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Le gouvernement ougandais doit mettre en place un programme de réparation pour les victimes de guerre

Joseph Kony, dirigeant de l'Armée de résistance du seigneur en Ouganda.

Joseph Kony, dirigeant de l'Armée de résistance du seigneur en Ouganda.

© APGraphicsBank


17 novembre 2008

De très nombreuses violations des droits humains ont été commises pendant le conflit qui a déchiré durant vingt ans le nord de l'Ouganda, et qui a opposé les forces armées ougandaises et l'Armée de résistance du Seigneur (LRA).

Amnesty International a réuni des informations sur les innombrables violences commises au cours du conflit, entre 1986 et 2006, par la LRA (milliers d'enlèvements d'adultes et d'enfants, milliers d'homicides illégaux de civils, milliers de viols et milliers de cas d'adultes et d'enfants battus).

L'organisation a également rassemblé des informations sur les violations des droits humains perpétrées par les Forces de défense populaire de l'Ouganda (UPDF), les forces armées gouvernementales. Ces violations comprennent des homicides illégaux, des viols et d'autres graves violences physiques infligées à des civils. Les soldats qui ont commis des violations des droits humains contre des civils ont bénéficié d'une impunité générale.

Dans un nouveau rapport, Amnesty International demande au gouvernement ougandais de mettre en place un programme de réparation effectif pour les victimes du conflit.

Ce rapport, intitulé Uganda: Left to their own devices: The continued suffering of victims of the conflict in Northern Uganda and the need for reparations, se penche sur les souffrances persistantes des victimes du conflit, et adresse au gouvernement du pays des recommandations sur la manière de faire face aux conséquences des violations des droits humains qui ont été commises dans le nord de l'Ouganda.

Il fait également état de l'une des répercussions les plus durables du conflit sur les civils, à savoir le déplacement massif d'environ 1,8 million de personnes chassées de chez elles et contraintes de rejoindre des camps de personnes déplacées où les conditions de vie étaient souvent très difficiles, notamment en ce qui concerne l'hygiène, la santé et la nourriture.

Une délégation d'Amnesty International s'est rendue en août 2008 dans les districts de Gulu, d'Amuru, de Kitgum, de Pader et de Lira, dans le nord de l'Ouganda, et elle a recueilli les témoignages de centaines de personnes victimes de violations des droits humains durant le conflit. Les délégués de l'organisation ont également rencontré des représentants du gouvernement et d'organisations non gouvernementales (ONG), notamment d'associations de victimes.

Les victimes ont indiqué qu'il fallait que le gouvernement mette en place de toute urgence, en concertation avec elles, un programme de réparation qui réponde à leurs besoins actuels. Ces victimes ont subi au cours du conflit différents types de violations des droits humains, notamment des violences sexuelles ou liées le genre, des enlèvements et des actes de torture, et certaines ne savent toujours pas ce qu'il est advenu de certains membres de leur famille. Elles portent toujours, des années après, les cicatrices profondes laissées par ces violences. Bien peu a été fait pour que les victimes aient accès à des réparations complètes et effectives qui répondent à leurs besoins et qui leur permettent de reconstruire leur vie.

Le plan de paix, de relèvement et de développement pour le nord de l'Ouganda lancé par le gouvernement en septembre 2007 propose certes des mesures gouvernementales pour le relèvement et le développement de la région après des années de conflit, mais il ne comporte pas de programme visant à répondre aux besoins des victimes.

Les deux accords signés entre le gouvernement ougandais et la LRA (accord sur la responsabilité et la réconciliation, et accord sur le désarmement, la démobilisation et la réinsertion) dans le cadre du processus de paix tentent de mettre en place un cadre pour les réparations, mais ils présentent de graves carences.

En particulier, ils ne prévoient pas pour l'élaboration du projet cadre une vaste consultation des victimes. Malgré le plan de paix, de relèvement et de développement et ces deux accords, on ignore toujours si les victimes recevront réparation, et quand et sous quelle forme cela se fera.

Amnesty International exhorte le gouvernement ougandais à élaborer un programme de réparation effectif et complet, centré sur les besoins des victimes, fondé sur une consultation de ces dernières et de la société civile, et doté des ressources nécessaires. Ce programme devra apporter les cinq formes reconnues de réparation : restitution, indemnisation, réadaptation, satisfaction et garanties de non-répétition.

L'organisation estime que le programme devrait faire face aux problèmes immédiats qui résultent du conflit, notamment en répondant aux besoins en matière d'instruction pour les enfants et les jeunes, aux besoins de traitements médicaux urgents, d'accompagnement et de soutien médico-psycho-social pour les personnes affectées par le conflit (notamment les femmes) et aux besoins d'amélioration des moyens d'existence des victimes, et en enquêtant d'urgence pour savoir ce qu'il est advenu des personnes enlevées par la LRA.

Amnesty International adresse également des recommandations à la communauté internationale, en particulier aux Nations unies et à des donateurs clés, ainsi qu'à la société civile afin qu'elles insistent pour que soit mis en place un programme de réparation pour les victimes des violations des droits humains commises pendant le conflit, et afin qu'elles le soutiennent et qu'elles y participent.