Rapport 2013
La situation des droits humains dans le monde

7 juin 2010

Un journaliste soudanais parle du harcèlement exercé par des forces de sécurité «impitoyables»

Un journaliste soudanais parle du harcèlement exercé par des forces de sécurité «impitoyables»

« À chaque fois que je suis interrogé on me répète la même chose : "Nous sommes prêts à te tuer à n'importe quel moment et n'importe où. C'est juste une question de temps." » - Faisal Elbagir

Cela fait plus de vingt ans que Faisal Elbagir exerce la profession de journaliste au Soudan, et il a perdu le compte du nombre de fois où il a été arrêté et interrogé par la police. Mais la dernière fois que cela lui est arrivé, il a senti que sa vie était réellement en danger.

L'interrogatoire a eu lieu en février 2009 dans le bureau de Faisal Elbagir, juste avant que la Cour pénale internationale (CPI) décerne un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el Béchir pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

Les autorités soudanaises ont réagi à cette décision de justice en durcissant la répression contre les opposants politiques. Cela signifie concrètement qu'à travers tout le pays des militants des droits humains ont reçu la visite d'agents du très redouté « Service national de la sûreté ».

« Après l'annonce du mandat d'arrêt, le chef de la sûreté a déclaré que ceux qui soutenaient la CPI n'avaient plus le droit de vivre, qu'ils "trahissaient la nation". Il a ajouté qu'il leur trancherait les mains et les oreilles », a indiqué Faisal Elbagir à Amnesty International lundi depuis Genève, où il tente de convaincre les Nations unies de maintenir au Soudan un expert des droits humains.

« Le veille de mon départ du Soudan j'ai été interrogé et on m'a dit que j'étais un "ennemi". Le message était très clair : ils allaient soit me jeter en prison sous de fausses accusations, en disant que je fournissais des informations à la CPI, soit m'assassiner. »

Faisal Elbagir a fui dans un pays voisin du Soudan en laissant derrière lui sa femme et son fils, ainsi que sa carrière de journaliste politique qu'il menait depuis plus de deux décennies.

Cette semaine, il appelle l'ONU à maintenir son expert indépendant au Soudan. Il espère que le maintien d'un observateur dans le pays contribuera à mettre fin à la répression de la liberté d'opinion, qui l'a forcé à s'enfuir de chez lui.

« C'est difficile d'expliquer ce que l'on ressent quand on part. Après ma première arrestation, en 1989, j'ai fait tout mon possible pour pouvoir rester. Je pense que le meilleur endroit où l'on puisse exercer ses activités, quand on est journaliste ou militant des droits humains, c'est dans son pays. Alors ça brise le cœur quand on est forcé de s'enfuir », a-t-il expliqué.

« Ce n'est pas seulement moi : tout défenseur des droits humains qui a la malchance de tomber entre les mains de la Sûreté nationale subit le même sort. Mais d'un autre côté, j'ai de la chance car je n'ai pas perdu la vie – pour l'instant –, contrairement à de nombreuses autres personnes. »

Vingt-trois personnes au moins, dont quatre journalistes, ont été arrêtées et interrogées par le Service national de la sûreté et du renseignement (SNSR) en raison de leurs activités politiques ou de défense des droits humains dans le nord du Soudan depuis le début de l'année.

Le 11 février, Mohamed Moussa Abdallah Bahr el Din, un étudiant, a été retrouvé mort le lendemain de son arrestation par des agents du SNSR devant son université à Khartoum. Son corps présentait des traces de torture. En mai, deux employés du journal Rai Al Shaab ont semble-t-il été torturés pendant leur détention par le SNSR.

Faisal Elbagir est le secrétaire général du Centre pour les droits de l'homme et le développement, à Khartoum ; cette organisation a été fermée après le lancement du mandat d'arrêt contre le président Omar el Béchir. Il est également correspondant au Soudan de Reporters sans frontières.

Il a continué de recevoir des menaces après son départ et il est très inquiet pour sa famille.

« Je ne suis pas 100 % en sécurité. Je continue régulièrement de recevoir des appels d'agents de la Sûreté qui me demandent où je me trouve et ce que je fais, et qui me disent qu'ils me retrouveront où que je sois, a-t-il indiqué.

« Nous sommes confrontés à une institution impitoyable – la Sûreté nationale – et nous ne pouvons pas être surs que nos familles n'auront pas à payer pour nos activités. C'est de la torture psychologique. »

Malgré tous les dangers, Faisal Elbagir est déterminé à poursuivre son combat pour le respect des droits humains dans son pays natal. Il espère que sa visite à Genève va aider à améliorer la situation des droits humains au Soudan, en particulier en rendant possible un vote libre lors du référendum de janvier 2011 relatif à l'indépendance du Sud-Soudan.

« Les organes de l'ONU chargés de la défense des droits humains doivent apporter leur aide car nous venons d'avoir des élections truquées et il y aura bientôt un important référendum. Les gens là-bas ont besoin de pouvoir librement exprimer leur choix. Actuellement on ne leur permet pas d'exercer ce droit, a ajouté Faisal Elbagir.

« Je vais continuer de faire mon travail parce que je n'ai rien fait de mal, et je n'ai donc pas à me cacher. Je n'ai pas peur d'être tué. Il faut que je vive ma vie. Et ma vie je la consacre aux droits humains et à la liberté d'expression. Alors je suis optimiste. Et je dois continuer d'être optimiste pour poursuivre mon combat.

J'ai toujours de grands espoirs pour le Soudan, et l'espoir que je pourrai un jour revenir chez moi. Cette dictature et l'oppression que subit la population ne vont pas durer jusqu'à la fin des temps. Un jour le soleil se lèvera sur le Soudan. »

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