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À Nairobi, deux millions de personnes privées de leurs droits humains vivent dans des quartiers misérables

Irene Khan avec des habitantes d'un des quartiers informels de Nairobi (Kenya, 8 juin 2009).

Irene Khan avec des habitantes d'un des quartiers informels de Nairobi (Kenya, 8 juin 2009).

© Amnesty International


12 juin 2009

Amnesty International a rendu public vendredi un rapport sur les conditions de vie très difficiles et les atteintes flagrantes aux droits humains observées dans les quartiers informels de Nairobi. Ce rapport, intitulé Kenya : The Unseen Majority: Nairobi's Two Million Slum Dwellers, montre que la moitié des habitants de Nairobi vit dans des quartiers informels qui occupent seulement 5 % de la superficie habitée de la ville, et 1 % de sa superficie totale.

Il s'agit du premier rapport publié dans le cadre de la nouvelle campagne novatrice lancée par l'organisation, qui est intitulée Exigeons la dignité et qui vise à mettre en lumière et à combattre les atteintes aux droits humains qui emprisonnent les gens dans la pauvreté. Amnesty International encourage les habitants des bidonvilles au Kenya à « exiger la dignité » et à demander le respect de leur droit à un logement convenable. La campagne va leur servir de porte-parole et exiger des réponses effectives de la part des dirigeants politiques.

« Des millions de personnes vivent dans des conditions sordides ; elles souffrent non seulement de l'absence des services essentiels mais aussi de la discrimination, de l'insécurité et de la marginalisation, a déclaré Irene Khan, la secrétaire générale d'Amnesty International.

« Leurs voix ne sont pas entendues et elles ne sont pas consultées ni même informées au sujet des décisions qui ont des répercussions sur leur vie. Il s'agit d'un véritable scandale au regard des droits humains. »

Le rapport montre également que les différents gouvernements kenyans n'ont pas protégé les habitants des bidonvilles, et que l'indifférence dont ont fait preuve pendant des décennies les hommes politiques a permis à ces quartiers informels de s'étendre et a emprisonné leurs habitants dans la pauvreté. Amnesty International estime que le respect des droits humains est essentiel pour dénouer le piège de la pauvreté.

Le rapport présente les témoignages d'habitants des bidonvilles qui décrivent une vie à la merci de l'augmentation du prix des denrées alimentaires et caractérisée par les privations, l'absence d'équipements en matière de santé et d'éducation, le harcèlement de la part des autorités et la menace permanente d'une expulsion forcée. Des victimes ont indiqué que les expulsions forcées ont fréquemment lieu de nuit ou par mauvais temps, et que ceux qui y procèdent utilisent souvent une force excessive. Les gens ne sont pas convenablement prévenus, voire pas prévenus du tout, et leurs biens sont détruits en même temps que leur logement.

Le rapport signale que près de 127 000 personnes risquent de manière imminente de voir leur logement de fortune ou leur commerce informel détruits dans le cadre du programme de réhabilitation du bassin de Nairobi lancé par le gouvernement.

Malgré la politique du logement lancée il y a quatre ans, qui promettait le respect progressif du droit au logement, le gouvernement n'a pas mis à disposition des logements abordables. Le programme de réhabilitation des quartiers de taudis a manqué de ressources et a avancé trop lentement. Les habitants de ces quartiers estiment qu'ils n'ont pas été convenablement consultés au sujet de sa mise en œuvre.

« Exploités par les propriétaires, menacés par la police, rackettés par les gangs, les habitants des bidonvilles de Nairobi vivent dans une zone où les droits humains n'ont aucune signification, où ils ne disposent pas des services essentiels, n'ont pas droit à la sécurité ni leur mot à dire en ce qui concerne leur avenir », a souligné Irene Khan.

Dans ce rapport, Amnesty International appelle le gouvernement kenyan à :

• mettre fin à toutes les expulsions forcées ;
• adopter des principes directeurs conformes au droit international relatif aux droits humains afin de garantir la sécurité de l'occupation du logement et de protéger les gens contre les expulsions forcées ;
• consulter de manière adéquate les personnes concernées ;
• améliorer la coordination entre les services du gouvernement qui s'occupent des questions immobilières et relatives au logement.
« La promesse qui a été faite de mettre à disposition des gens qui vivent dans des quartiers informels et dans des bidonvilles des services suffisants et des logements convenables n'a toujours pas été respectée », a ajouté Irene Khan.

Informations complémentaires :
• Irene Khan a rencontré des militants et des habitants des quartiers de Soweto (dans le bidonville de Kibera) et de Korogocho. Des délégués d'Amnesty International se sont également rendus dans le bidonville de Deep Sea.
• Irene Khan a lancé un numéro de SMS gratuit (le 3221) qui permet aux Kenyans de dire à leur gouvernement ce que signifie pour eux le droit au logement et le fait de vivre dans la dignité.
• Irene Khan et d'autres délégués d'Amnesty International ont participé avec plusieurs centaines de personnes vivant dans des quartiers informels à travers toute la ville de Nairobi à une marche organisée pour réclamer le respect de leur droit à un logement convenable.
• Le rapport contient des témoignages directs, y compris celui d'une femme qui a raconté qu'elle s'était retrouvée deux fois sans logement, la première fois à la suite d'une expulsion forcée et la seconde fois lorsque sa maison a été incendiée alors qu'elle-même et des membres de sa famille s'y trouvaient et étaient en train de dormir. Ils n'ont pu sauver du feu que leur carte d'identité. Une autre femme a raconté que ses enfants n'ont pas pu aller à l'école primaire pendant plusieurs semaines après une expulsion forcée, car leurs livres, leur matériel scolaire et leur uniforme ont été détruits quand leur maison a été rasée au bulldozer. Une autre victime d'expulsion forcée a dit que sa maison et celle de ses voisins avaient été incendiées pendant qu'ils étaient à l'église.

 

Diaporama de la mission de haut niveau d'Amnesty International au Kenya