Serbie : il faut que cessent les expulsions forcées dont sont victimes les Roms

Des Roms confrontés aux expulsions forcées à Belgrade (vidéo en anglais).

© Amnesty International

7 avril 2011

Les autorités serbes doivent mettre fin à une vague d'expulsions forcées dans Belgrade, la capitale, qui a jeté des centaines de Roms à la rue, a déclaré Amnesty International ce jeudi 7 avril 2011, veille de la Journée internationale des Roms.

Dans un nouveau rapport, intitulé Home is more than a roof over your head: Stop forced evictions of Roma in Serbia, l'organisation rend compte d'une amplification des expulsions forcées de Roms depuis le mois d'avril 2009, qui en oblige certains à habiter dans des conteneurs en métal dans des quartiers isolés et d'autres à retourner vivre dans la pauvreté dans le sud de la Serbie, souvent dans de mauvaises conditions de logement.

« Au lieu de faire cesser les expulsions forcées, les autorités de Belgrade les multiplient, chassant toujours plus de Roms de leur domicile et les obligeant à vivre dans des conditions de logement insatisfaisantes, a expliqué Sian Jones, responsable des recherches sur la Serbie au sein d'Amnesty International.

« Elles doivent mettre un terme à ces pratiques pour s'acquitter des obligations internationales qui leur incombent. Cela implique notamment de garantir aux Roms le droit à un logement raccordé à un réseau d'assainissement, situé de façon à ce qu'ils puissent utiliser les infrastructures publiques et avoir des perspectives d'emploi, et où ils soient à l'abri de la menace d'une expulsion forcée ».

Depuis avril 2009, au moins sept évacuations forcées de quartiers informels ont eu lieu. À la fin du mois de mars 2010, entre 20 et 25 familles ont été expulsées d'un bidonville du quartier de Čukarica, à Belgrade.

Le mois suivant, quelque 38 familles roms ont été chassées d'un bidonville du même quartier, pour être renvoyées ensuite dans le sud de la Serbie.

Des Roms vivant sur un autre site de Čukarica sont toujours sous la menace d'une expulsion forcée. Aux mois d'octobre et de décembre 2010, 62 autres personnes ont été chassées de différents quartiers de Novi Beograd.

Prévue pour le début de l'année 2011, la « réinstallation » des habitants d'un quartier informel de Belville, à Novi Beograd, a été provisoirement suspendue à la suite de pressions exercées par diverses organisations.

Un grand nombre de ces expulsions forcées s'inscrivent dans le cadre d'un projet de l'Assemblée de la ville de Belgrade, élaboré en 2009, qui prévoit la réalisation de projets d'infrastructure de grande envergure, financés au moyen de prêts de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et de la Banque européenne d'investissement.

Ces projets devraient affecter les habitants d'au moins 50 des 100 quartiers roms situés dans la ville de Belgrade.

Privés du droit à un logement décent, près d'un tiers des Roms de Belgrade n'ont pas d'autre solution que de vivre dans des quartiers informels, où ils n'ont ni approvisionnement régulier en eau, ni installations d'assainissement et autres services essentiels.

Étant dans l'incapacité de se faire reconnaître comme citoyens de Belgrade, ces habitants sont souvent privés d'accès à l'emploi, à la sécurité sociale, aux soins et à l'éducation.

Les quartiers informels implantés sur le territoire serbe hébergent essentiellement – presque exclusivement – des Roms.

Dans ces quartiers, on trouve de nombreux groupes vulnérables, notamment des Roms qui ont fui la guerre de 1999 au Kosovo. D'autres Roms, qui sont allés chercher du travail ou une protection internationale dans les pays d'Europe de l'Ouest et sont actuellement renvoyés de force en Serbie, finissent également par rejoindre ces quartiers informels.

« Les autorités serbes doivent veiller à ce que les Roms soient consultés au sujet de toute proposition ou option de relogement et se voient donner la possibilité de proposer des solutions s'ils le souhaitent, a déclaré Sian Jones.

« Les pouvoirs publics devraient également dresser la liste des logements sociaux et autres solutions de logement envisageables dans des endroits où les habitants ne sont pas regroupés par origine ethnique, afin que les familles roms aient la possibilité de vivre ailleurs que dans des lieux où elles se retrouvent uniquement entre elles ».

Dans son rapport, Amnesty International adresse une série de recommandations aux autorités serbes pour empêcher de nouvelles expulsions contraires aux normes internationales et garantir aux Roms le droit à un logement décent. Elle les engage notamment à :

  • mettre un terme à toutes les expulsions forcées et garantir que les projets d'infrastructure n'entraînent pas de nouvelles expulsions ;
  • veiller à ce que les expulsions du quartier informel de Belville et toute autre nouvelle expulsion effectuée à Belgrade soient conformes aux normes internationales telles qu'elles sont énoncées dans les Principes de base et directives des Nations unies concernant les expulsions et les déplacements liés au développement ;
  • faire le nécessaire pour que les personnes expulsées puissent exercer des voies de recours efficaces, et puissent notamment prétendre à une indemnisation ainsi qu'à une solution de relogement adaptée ;
  • élaborer un cadre juridique interdisant les expulsions forcées et prendre des dispositions afin qu'aucun nouveau transfert de population effectué par la ville de Belgrade ne donne lieu à des expulsions forcées.

Certaines sources permettent d'établir que la présence des Roms en Serbie remonte au moins au XIVe siècle. Selon les estimations du gouvernement, ils représentent une population de 250 000 à 500 000 personnes. La majorité des Roms de Serbie sont victimes d'une discrimination généralisée, voire systématique.

Ce rapport repose sur des travaux de recherche conduits par Amnesty International en Serbie en 2010 et en 2011, notamment des entretiens avec des Roms victimes d'expulsions forcées à Belgrade ; des organisations non gouvernementales (ONG) roms et non roms serbes et des particuliers œuvrant à la défense des droits des Roms ; des responsables gouvernementaux et municipaux ainsi que des ONG internationales.