb et une à Damas.

Selon de multiples sources, samedi 7 mai, les forces de sécurité ont abattu quatre femmes – Leila Taha, Ahlam Hwaysqeh, Marwa Abbas et Leila Sahiouni – qui manifestaient sur la route reliant Banias au village d'al Marqab pour réclamer la libération des personnes arrêtées par les forces de sécurité.

Selon des informations reçues dimanche 8 mai, deux personnes ont été abattues par des tireurs embusqués dans la ville de Tafas, dans le sud de la Syrie ; il s'agit d'Abu Gharib al Ridawi et de l'épouse de l'avocat Faysal al Zubi. Trois personnes ont également été tuées à Homs, dont Muhammad Ahmed Muhammad et Abd al Hadi al Shimali.

Deux autres manifestants non armés auraient été tués à Dayr al Zor et un autre dans le village de Jisr Shahour. Par ailleurs, un garçon âgé de 11 ans, Qassem Zuheyr al Ahmed, a été tué dans la nuit du 8 mai à Homs.

Les forces de sécurité syriennes ont placé plusieurs villes, dont Banias, en état de siège. À Banias, l'eau, l'électricité et les télécommunications ont été coupées. Un militant syrien des droits humains a raconté à Amnesty International que le 9 mai au matin, pas moins de 30 tanks patrouillaient les rues de la ville.

Le 7 mai, à Banias, les tanks ont tiré des obus depuis la rue Ibn Khaldun en direction de la zone résidentielle de Ras al Naba. Ce jour-là, ces tirs ont fait quatre victimes. Des tireurs isolés se sont postés sur les toits des immeubles. Le 8 mai, ils auraient abattu Wael Bkour et Ahmed Qouqour.

Les tanks sont également entrés dans la troisième ville du pays, Homs, et à Mudhamiyeh, banlieue de Damas, ainsi qu'à Tafas. Lundi 9 mai, à Deraa, Waleed Hamed Tam Allah Abazeid aurait été abattu.

Le gouvernement syrien continue d'attribuer ces homicides à des « bandes terroristes armées » qui complotent en vue de le renverser.

D'après l'agence de presse syrienne, SANA, le 8 mai, un minibus transportant des civils a été pris dans une embuscade près de Homs par un « gang terroriste armé » – le bilan s'élève à 10 morts parmi les travailleurs. Cependant, un défenseur syrien des droits humains a assuré à Amnesty International que le minibus avait essuyé les tirs des membres des forces de sécurité qui tenaient un poste de contrôle.

N'ayant pas été autorisée à se rendre en Syrie, l'organisation n'est pas en mesure de vérifier ces informations contradictoires.

« Les autorités intensifient la répression contre les habitants des villes syriennes, punissant des populations entières dans le but d'écraser l'opposition, a indiqué Philip Luther.

« Elles doivent en finir avec ces mesures draconiennes et autoriser les Syriens à protester sans avoir peur d'être victimes de violences meurtrières. Elles doivent aussi rétablir l'eau, l'électricité et les lignes téléphoniques. »

Les forces de sécurité syriennes ont interpellé plusieurs centaines de personnes au cours du week-end, qui viennent s'ajouter aux centaines, voire aux milliers de personnes déjà détenues – pour la plupart au secret – depuis le début du soulèvement.

« Les autorités syriennes doivent libérer les manifestants incarcérés dans tout le pays parce qu'ils réclament pacifiquement des réformes, a conclu Philip Luther. Beaucoup sont détenus sans inculpation, ne sont pas autorisés à consulter leurs avocats ni à recevoir la visite de leurs familles, et leur santé est en danger. »

Pour en savoir plus :

Les exigences de changement en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (page spéciale)

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